‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 167 sur 185 · Archives départementales · texte numérisé non relu

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avaient été mis à l'Abbatiale. Cependant Faîne de leurs fils combattait à la frontière, et le cadet servait comme aidemajor à F hôpital Saint- Vaast. Toursel père, médecin depuis vingt-deux ans, était attaché à F hôpital bourgeois de Saint- Jean-en-Lestrée et chargé du soin des pauvres. En ce moment, une maladie épidémique sévissait en ville et réclamait le dévouement de tout le corps médical... Ces observations, présentées au conseil général de la commune et au comité de surveillance les 6 brumaire et 9 nivôse (27 octobre et 29 décembre) amenèrent l'élargissement de M me Toursel. Quant au pétitionnaire, il fut maintenu en arrestation « comme très-dangereux ». M me Toursel ne jouit pas longtemps de la liberté : le 19 ventôse (9 mars), un arrêté de Le Bon la fit réincarcérer à l'Abbatiale J .

Pélagie Liger (52 ans), mère de treize enfants, était veuve de M. Desmazières, avocat au Conseil d'Artois (1765), homme de fief gradué de la prévôté de l'évêché et de la salle abbatiale de Saint- Vaast , député ordinaire au Conseil d'Artois pour le Tiers en 1789. Elle avait été mise en arrestation chez elle le 7 octpbre 1793, puis emprisonnée à l'Abbatiale avec quatre filles et son plus jeune fils. Deux autres de ses fils avaient émigré; l'aîné, qui était patriote, demeura en liberté. Le 7 brumaire (28 octobre), M me Desmazières sortit un moment de prison pour assister au mariage de l'une de ses filles ; le 27 frimaire (17 décembre), elle obtint l'élargissement de sa famille, mais elle fut elle-même retenue en prison « comme n'ayant jamais montré de ci-

1. «L'an deuxiemme de la république une et indivisible le dixneuviemme jour de ventôse nous membre du comité de surveillance et révolutionnaire d'Arras en exécutions d'un arretté du représentant du peuple Joseph Le Bon et d'un arretté dudit comité, étet nommé commissaire à effet de mettre en arrestation la nommée Constance Jonquet famme de Tourselle ; nous étant transporté chez elle la vons trouvez et nous lavons requis de sortir de chez el a quoi el a obéis, et nous lavons conduit à la maison darret de labbatial. In ci fait et arretté le jour moi et an sus dit et a signie. » Arch. dép.

visme et mère d'émigré ». Par ua touchant exemple de piété filiale, les. enfants de M me Desmazières aimèrent mieux vivre captifs auprès de leur mère que de recouvrer sans elle la liberté; ils restèrent prisonniers volontaires à Y Abbatiale jusqu'au moment où Joseph Le Bon, sourd à leuc prière, les en expulsa (29 pluviôse-17 février). M»* Desmazières était accusée d'avoir aidé à soustraire « la cidevant Chandelle d'Àrras * et les meubles de la chapelle où la Sainte-Chandelle était vénérée. Le 17 ventôse (7 mars), le .comité de surveillance ordonna qu'elle fût interrogée à ce sujet par un de ses membres i .

1. Le môme arrêté ordonna « qu'une perquisition fût faite pour découvrir la ci-devaut chandelle en la maison de la veuve Watelet et en celle de son fils ».

U existait sur la Petite-Place d'àrras, une chapelle construite, au XIII e siècle, dans laquelle était conservée la Sainte-Chandelle. Le 29 juin 1791, le clocher du Collège s'étant écroulé, la municipalité ordonna « que la pyramide de la Sainte-Chandelle fût visitée pour constater les défectuosités qui s'y rencontraient ». Ce bijou d'architecture fut condamné à être démoli. Les matériaux furent vendus et produisirent une somme de 4,948 livres 17 sols, que l'on appliqua à la continuation des travaux, de l'atelier de charité. Arch. municip.

La Sainte-Chandelle était conservée dans une custode d'argent, chef-d'œuvre d'orfèvrerie du XIV e siècle. Au commencement de la Terreur, H. Watelet, ancien conseiller au Conseil d'Artois, avait enterré ce reliquaire dans sa cave. Les perquisitions ordonnées par le comité de surveillance le déterminèrent à dévoiler, pour ne compromettre personne, l'existence du pré- • cieux objet ; il le fit jeter dans le puits du Cloître. — Nous avons retrouvé, dans une liasse de pièces concernant les « argenteries des émigrés et détenus », le procès- verbal qui constate la^ découverte du reliquaire de la Sainte-Chandelle :

« Pardevant nous, François-Joseph Caubrière*, administrateur du département du Pas-de-Calais, commissaire du représentant Joseph Le Bon, sont comparus, le 26 germinal, trois heures de l'après-midi, les citoyens Casimir Lefebvre et Jean-Philippe Legros, boulangers, demeurant* à A iras, sect. E, lesquels ont déclaré* qu'étant allés pour tirer de l'eau dans le puits du cidevant Cloître et retirer les sceaux qui y étaient tombés, ils ont remonté* une espèce de piramidë en argent qu'ils croient destina autrefois à renfermer ce que l'on appelait ci-devant la Sainte-Chandelle d'Arras, laquelle pièce d'argenterie ils ont déposa en nos mains pour être remise au représentant

l&riée'et' Pélagie Bâcler (63 et 56 ans) avaient vécu jusque-là sans avoir rien à démêler avec la Révolution.

