Archives départementales
2. Le 13 juillet la Convention nationale rendit le décret suivant :
« ta Convention nationale, considérant que la ville d' Arras n'a pas cessé de donner des preuves du civisme le plus ardent et le plus éclairé ; qu'eUe s'est prononcée la première sur les événements du 31 mfti et jours suivants, décrète qu'elle a bien mérité de la pairie. »
députés,, protestant contre le coup d'État des Jacobins, s'étaient retirés de l'Assemblée asservie. Le Pas-de-Calais compta parmi eut cinq de ses mandataires : Personne, Varie t, Daunou, Maniez et Thomas Payne.
Le 1 1 juin, les Soixante-Treize furent sommés de retourner à leur poste, sous peine d'être remplacés comme démissionnaires. Le député Maniez, l'un d'eux, était retourné à Bert in cour t. Un membre du département demanda qu'il fût mis en arrestation, s'il ne justifiait d'un congé. La proposition fut adoptée par le conseil général et reçut l'approbation de Carnot, Lesage et Du hem, représentants en mission auprès de l'armée du Nord. Cependant, comme des délais* avaient été fixés par le décret du 1 4 juin, on donna à Maniez la Tille d'Arras pour prison.
Joseph Le Bon attendait de jour en jour Tordre de son départ; il rencontra, avant de quitter le département, une dernière occasion de se signaler. LaSociété populaire de Calais avait jugé à propos d'annoncer à l'administration départementale et à la Convention « que Joseph Porion , premier ministre du culte catholique dans ce département, venait de faire prêtre un bon citoyen, père de famille, et que, le 1 7 juin, il avait célébré pardes cérémonies religieuses' le mariage qu'avait contracté le citoyen Faudier, curé audit Calais. » —La Société populaire provoquait en même temps un décret qui abolit le célibat sacerdotal, et invitait l'administration supérieure à appuyer sa demande.
Le département, applaudissant aux principes philosophiques que renfermait l'adresse, chargea Le Bon de s'occuper d'un arrêté dans lequel il serait fait mention honorable de la conduite du curé de Calais et qui servirait à l'instruction des citoyens. Le Bon n'avait qu'à traduire en * arrêté le discours qu'il avait prononcé lors de son mariage. Il» présenta et fit adopter, le 26 juin, cette déclaration cynique :
« Considérant que l'Auteur de la nature n'a rien fait d'inutile ; que les hommes naissent pour se reproduire ; que les prêtres de toute espèce de sectes sont des hommes, et que par conséquent ils doivent travailler à se reproduire comme les autres ;
« Considérant que, dans l'état de société, le bon ordre et l'intérêt des enfants exigent que leurs pères soient légalement connus, et que le mariage est le plus sûr moyen d'obtenir cette reconnaissance légale :
« Déclare d'abord à l'unanimité que le citoyen Faudier, curé à Calais, n'a fait, en se mariant, que le devoir d'un honnête citoyen, et que révoque, s'il l'eût improuvé, aurait dû être poursuivi comme l'ennemi du genre humain.
« Hais, considérant que, pendant le sommeil de la raison, des milliers de menteurs en soutane ont bouleversé toutes les idées par leurs discours charlataniques ; qu'au nom du ciel qu'ils outrageaient, ils n'ont pas craint d'appeler bien ce qui était mal, et mal ce qui était bien; qu'ils sont parvenus à masquer tellement leurs abominables leçons de révolte contre les lois de la nature et contre celles delà société qu'il faut aujourd'hui un courage supérieur pour oser suivre les unes et les autres ou même pour approuver ceux qui les suivent :
« L'assemblée , ouï le procureur général syndic, déclare applaudir unanimement à la conduite de l'évéque Porion, au mariage du citoyen Faudier, curé à Calais, ainsi qu'à celui des prêtres de ce département qui auraient déjà pris le même parti ;
« Arrête que la présente déclaration sera imprimée et adressée à la Convention nationale , au bureau central des représentants du peuple à Arras, aux huit districts et à toutes les communes du département ;
« Qu'une expédition particulière sera envoyée à l'évéque Porion, à tous ceux de ses coopérateurs mariés et à leurs
épouses, auquel effet ledit évêqueest invité à donner la liste de leurs noms et domiciles ;
« Arrête en outre, sur la motion incidente d'un membre, que l'administration sollicitera une loi qui comprenne parmi les zélés défenseurs de la patrie ceux qui, par leurs ouvrages et surtout par leur conduite, auront contribué à anéantir les plus cruels ennemis de la nation, savoir : la superstition et les préjugés.
« Quant à la demande formée par la Société populaire de Calais, l'Assemblée , en rendant justice aux principes qui animent cette société, déclare attendre tout du temps et des lumières '. »
Pendant qu'on délibérait sur la rédaction, les membres de la Société républicaine d'Arras, introduits à la séance, vinrent rappeler que le 26 juin 1 793 était l'anniversaire du jour où avait été pris « le trop fameux arrêté sur les événements du 20 juin 1792 », et demandèrent sinon la radiation de cet arrêté des registres de l'ancien Directoire, du moins la proscription des sentiments qu'il renfermait. Le président du conseil général profita de cette occasion pour adresser à Le Bon un adieu solennel. Il le proclama * le chef de la sainte insurrection qui s'était élevée en 1 792 contre le département, à Fépoque des arrêtés dont la Société républicaine venait demander la radiation », et le félicita « d'avoir déployé dans cette circonstance l'énergique vigueur qui lui était naturelle ». Les éloges prodigués à Le Bon avaient ému les spectateurs. De toutes parts ils s'écriaient : Bis! bis! bis! Joseph Le Bon accrut l'attendrissement général en s'élançant dans les bras du président. «Ne me perds pas un instant de vue, lui dit-il, sur le. nouveau théâtre où la Bépublique m'appelle ; sois inexorable pour mes moindres fautes. » — Le président continuant son