‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 25 sur 185 · Exécuté le 7 mai · texte numérisé non relu

Exécuté le 7 mai

4. Les membres du conseil général de la commune élus spontanément à la suite des événements du 10 août avaient résolu, après la démission de Le Bon, de faire renouveler leur mandat par le peuple ; mais les élections régulièrement faites leur furent défavorables : Lefebvre, Taquet, Gilles, Carlier, Daillet notamment se virent exclus du corps municipal. Quand le résultât du vote fut connu, le conseil général revint sur sa détermination et « déclara qu'il demeurerait inébranlable au poste périlleux où rayaient élevé les suffrages libres et souverains de ses concitoyens ». (Délibération du 22 octobre.) Néanmoins il dut céder le terrain.

malveillants et des contre-révolutionnaires 5 ils établirent un comité de surveillance chargé de donner son avis à cette assemblée sur les arrestations à opérer, de vérifier les passeports, d'interroger les voyageurs, de recevoir les dénonciations * et d'intercepter les lettres. Ce comité fut composé de dix membres nommés tous les huit jours avec faculté de réélection par le département, le district, la municipalité, la garde nationale et la Société populaire. Les membres des diverses administrations pouvaient s'y rendre quand ils le jugeaient à propos. La garde nationale et la Société populaire y envoyaient chaque jour quatre représentants (3 avril 1793) 2 . Le jour même, les corps adminis-

i 1. Le 21 juin, Dutaem fut dénoncé au comité de surveillance : les armes de Joseph II étaient brodées, disait-on, sur la housse de son cheval.

2. Nous avons trouvé dans les papiers du comité de surveillance la lettre suivante d'Augustin Robespierre :

« Paris, 7 mai 93. 2. R.

« Votre comité de surveillance devient chaque jour plus nécessaire. Us dangers s'accroissent ; l'horizon politique s'obscurcit affreusement ; nos ennemis paraissent puissants dans l'intérieur. C'est surtout contre Paris qu'ils dirigent leurs coups. On veut réduire cette immortelle cité par la famine: les denrées 7 deviennent rares; les approvisionnements s'y font au poids de l'or.

« Les troubles de la Vendée, qui ne sont pas encore apaisés, paraissent nourrir l'espoir des contre-révolutionnaires qui sont autour de nous. Hier et les jours précédents n'ont pas été aussi calmes que les autres ; les petits messieurs se sont rassemblés avec des intentions hostiles ; ils prétendent ne rien devoir à la Patrie. On en a arrêté plus d'un mille. Us criaient : A bas les Jacobins, la Montagne, etc. Je vous le répète, la conspiration existe toujours-, elle n'est point arrêtée. Le peuple est fatigué de tant de trahisons : il faut espérer qu'il prendra les moyens d'assurer son bonheur, de le conquérir et qu'il fera rentrer pour la dernière fois dans le néant ses plus cruels ennemis. Les bons citoyens ne peuvent que former des vœux ; leur action n'est point assez forte pour ramener à bord le vaisseau de l'État, si le génie du Souverain ne vient au secours de ses mandataires ; tout n'est pas désespéré; la Nation est là. Elle est vertueuse, éclairée; elle veut la liberté et la conservera, à quelque prix que ce soit. Quant à moi , mes concitoyens, je ne changerai point de principes ; ils sont ceux des hommes qui désirent la félicité de tous. Quel que soit l'événement, mon &me est inflexible ; je mourrai

trajifs réunis ordonnèrent r arrestation d'un grand nombre de personnes appartenant à toutes les conditions. C'étaient MM. « Laignel, abbé deSaint-Éloy; Deruelle, bénédictin de Saint-Yaast, et autres ecclésiastiques des mêmes maisons ; Imbert et Merle p, anciens colonels de gendarmerie; Dufay, lieutenant; Duhem, maréchal-de-logis; Devaucelet; Prévost, notaire; de Madré et son domestique; les trois fils de la citoyenne Thellier ; Liger; Ledieu ; Lemaire , du faubourg de Saiqte-Catherine ; Cambray, dn faubourg Bon ville, et Blanquart, homme de loi ». Les suspects furent renfermés, en attendant l'appropriation d'un autre local, dans la prison humide et malsaine du Rivage qui servait de maison de justice pour les prisonniers ordinaires.

