‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 168 sur 185 · Lettre du 15 nivôse. Archives départementales · texte numérisé non relu

Lettre du 15 nivôse. Archives départementales

Antoine Le Boy d'Hurtebise (51 ans), conseiller honoraire au Conseil d'Artois, officier municipal en 1790, était emprisonné depuis le 22 pluviôse (10 février).

Vindicien Blin de Rullecomte (31 ans) avait été mis en arrestation le 8 frimaire (28 novembre) avec son père, sa mère, sa tante et deux servantes de sa maison. On avait découvert, dans une perquisition faite chez M me Briois des Arleux, un acte qui constatait que, le 18 octobre 1793,Boch Seguin de Parsis, prêtre du diocèse de Carpentras, avait béni chez M me Enlart de Grandval un mariage auquel Blin de Rullecomte, chez qui il demeurait en cachette, avait servi de témoin. Le 21 frimaire (11 décembre), un membre du comité de surveillance fit observer que la dénonciation portée contre Blin n'avait pour objet que « d'avoir assisté à une bénédiction nuptiale »; un autre ajouta « que les opinions étaient libres dans ce temps-là ». La famille Blin fut mise en liberté. — On arrêta de nouveau Antoine Blin comme entaché de noblesse.

François Boucquel de la Comté (né à Sarton, 67 ans) ', chevalier, membre de l'Académie d'Arras, notable en 1790, avait été gardé à vue chez lui dès le 12 octobre 1793, et conduit à l'Abbatiale le 19 brumaire (9 novembre) avec sa femme et ses deux filles, comme ex-noble et parent d'émigrés. Cette dernière cause de suspicion était inexacte ; M. de La Comté n'en fut pas moins tenu sous les verroux. Dans le courant de ventôse, le district ayant besoin d'une voiture, mit en réquisition celle de M. Boucquel de la Comté, et le désigna dans son arrêté par cette épithète significative : « Le guillotiné La Comté 2 ».

L'avocat Dauchez fut interrogé le premier par Caubrière .

1. Il était frère de H. Boucquel de Lagnicourt, chanoine d'Arras, immolé le 7 germinal.

2. « Le district d'Arras autorise le concierge du guillotiné La Comté 'de mettre à la disposition de la commission militaire établie à Arras une

Ifl mention faite sur le registre de M me Bataille « M. Dauchez » présentât de l'équivoque, p.p avait arrêté M mt Dauchez en même temps gue soç piari. Aprjès un interrogatoire fprt sommaire sur les nopa, prénoms et qualités de chacun de# accusés, Caubj-ièrç le$ fit conduire à l'Hôtel-pieu et jt la Proyidence. Cependant l'état de grpssesse .de M me Dauçhez, mèr.e de sept jenfants dont l'aîné avait neuf ans À peine, inspira quelque pitié au terrible commissaire ; il J'autorisç à rester chez çUte en liberté provisoire.

Quelques jours après, M me Bataille et sçs ,eomftfi<\es furent conduits par la force armée au tribunal révolutionnaire où le jugç Cyriçque Caron, chargé de l'instruction, les avait fait appeler. Demuliez vint à passer; U m put s'empêcher de jeter sur ces malheureux un rçgard 4e compassion. (( peux qui sont ic;, dit-il, ne sont pps aussi coupables qu'on le prétend. » Caron feignjut 4e ne pas savoir quelle ét&it la cav$e de l'arrestation de tant de personne. « Pourquoi vous a-t-on appelés * » ? leur denafli^-t-JJ. ,Les préyepus l'auraient sans 4^te ignor£, si la présence (J# M** Bataille n'avait jeté pour plusieurs d'entre eju toutç une réyél^tion.

Dès ce ipoment, on sppgeait à confondre dai*s un seul procès les souscriptions pour les prêtres déportés, Tachât de Saint-Géry et la célébration d'un jrwiage religieux faite chez M me Bataille, le 20 maj 1793, erçtre Philippe Poulain, son domestique, et Françoise Colin. M. Séguiq de Parsis avait prêté spn ministère à ce mariage ; MM. BUn et La Comté en avaient été les témoins. JLe 12 gernHP$l(l er avril), Le Qon signa l'arrêté de mise en accusation rédigé par Caubrière :

voiture à deux places pour un voyage à faire par un membre de ladite commission qui en donnera un reçu,

« En séance publique le 1" germinal an II. » Greffe d'Amiens : flp&sjer de Le Bon.

