Archives de Cambrai
ioflaeneç et qu'il croyait propres à devenir entre aesœaias, les uns par leur fanatisme , les autres par une faiblesse coupable, 4e dociles instrumenta de tyrannie.
Le district, la municipalité et le comité de surveillance étaieat à peine installés que le Gomàté de sûreté générale leur adressa, sous tome d'instruction, vingt-six questions sur l'état du pays. Toutes avaient trait aux sociétés populaires, aux comités révolutionnaires, aux suspects et au « fanatisme ». Des réponses qui furent faites à ces demandes il résulta que la Société populaire d'Arras était affiliée aux Jacobins; que Ton comptait dans les campagnes du district environ quatre-vingts comités plus ou moins réguliers dans leur composition ; que tous les suspects arrêtés avaient comparu à la Société populaire devant Joseph Le Bon ; — quant au fanatisme, « il est absolument détruit, disait Oeillet en son rapport, ou du moins il est relégué dans lé oerveau débile d'une poignée de cagottes. Dès le mois de brumaire, la commune d'Arras a renoncé au culte catholique et a, par ce trait de philosophie , étendu le domaine de l'intelli" gence i ».
Joseph Le Bon , de son côté, songeait aux « mesures de salut public commandées par les circonstances ». Le premier arrêté qu'il prit eut pour objet de protéger le bonnet rouge contre la concurrence du bonnet tricolore et l'invasion des broderies. — « Instruit que l'on cherche à établir des différences entre les bonnets de liberté que portent les citoyens, soit en substituant les trois couleurs nationales à la couleur rouge admise jusqu'à ce jour, soit en déshonorant ce signe auguste par des ornements de l'ancien régime j
« Considérant que, dans le premier cas, il est du devoir du représentant du peuple, d'empêcher tout ce qui pourrait
l. La minute que nous avons sous las yeux porte « le domaine de l'àft* digence »,
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servir an .ralliement des aristocrates modérés, feux patriotes, etc.; et exciter des rixes profitables à nos ennemis;
« Considérant que, dans le second cas, il est argent d'anéantir ees distinctions coupables que le riche et l'égoïste s'efforcent de conserver encore dans leur sans-colotisme simulé, depuis que la loi sur les certificats de civisme et sur l'arrestation des gens suspects les a chassés dans les sociétés populaires pour y tuer l'esprit public; — Arrête ce qui suit :
« Il est expressément défendu à tous citoyens de porter un autre bonnet de liberté que le simple bonnet rouge reconnu parla Convention nationale.
« Les districts, municipalités, comités de surveillance sont tétras de faire arrêter, comme suspect, tout individu qui contreviendra à la présente défense '. »
En protégeant avec un pareil despotisme « le signe auguste de la Liberté », Le Bon donnait cours à ses instincts inquiets qui lui faisaient voir des aristocrates jusque sous la livrée des sans-culottes ; il flattait en même temps l'opinion démagogique et cherchait, par l'exagération de son attitude révolutionnaire, à écarter de sa personne les soupçons qu'il concevait sur tous les autres. Ces préoccupations se révèlent avec plus d'évidence encore dans les mesures qu'il prit envers la belle-mère de son frère Henri :
« Joseph Le Bon instruit parla voix publique que la
l. Arrêté du 2S nivftse. (Arch. départ.)
