‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 23 sur 185 · Censure, p · texte numérisé non relu

Censure, p

2. Le 23 janvier, le département annonçant aux districts et aux municipalités la mort de Louis XVI, faisait ce touchant appel à la concorde : « Frères, c'en est fait : la cause des divisions n'est plus: que toutes divisions cessent avec elle.. Pour y parvenir, nous vous enjoignons de poursuivre et de faire arrêter tout citoyen indigne de ce nom qui regretterait l'ancien tyran ou qui manifesterait le désir d'en voir reparaître un nouveau, sous quelque nom que ce soit. »

3. Guffroy, quoiqu'absent d'Arras, y excitait de toutes ses forces l'effervescence populaire. Le l" février 1793, il écrivait à Gélestin Lefetz, élu viceprésident du district ;

« Ami, tu es un jean-f , lu ne m'écris pas sur la situation des esprits,

Des faits positifs confirment cette appréciation.

Le département avait enjoint aux districts de faire vendre dans un bref délai le mobilier des émigrés, « en commençant par Gonzié ». On se plaignit de ce que ces ventes étaient opérées, dans le district de Saint-Pol en particulier, avec une véritable dilapidation. Joseph Le Bon dénonça, le 8 août 1793, les actes irréguliers portés à sa connaissance ; il dépeignit en même temps l'incurie avec laquelle les affaires de ce district avaient été administrées. Envoyé à Saint- Pol pour y rétablir Tordre, on l'autorisa « à procéder au

sur les hommes et sur les choses, toi qui, doué d'une facilité indicible, peux en une minute me faire le mieux connaître les administrés et les administrateurs. Serais-tu devenu oratorien et suppôt de l'aristocratie bourgeoise ? Réponds. Tu ne serais donc plus homme à venir me poignarder, si je trahissais la cause du peuple, comme ceux qui autrefois l'ont trahie. Tu le promis au peuple. Vas, je ne te mettrai jamais dans le cas de tenir ton serment ; mais tu dois toujours être prêt à l'exécuter.

« Je t'envoie mon second discours sur Capet ; tu diras que c'est de la moutarde après souper ; oui, bien pour la condamnation, mais pour la connaissance topographique de T assemblée, cela n'est pas indifférent...

« Je t'adresse aussi quelques autres papiers afin de t'obliger à me répondre aux questions suivantes: 1° Quelle est la hauteur du thermomètre de l'esprit public? 2° En quel lieu se rassemble la société des Amis delà Liberté et de l'Égalité ? 3° Y a-t-il encore quelqu'un qui y lise tous les jours les papiers-nouvelles ? 4» Les membres sont- ils nombreux ? — Pourquoi es-tu un vilain chien qui, seul de tous mes amis, ne m'as pas écrit d'une manière un peu détaillée ? Je t'ai pourtant mis plus d'une fois sur la voie.

Guffroy engage ensuite Lefetz « à former une sainte coalition, pour forcer les traîtres de l'Assemblée à la quitter, et pour les faire punir de mort. »

« Réponds-moi, entends-tu? — Comme, jusqu'à présent, j'ai envoyé le bulletin de l'Assemblée a la société, en l'adressant tantôt à un membre et tantôt à un autre, et qu'il me paraît qu'on ne l'a pas lu assidûment, dis-moi si je ferais bien de le faire adresser directement à la Société. Je le ferai. J'ai envie aussi d'établir deux points de lecture de ce bulletin : l'un au Rivage, au bureau des mesureurs et porteurs de charbon; l'autre à la Grand'Place, où s'assemblent les portefaix.

« Songe encore qu'il faut que les sociétés populaires soient indépendantes des administrations, sans quoi la surveillance est nulle. {Joseph Le B*n dans ta vie privée, p. 141).

brùlcment de l'attirail nobiliaire », eu lui recommandant néanmoins de distraire des parchemins « ceux qui pourraient servir à faite des gargousses, en les faisant biffer ou barbouiller de manière que ceux qui voudraient s'en servir ne pussent acquérir qu'un surcroît de ridicule ».