Marguerite Ledur (72 ans) était veuve de M. Théry, secrétaire du rtfi en sa chancelïeriie près le Conseil <f Artois ; portée sût* la liste deB rioÊles dressée par l'agent' national de la commtih'e, elle avait été emprisonnée le 2l' ventôse (11 flatte)', <îoiûïtoé « mère d'Jêmigrë, très-dangereuse pour sotf arfsfottratïè ».

Louis Bëcft[uet <fe Cbcovë (74 ans), ancien trésorier d*u Bureau des finances à Lille, avait olkenu un certificat de civisme. Le Bon deïhànda, le 5 frimaire (^25 novembre), au comité de surveillance, le^ riôiiitf des officiers municipaux et notables qui avaient' osé signer ce certificat. — M. Becqûét* fuf emprisoiiné comme ex-noT)le.

Jean-Baptiste Boniface (4'7 aifë), ancien trésorier de r<§chevinagë, officier municipal en 1790, était 1 receveur de la commune v .

Jacques fiegôuVé de iViitfcqtië^, trop malade pour être mis en prison, était gàfrdé à vue chez lui.

Hector Gamônet (46 ans), né à tille, ancien receveur général cfe la province d'Artois, directeur et receveur général

du peuple, les joure y mois et an que dessus et- ont signé* avec nous. Ju Gao» brière, Lefebvre, Jean-Phipe Legros ».

On lit au pied du procès-verbal :

«Renvoyé aUdîstrict qui pretidfâ; si déjà ifesïfàît, la S'âfnte-Chandelle chez Galandet e» donnera unreçu.Cambray,ce 19 prairial an IL— Joseph Le Bon ».*

Le reliquaire de la Sainte-Chandelle a été conservé et restauré. Nous avons pëîfsé que ces' docùméhs inédits, quî : complètent les recherches historiques 'auxquelles 1& cierge dtAtra» a* donné lieu, offriraient quelque intérêt au moment où la pyramide renversée en 1791 vient d'être reconstruite;

1. Conseil général de la commune, séance du 11 germinal : « Boniface annonce qu'iï vient d'être mis en état d'arFesfation par ordre dû représentant. Il demande que le conseil général s'intéresse à sorf Sôrtfét' interposa ses bons offices auprès du représentant du peuple ». • Réponse : « On prendra l'état de la caisse et on s'informera des moyens que l'on met en usage pour assurer le service de la comptabilité » t

des domaines réunis, trésorier de la guerre et payeur général du département, s'était distingué en diverses occasions. Ainsi, le 25 décembre 1791,1e service des troupes était prêt à manquer, faute de fonds, dans les districts de Saint-Omer, Calais, Boulogne etMontreuil; Gamonet emprunta sur son crédit, fit une tournée dans le département et pourvut à tous les besoins. Vers la même époque, trois mille gendarmes, à la solde de quarante-quatre sous par jour, en argent, arrivèrent inopinément à Aire et à Saint-Omer, où il n'y avait pour les payer ni ordres ni fonds ; Gamonet partit la nuit en poste et assura leur solde. Le grand conseil d'administration de cette division de gendarmerie, commandée par le général de La Bruyère, porta le fait à la connaissance du ministre. Malgré ces actes méritoires, M. Gamonet, ayant donné sa démission le 1 1 nivôse (I er janvier 1 794) « parce qu'il ne voulait pas être responsable de la gestion dé tous les payeurs du département », fut envoyé à l'Abbatiale, le 14, par le comité de surveillance. « Nous te faisons part, écrivit le comité à Le Bon, que nous avons mis hier en arrestation le nommé Gamonet, ci-devant trésorier, parce que cet homme a des facultés physiques et morales* qu'il n'a paru employer que contre la République. Il a été des premiers à contrarier la Révolution dans son enfance par des manuscrits trouvés chez Gonzié, venant de sa main 1 . » — Le 5 pluviôse (24 janvier), Le Bon autorisa le prisonnier à se transporter à la municipalité de Saint-Éloy, où il avait une maison de campagne, pour se procurer des certificats de résidence. Lorsque M. Gamonet fut compromis par le registre de M me Bataille, il venait de demander à sortir de l'Hôtel-Dieu afin d'effectuer au district le dépôt de tous ses registres de comptabilité et de fournir les renseignements nécessaires à l'apurement de ses comptes.

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