Le bonnet rouge avait obtenu de la municipalité d'Arras, le 34 mars 1793, une distinction remarquable :— « Considérant que le bonnet rouge étant reoonnu pour le signe de la liberté, il perdrait cet attribut si l'on n'était pas libre de le porter et d'en rester couvert partout, même au spectacle; arrête que le Bonnet de Liberté peut être porté partout, notamment au spectacle, et que personne ne peut se permettre de crier à bas ce bonnet, à peine d'être arrêté et poursuivi; — Comme les chapeaux incommodent les spectateurs, nul n'a le droit d'en rester couvert au spectacle pendant le jeu des acteurs. (Arch. munie.) «
femme Graux, de Saint-Pol, se prévaut d'une parenté éloi- . gnée pour promettre, au nom du représentant du peuple, l'élargissement des aristocrates; — Instruit qu'elle fait dans cette commune force acquisitions à crédit ; — Considérant qu'une pareille conduite ne peut tendre qu'à faire soupçonner le représentant du peuple et à encourager l'aristocratie; — Arrête que ladite femme Graux évacuera dans les vingtquatre heures la commune d'Arras, sous peine d'être traitée comme suspecte. »
Et en même temps il écrivait à son frère Henri :
« Garde-toi de penser que de misérables querelles de famille m'occupent : ce n'est pas contre ta mère que j'ai pris une mesure de précaution ; je la crois patriote ; mais j'ai voulu me garantir moi-même contre l'opinion publique.
« J'ignorais les animosités dont tu me parles ; en les supposant réelles, il est du devoir du représentant du peuple de pourvoir autrement à sa gloire; j'y ai pourvu. — Joseph Le Bon.
« En conséquence, l'arrêté de ce jour relatif à la femme Graux, de Saint-Pol, est rapporté *. »
D'autres soins importaient au triomphe de la Révolution. Les prisonniers élargis par Laurent continuaient à jouir de
l. Arrêté et lettre du 8 pluviôse. Archives départementales.
Henri Le Bon avait épousé la fille de Ferdinand Graux, chapelier à Saint-Pol. U était employé comme secrétaire-commis au département, aux appointements de 1200 livres. Le 21 septembre 1793, Lacoste et Peyssard le nommèrent commissaire des guerres provisoire pour la levée de 1793. Le 16 nivôse, le district le chargea de la sous-direction de l'hôpital Saint-Jean (hospice national), avec un traitement de 3,000 livres.
Léandre Le Bon, frère cadet du représentant, avait été nommé, le 1« septembre 1790, contrôleur des ventes delà commune d'Arras, à la charge, dit l'arrêté, que Nicolas-François Le Bon , son père , actuellement sergent à verges de cette ville, sera tenu de s'abstenir dorénavent de faire les ventes». Le 21 septembre 1792, Joseph Le Bon, maire d'Arras, Pavait fait entrer dans ses bureaux comme expéditionnaire. Il épousa, le 11 février 1793, Angélique Régniez, fille d'un huissier de Saint-Pol.
la liberté. Joseph Le Bon, qui n'osait les faire réincarcérer de sa propre autorité, écrivit de nouveau au Comité de salut public :
« Plusieurs maisons d'arrêt ont été tout à coup ouvertes par certains représentants du peuple ou par leurs délégués, et Ton a vu sortir, avec un très-petit nombre d'imbéciles pardonnables, une multitude d'êtres grandement suspects.
« L'élargissement prononcé, sans examen particulier, par un commissaire de la Convention nationale, semble une égide civique pour ces ennemis de la Révolution. Les comités de surveillance, les districts n'osent plus toucher à ces conspirateurs sacrés, et moi-même je me crois obligé de vous consulter pour savoir s'il y aurait inconvénient à réincarcérer la plupart d'entre ceux à qui des collègues, bien intentionnés sans doute, mais trompés sur l'incorrigibilité de l'aristocratie, ont donné en gros la clef des' champs. Un mot de réponse *. »
Le Comité dissipa bientôt les scrupules de Le Bon. Le 4 pluviôse (23 janvier), il fit connaître « aux citoyens représentants du peuple dans les départements » les principes qui devaient présider au gouvernement révolutionnaire :
« Créé au milieu des orages, le gouvernement révolutionnaire doit avoir l'activité de la foudre.
« Ne donnons pas le temps aux conspirateurs de réfléchir, aux bons citoyens le temps de désirer.
« Semblable à l'astre qui brûle et dessèche les productions, inutiles et nuisibles alors qu'il mûrit les moissons, le gouvernement révolutionnaire porte la vie aux patriotes, aux traîtres la mort !
«Marche, le flambeau d'une main : éclaire ceux que d'antiques préjugés aveuglent encore; le glaive de l'autre,