Telles furent à Ârras les premières arrestations opérées pour cause politique ; elles coïncidaient avec rétablissement du Comité de salut public et du Tribunal révolutionnaire de Paris.

• Sur ces entrefaites, le décret du 23 avril ordonna, que tous les ecclésiastiques réguliers, séculiers, frères convers et lais qui n'avaient pas prêté serment, fussent transférés sans délai à la Guyane française. Les sexagénaires et les infirmes devaient être renfermés sous huitaine dans une maison particulière, au chef-lieu du département 1 . Le 5 mai, d'une heure à cinq heures du matin, les membres du conseil général de la commune se présentèrent au domicile de

avec le témoignage d'une bonne conscience. Vous êtes dignes d'être heureux, puisque vous donnez vos soins à la poursuite des scélérats qui font les malheurs de notre commune patrie ; continuez votre pénible carrière, et que tous les bons citoyens secondent vos efforts.

« Aux eitoyens composant le Comité de surveillance près le département du PaWe-Ca/at*, à Arras,

1. Les bâtiments du Collège avaient d'abord été désignés pour recevoir les prêtres insermentés sexagénaires ou infirmes : un arrêté du Département du 18 septembre 1792 avait accordé à chacun d'eux un lit garni de deux matelas et de deux courerttirt'S, Quatre efeatees et une table.

soixante-dix prêtreè et religieux. Cinquante-trois avaient pris la fuite * . On en arrêta dix-sept, la plupart très-àgés oa malades. Le couvent du Vivier, dont on mura les fenêtres extérieures, fut converti en lieu de réclusion. Le Bon père fut nommé directeur de cette maison, aux appointements de neuf cents livres par an; il eut sous ses ordres un portier et six infirmiers. AU 6 juin 1793, soixante-dixsept vieillards et infirmes avaifent été amenés au Vivier desdivers poihts dh département. Ce local étant insuffisant, on avait été obligé, dès le 15 mai, de donner la même destination au couvent des Capucins qui renferma à la même date cinquante-quatre reclus. Chacun des prisonniers reçut quatre cents livres par an pour sa nourriture, son vêtement et ton chauffage.

Le département avait enjoiut aux étrangers qui résidaient dàtis les districts maritimes de se rendre à Àrras pour y recevoir une indication de résidence. A cette règle, on avait proposé d'admettre une doublé exception en faveur dès enfants en pension et de ceux qui justifieraient d'un établissement commercial. La discussion devint tellement vive qu'on ordouna le vote motivé par appel nominal. Le Bon repoussa les adoucissements projetés. « Des individus souffriront, dit-il, mais nos frères les Français des villes frontières ne sont-ils pas exposés à chaque instant, eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs vieillards, à sortir des lieux qui les ont vus naître? Quand nos ennemis seront terrassés, je serai le premier # à demander un dédommagement en faveur de ceux qui auraient souffert pour assurer le bonheur général. »

Comme corollaire de cette mesure (13 mai), les municipalités furent autorisées à intercepter les lettres venant de

1. Le seul clergé de la ville d' Arras compta parmi ses membres 98 prêtres exilés ou déportés. (Curés et vicaires, 39; bênêûciers et chanoines, 30 ; religieux, 39).

l'étrangeret à les adresser à deux administrateurs du département qui correspondraient directement avec le Comité de salut public. Le Bon fut l'un de ces commissaires (18 mai). Quelques jours auparavant, il avait été chargé de rédiger un bulletin hebdomadaire pour l'instruction des habitants des campagnes. Enfin, le 29 mai, le département le nomma viceprésident du Conseil d'administration.

Le rôle politique de Le Bon allait bientôt acquérir une importance encore plus considérable. Le 31 mai, sous la pression de l'émeute, les Girondins, devenus trop tard pour eux et pour la France les courageux défenseurs de l'ordre, furent décrétés d'arrestation.

