Article 16 de la loi du 15 mars
occupées par le département *. Il fut ordonné que ces papiers seraient transportés sur la place publique dans un tombereau, et brûlés, en présence de toutes les autorités, de la main du bourreau. Le charretier- reçut dix livres, et l'exécuteur criminel, trente livres, pour « avoir concouru à faire disparaître les traces de l'ancien esclavage du peuple ». — Un autre arrêté enjoignit d'efiacer en tous lieux les inscriptions qui rappelleraient le souvenir des ci-devant rois. — Les ministres Clavière et Roland se servaient encore, dans leur correspondance, « du terme aristocratique, Messieurs qui ne devait son existence qu'au régime féodal. 2 »; on les invita à écrire désormais : Citoyens. En même temps on manda aux districts de ne plus commencer leurs lettres « par cette phrase adulatrice : Nous avons l'honneur.... » — Des mesures analogues s'étendirent des choses aux personnes. Une circulaire du 15' décembre recommanda aux diverses administrations l'arrestation des prêtres que la loi du 26 août 1792 soumettait à la déportation et des émigrés rentrés, et plaça sous une surveillance spéciale les religieuses conservées dans les établissements publics. « Elles devaient élever les enfants dans les vrais principes de la République et soigner les malades avec l'humanité, la sensibilité et les égards que Ton doit à l'infortune, sans distinction d'opinions religieuses. »
1. D'après un édit des archiducs souverains d'Artois, Albert et Isabelle (1616), tous les nobles de l'Artois devaient faire enregistrer leurs armoiries au tribunal de l'élection de cette province.
2. Nous avons irouvé, aux Archives départementales, une des lettres de Clavière au département, elle est ainsi conçue :
« Paris le 17 sept. 1792, l'an IV e de la liberté.— A MM. les administrateurs, les directeurs et procureur- général -syndic du département du Pas-de-Calais à Arras.— Le sieur Schmidt, Messieurs, vient de me rendre compte qu'il avait chargé par la voie du roulage, à votre adresse, une machine à décapiter. Je m'empresse de vous en prévenir, en vous priant de m'en accuser la réception lorsqu'elle vous sera parvenue. — Je joins ici la gravure de cette machine, en même temps que de l'échaf/fcud qui davra être construit sur les lieux. — Le ministre des contributions publiques, Claviers. >
Quelle était dans rassemblée du département la conduite personnelle de Le Bon ? C'est ce que la rédaction des procèsverbaux ne révèle pas habituellement. Mais nous trouvons ailleurs la preuve qu'il conservait, dans ses opinions et dans ses actes, une certaine mesure dont il faut lui tenir compte. Le procès de Louis XVI préoccupait la France entière ; le sort de l'infortuné monarque était débattu dans les clubs autant qu à la Convention. Or, voici en quels termes Barbet, professeur au collège d'Ârras, rendait compte à Guffroy du rôle que jouait Le Bon à la Société républicaine dont il était redevenu membre : « Notre Société est désertée par le public. Cependant elle pourra se ranimer, maintenant qu'elle est placée à Sainte-Agnès. Dimanche, elle était nombreuse. Le Bon y a brissoté l'opinion publique; il a plaidé la cause du Roi, et il prétend qu'il doit encourir seulement la déchéance. Hacot et moi, nous nous sommes réunis contre lui ; mais il se sauvait toujours par des pasquiuades qui font plus sur le peuple que des raisonnements. Beugniet se montre bien; il est très-assidu à nos séances , . »
Si tel était au club le langage de Le Bon plaidant pour que le Roi détrôné ne perdît point la vie 2 , on peut augurer que, dans le conseil général du département comme auparavant à la mairie, il était tout à la fois entraîné et dépassé par le flot révolutionnaire 3 .