L'activité que Le Bon déploya à Saint-Pol lui valut bientôt une seconde mission. Un arrêté- du 31 janvier avait « prescrit de faire changer toutes les dénominations de rues et enseignes qui rappelleraient des objets contraires au régime actuel , relativement au fanatisme, à la noblesse ou à la royauté ». Le district de Boulogne, parait-il, n'avait point satisfait à cette mesure; le 18 février, l'un des administrateurs du département s'étonna d'une pareille désobéissance qu'il qualifia de délit national. Un autre membre du conseil, sur la foi d'une lettre qu'il venait de recevoir, accusa d'insouciance le district et la municipalité de la même ville, et signala « dans les habitants de la froideur pour les nouveaux principes et des regrets pour le départ des familles anglaises ». Sup le champ, deux commissaires , Le Bon et Robert Dale, furent chargés « d'examiner la conduite des administrateurs Boulonnais, de les suspendre, s'ils les trouvaient coupables, et d'anéantir les signes de royalisme, de féodalité et de fanatisme ». Le Bon partit aussitôt. Le'n~ quête à laquelle il procéda dès sou arrivée à Boulogne lui démontra la fausseté des dénonciations dirigées contre cette ville. Il visita les maisons d'arrêt, tint séance à la commune, au district et au club ; institua un comité de surveillance chargé d'aider l'administration de ses conseils. En faisant ses adieux à la municipalité et au district, il consigna de sa main sur leurs registres ces témoignages de haute satisfaction :

Le Bon y membre du Directoire du département , au Conseil général de la Commune de Boulogne. — « Il eût été trop agréable pour nous d'être témoins d'une réconciliation uni-

versèlle. Nous sommes satisfaits de l'avoir vue générale, et nous emportons le doux espoir que par vos soins tout ferment de haine et de division disparaîtra de cette ville avant notre retour à Àrras. Nous nous efforcerons de peindre au département les scènes touchantes que vous nous avez offertes. Puissent ceux qui représentent les autres comme dos hommes de sang ne point se montrer à l'avenir plus implacables qu'eux ! Pour nous, membres du Conseil général de la commune, comptez sur l'estime que vos démarches franches et loyales doivent nécessairement inspirer. »

« Nous, Michel-Robert Dale et Joseph Le Bon, commissaires du département du Pas-de-Calais envoyés dans la ville de Boulogne pour prendre des renseignements sur la conduite des administrateurs du district, déclarons à tous ceux qu'il appartiendra que leurs divers actes et délibérations sont dans le plus grand ordre et portent le caractère du vrai civisme. — A Boulogne-sur-Mer, cejourd'hui 24 février 1793, Tan 2* delà République française. — Joseph Le Bon, Dale l'aîné. »

A peine Le Bon était-il de retour à Arras et avait-il rendu compte dé ses démarches pacifiques ainsi couronnées de succès, qu'un journal, le Courrier de l'Égalité, publia contre lui et contre Demuliez une lettre offensante. Joseph Le Bon s'empressa de se disculper. « Je vous déclare et à la France entière, écrivit-il au Courrier le 8 mars , que je ne pense ni à Marat ni à Brissot, ni à ces prétendus chefs de parti qui passent un temps précieux à s'entre-déchirer, au lieu de songer à la chose publique ; que la liberté est ma seule idole; que je m'attache aux principes et non aux personnes.

« Je vous déclare enfin que j'étais encore, il y a quinze jours, à Boulogne, préchant la paix et la concorde à de bons citoyens que des malveillants essayaient de diviser ; que là, j'ai eu la douce consolation de voir, dans le conseil de la

commune, deux frères, depuis longtemps désunis, s'embrasser à mes jeux et se jurer une -amitié durable, et les autorités constituées, la Société populaire, des milliers d'habitants déposer auprès de l'arbre de la fraternité toute espèce de haine et de prévention. .. Voilà ma honte et mes forfaits 1 . »

Apostillée par la Société républicaine, la municipalité et le district, la réponse de Le Bon fut envoyée, aux frais du département, à toutes les administrations, à tous les clubs du Pas-de-Calais et, par une attention délicate, à la société des Amis de la République de Beaune. L'arrêté qui ordonnait cet envoi proclamait que « Le Bon et Demuliez s'étaient toujours montrés amis de la patrie et des lois, et qu'ils en avaient donné les preuves les plus frappantes -, notamment Le Bon pendant sa mairie, et Demuliez en offrant, quelques jours auparavant, d'équiper un citoyen à ses dépens 2 . »

Les sentiments de fraternité qui animaient Joseph Le Bon n'étaient pas universels. Il avait dans ses attributions au département tout ce qui concernait les émigrés. Nommé commissaire pour la répartition de la levée des trois cent -mille hommes entre les districts, il demanda son remplacement, motivé sur ce qu'il « avait un besoin essentiel dans son bureau, les certificats de résidence exigeant le plus sérieux examen. » Le 14 mars, après avoir exposé « toutes les ruses que les émigrés employaient pour échapper à la loi », il proposa l'arrestation de tout citoyen, étranger ou inconnu, qui n'aurait pas de certificat de résidence régulier. Ces vœux furent approuvés par le peuple souverain : la Société républicaine d'Arras sollicita des mesures de sûreté générale contre les étrangers. Le département vota ces me-

1 . Histoire de Boulogne, par d'Hauttefeuille et Bénard. et Archives dép.

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