1, Prooèf, f. I, p. 75 et 76.

« Considérant que dans les années 1791> 92 et 93 (vieux style), il a existé à Arras et dans les environs une trame infernale, une conspiration suivie pour anéantir la Liberté ; que les manœuvres les plus contre-révolutionnaires ont. été employées; que l'aristocratie et le fanatisme se sont réunis pour perdre les patriotes ; que des secours ont été fournis aux émigrés et à leurs adhérents ; que des correspondances ont été entretenues entre les ennemis du dehors et du dedans ; que, sous prétexte de religion, on a prêché aux citoyens la haine des lois ; qu'enfin on a cherché par tous les moyens possibles à armer les Français les uns contre les autres et à rétablir le monstre royal en corrompant l'opinion ;

« Considérant, d'après une multitude de pièces, que les nommés Dambrines, veuve Bataille ; Philippe Poulain, son domestique; Marie-Joseph-Françoise Colin, sa prétendue femme; Roch Séguin de Parsis, prêtre du diocèse de Carpentras ; les demoiselles Caudron, de Gouy, Joncqué, Le Soing, Corrége, de Bunne ville sœurs, Cornier, Bayart mère, D'Hay, Desmazières, Garon-Wagon ; MM. Dauchez, Arrachart, De Gouve, Le Roy d'Hurtebise, Becquet, Gamonet, D'Hendecourt, La Comté, Blanquart, Blin de Rullecomte ; Mesdemoiselles d'Hurtebise, Boniface, sont prévenus d'être auteurs ou complices de la conspiration ci-dessus mentionnée ; arrête que toutes les pièces à la charge desdits prévenus seront de suite adressées à l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire séant en cette commune, qui devra en certifier réception * ».

Cependant Joseph Le Bon entretenait le club des poursuites qu'il avait ordonnées. « 11 avait tonné, dit Gabriel Le Blond, plusieurs jours avant le jugement, dans la Société populaire, pour influencer les jurés, afin qu'ils votassent contre ceux qu'il indiquerait 2 . » — La Société populaire ne

2. Déclaration faite au. Comité de sûreté générale» le 26 thermidor an II* — 2e Censure, p. 44.

se montra favorable qu'à l'un des inculpés, le trésorier Bon if ace. Ses qualités comme comptable faisaient oublier qu'il était « l'un des plus honnêtes hommes d'Arras, un honnête homme de l'ancien régime * ».

En dehors du club, l'opinion publique, quelque comprimée qu'elle fût, s'alarmait d'une mise en jugement qui menaçait chaque jour de devenir plus nombreuse. Le citoyen Peltier, de Bapaume, nommé substitut de l'accusateur public à cause de la maladie de Potier 2 venait en effet de délivrer, le 13 germinal (2 avril), un « mandat d'arrêt contre la veuve Arrachart, prévenue d'être auteur ou complice d'une conspiration ourdie, dans la ville d'Arras et aux environs, contre la République 3 » .

Marie Frassen (54 ans), maîtresse sage-femme, veuve de M. Arrachart, chirurgien de 1 hôpital militaire et professeur aux écoles de chirurgie d'Arras, emprisonnée comme suspecte le 29 brumaire (19 novembre), avait représenté au comité révolutionnaire la détresse de ses quatre enfants condamnés à la plus affreuse misère, et les services qu'elle avait rendus à la classe indigente. Le comité avait d'abord écrit au pied de la requête : « Jugée devoir rester en arrestation d'après ses liaisons, et l'opinion publique étant très-prononcée sur son compte ». Néanmoins, après un mois de détention, M me Arrachart avait été mise en liberté. — Le 13 germinal, elle vit arriver l'huissier Taquet, chargé de l'arrêter de nouveau, et dix ou douze individus qui avaient ordre d'opérer

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