Lorsque la nouvelle de ces graves événements parvint à Àrras,Le Bon éprouva un moment d'hésitation : à ses yeux, la Convention morcelée ne constituait plus une représentation nationale ; il proposa à la Société républicaine de faire une adresse pour demander la convocation des assemblées primaires et la dissolution de la Convention. Cette adresse fut rédigée, et même signée par quelques membres. Mais plusieurs patriotes, Beugniet notamment, en demandèrent le rapport comme étant contre-révolutionnaire et fédéraliste; elle fut rejetée et remplacée par deux autres qui, signées dans les assemblées de sections, avaient pour but de « faire connaître ceux qui n'étaient pas les vrais amis du peuple à la Convention nationale, pour qu'elle cherchât dans sa sagesse les moyens de se purger elle-même », et de déclarer à la France entière « que Personne, Varlet, Maniez, Daunou et Thomas Payne avaient perdu totalement la confiance du peuple ». Le département en ordonna l'impression à dix mille exemplaires et chargea Darthé de la présenter à la Convention.

Dans la seconde adresse, le peuple d'Àrras, rendant hommage à la majestueuse insurrection du 31 mai, déclarait que les sections avaient bien mérité delà patrie et envoyait

le baiser fraternel « à ce peuple de Paris, le sauveur habituel de la France ». Présenté au département, ce manifeste fut accueilli avec faveur ; néanmoins, l'administration laissa aux sections réunies le soin de désigner les commissaires qui se chargeraient de transmettre à Paris le baiser fraternel. Le Bon fut investi, conjointement avec Paulin Planés, officier municipal, de cette marque de confiance.

Le 7 juin, Joseph Le Bon rendit compte de sa mission ; il apprit au département que Guffroy, dès le commencement de la séance, avait remis au président de la Convention récrit dont il était porteur, mais que la Montagne, voulant écarter en même temps une adresse hostile présentée par la ville d'Angers, avait empêché d'entendre les pétitionnaires.

«Que faire? Que devenir en cet état de choses? Accourir à Paris pour ne rien dire, pour n'être pas même présentés? Ceci nous paraissait étrange ; mille projets de vengeance se succédaient dans notre tête; pour ma part je me proposais déjà de me dédommager sur les émigrés en demandant à tous les comités possibles de nouvelles entraves sur les certificats de résidence. On nous laissait entrevoir, à la vérité, que dimanche nous pourrions pérorer à notre aise ; mais que de siècles jusqu'à dimanche pour des hommes qui n'ont ni temps ni argent à perdre. ...»

L'arrivée du Comité de salut public à l'Assemblée fit rapporter le décret d'ordre du jour. « La députation Angevine paraît sur l'horizon; elle déclame contre les anarchistes, les factieux, les sections de Paris et finit par être couverte de huées : peu s'en fallut même qu'elle ne fût mise en état d'arrestation.

« Le vacarme qu'elle avait excité durait encore, quand un huissier introduisit la députation d'Arras. Elle demeura à la barre environ dix minutes, tranquille spectatrice d'un combat qui se termina par un ordre du jour. Qu'elle était

bçlle l'adresse Artésienne, et surtout après la diatribe d'Angers ! Le silence le plus profond régnait dans la salle ; un Ççuple immense remplissait les tribunes ; à chaque paragraphe, des applaudissements essayaient de se faire entendre de tous les points et n'étaient suspendus que par les précautions de l'orateur. Mais, arrivé à l'endroit où il est question des sections de Paris et du service signalé qu'elles ont rendu à la République , j'eus beau en imposer par ma gravité ; j'eus beau diriger les inflexions de ma voix de manière à ne point provoquer de bravos, ma rhétorique fut en défaut et un triple battement de mains et de pieds vengea les assistants de la contrainte où je les avais retenus. Ce fut bien pis à la fin de l'adresse ; le président pouvait à peine obtenir un instant de silence pour nous faire sa réponse.

« On vote l'impression avec mention honorable; à la cpntre-éprcuve, un député du Pas-de-Calais, Personne seul, le seul Personne se lève avec ses deux voisins, et témoigne par ses contorsions diaboliques combien le, décret rei$u lui déplaît.... Personne est toujours Personnç '. »

Joseph Le Bon arriva à Arras avant que la poste y eût apporté le récit qu'il avait adressé à ses frètes. Il fut chaleureusement accueilli : ses collègues du département, convoquèrent aussitôt les sections afin quç tout le peuple connût la scène "mémorable dont Le Bon avait été à la fois l'acteur et le témoin 2 .

Les portes de la Convention devaient bientôt s'ouvrir pour recevoir Joseph Le Bon comme représentant. Soixante : trçizc

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