Archives départementales
partements des courriers porteurs d'une copie certifiée de l'arrêté et donna ordre au comité révolutionnaire d 1 Arras de le mettre à exécution. En quelques jours, quarante familles nobles qui n'avaient pas émigré et qui n'étaient pas encore détenues comme suspectes furent enfermées à l'Hôtel-Dieu. On n'épargna même pas les ci-devant nobles qui, par une exception fort rare , avaient passé dans le camp de la Révolution. On emprisonna notamment le citoyen de Marbais, marié à Rosalie Le Bon, cousine du représentant. A l'exception de la citoyenne de Marbais, les femmes qui, n'étant pas nobles elles-mêmes, avaient épousé des nobles, furent comprises dans l'application de l'arrêté :
« Les femmes non nées noblçs, qui ne sont point connues pour ci-devant roturières ou vilaines, seront arrêtées provisoirement avec leurs maris. — La femme de Marbais étant connue de tous pour ci-devant roturière, et d'ailleurs ancienne et ardente amie de la Révolution, restera libre. — Les mères restées libres conserveront avec elles leurs enfants âgés de moins de douze ans ' . »
1. Arrêté du 26 pluviôse. Archives départementales. — Il s'en fallait peu que Joseph Le Bon ne rangeât toute la cavalerie, comme Saint-Just les ex-nobles, dans la catégorie des suspects. Il écrivait au Comité de salut public :
« Nous touchons il est vrai à l'instant du triomphe,- mais si la Convention ne prend une vigoureuse mesure, la contre-révolution est plus que jamais à notre porte. On se plaignait l'année dernière de l'incivisme de la cavalerie. Qu'espérez- vous davantage maintenant? En vain la loi a voulu des certificats de civisme de ceux qui prétendent y entrer. On se moque de cette loi salutaire, quoique insuffisante,
« La cavalerie est un composé de fils d'émigrés, de muscadins, de jeunes fermiers et de tous les ennemis de la sainte Égalité.
« Dans ce pays surtout, on a permis de s'y incorporer à tous ceux qui pourraient faire les frais du cheval et de l'équipement.
« Quelle mesure plus aristocratique, malgré les bonnes intentions des auteurs d'un pareil arrêté?
« En vérité, il me semble déjà voir cette cavalerie nouvelle passer du côté des Autrichiens à la première occasion ; à moins que vous n'obligiez tous
Tant d'arrestations opérées sans cause excitaient dans rame des honnêtes gens une douleur qu'ils ne craignaient pas encore de manifester ; une foule de solliciteurs accouraient chez le représentant pour implorer la grâce de leurs parents ou de leurs anciens maîtres. Joseph Le Bon inventa un moyen radical de tenir à distance ces importuns et de se mettre lui-même en garde contre la pitié : il fit placer sur la porte de son cabinet cette inscription menaçante : « Ceux qui entreront ici pour solliciter l'élargissement des détenus n'en sortiront que pour être mis eux-mêmes en arrestation * ».
Des pétitionnaires s'étaient avisés de demander à Le Bon l'élargissement des détenus de Saint-Pol ; Le Bon écrivit aux administrateurs du district :
« Vous prendrez des renseignements sur les signataires de la pétition ci-jointe $ et d'abord, vous ferez arrêter celui qui Fa rédigée et qui conseille au représentant du peuple (F élargir à Saint-Pol, d 'élargir à Dou liens pour que Ton publie ses louanges 2 . »
Ainsi prémuni contre les solliciteurs, Le Bon fit part au Comité de salut public de la satisfaction que lui avait causée l'arrêté de SaintJust :
« Bien ne prouve davantage la nécessité de là mesure prise par Saint-Just et Le Bas contre les ci-devant nobles que ce dont je suis témoin chaque jour : des bandes de femmes de campagnards éplorées viennent réclamer leurs cidevant seigneurs ou fermiers que, d'un côté la misère, de
les cavaliers reçus à rejoindre les corps pédestres et que vous n'appeliez de vrais sans-culottes à les remplacer.
« L'éveil que je vous donne en ce moment me paraît si essentiel que de trois joursen trois jours Je vous réitérerai cette lettre jusqu'à ce que vous m'en ayez accusé réception. » Greffe d'Amiens.
1. Déclaration du conseil général de la commune et du comité de surveiK lance, 7 et 8 frimaire an III.