LES ÉVÊQUES
qu on dit et ce qu'on pense. — Le Kalturcampf allemand et e Kulturcampf français. — Sages paroles du cardinal Czaki. — Des catholiques qui dansent. La loi sur les congrégations.
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
— A l’Opéra-Comique. — La statue de Bizet. — Le mari de: veuve. — Persécutés de Byzance et persécutés de Paris.. L’Épiscopat actuel. — L'opinion d’un directeur des Cultes.. Honnêteté des mœurs. — Les exceptions. — La mort d évêque. — A l’Opéra. — Un fonctionnaire sacré. — Situât:: douloureuse et précaire du clergé inférieur. — L’interdit. ■ Toute résistance au pouvoir est brisée. — Pour quelles causes : interdit certains prêtres. — L’évêque de Séez et le curé de s Chapelle-Moche. — Encore une négociation de M. de Mack
— L’administration financière des évêques. — L’ancien régii fondait, le régime actuel liquide. — La propriété ecclésiastiq
— Ressources dont dispose l’évêque. — Gaspillage et désorc:
— 800, 0C0 francs de dettes. — Un vicaire général ingénieux • Les évêques qui changent de garnison. — Un héritage i 1,500,000 francs. — La caisse des retraites. — Un archevêo fin de siècle. — Le cardinal Place. — Un consul général p varicateur. — L’Institut des Petites Sœurs des Pauvres. — ; disparition du Père Lepailleur. — La lin d’un saint. — Auto d’un coifre-fort. — Un diocèse en révolution.
C’est en dernier lieu, presque à regret, que j’abon ce chapitre.
Historien de la vie présente, je ne puis cependt m’abstenir de traiter cette question.
Devant les générations à venir, le Peuple et l’Aris' cratie, le monde politique et le monde financier re vront dans mes livres tels qu’ils furent à la fin du d neuvième siècle. Le Clergé y laisserait un vide. C’est: me taisant sur ce point que j’autoriserai mes adv saires à déclarer que je suis un pamphlétaire et non r historien social, que je retrace d’un pinceau violent : vices de mes ennemis et que je laisse dans l’ombre ! vilains côtés de mes amis.
Ce n’est pas que j’aie l’intention de révéler dans c pages des choses bien extraordinaires. Je me borner sur ce point, comme sur bien d’autres, à répéter ce q< chacun sait, ce qui est dans la conversation couran1 ce que tout prêtre vous dit lorsqu’il est un peu en c( fiance avec vous.
Pour avoir fait droitement et simplement mon œu\£ de peintre, je n’en serai pas moins accusé de ne ri:
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
’especter. C est en tout ce qui touche la question religieuse, en effet, que se manifeste le plus l’imposture générale, le parti pris de rester toujours dans une cérame convention. Il y a là une consigne universellement .cceptée de mentir constamment.
Les prélats français sont tous des saints, d’intrépides onfesseurs de la Foi qui bravent les persécutions de )io clé tien et qui, sans le secours d’en haut, ne pouraient pas résister à toutes les souffrances que le pouoir leur fait endurer.
Voila le thème adopté. Les journaux religieux le ’aitent avec la discrétion de gens bien informés parlant des lecteui s qui savent à quoi s en tenir. Les journaux oulevardiers, les journaux de coulisses et de cocottes y mettent pas tant de façons et se jettent dans le ithyrambe avec un zèle qui n’a point d’égal.
Or, pour tout catholique sincère, les prélats contem- Mrains ne ressemblent en rien à ce portrait. Sauf lelques rares exceptions, l’évêque est un brave )mme, un digne prêtre, absolument servile envers lutorité, et qui n’a jamais eu une minute dans sa vie ntention de braver la persécution et d’opposer aux tentats commis contre l’Église autre chose qu’une otestation toute platonique. Il y a à ceci une excelle raison, c’est que le Gouvernement se renseigne igneusement avant de nommer un évêque, et qu’il nommerait pas un évêque capable de le gêner.
Pour juger la conduite de notre Épiscopat dans le ilturcampt français, il faut regarder avec soin le Kul- ’campf prussien.
3n paile peu maintenant de ce Kulturcampf dans les irnaux religieux ; on l’a montré aux Français comme eur montre toute chose : ils ont vu le commencent, ils ont vu la fin; ils soupçonnent à peine qu’entre commencement et la fin il y a eu un milieu, et que ce ieu serait précisément le plus intéressant à connaître.
Je temps en temps, vous lisez des phrases de ce
240 LE TESTAMENT ü’UN ANTISÉMITE
genre : « L’Allemagne protestante donne un exemp qui devrait faire rougir de honte le gouvernement d’i pays catholique comme la France : les séminaristes soi exemptés du service militaire ; les ordres religieux o: repris possession des maisons qui leur avaient été er levées. Bismarck n’a pas hésité a avouer quil s étc. trompé. Il avait dit : « Je n’irai pas a Canossa », il e, allé à Canossa. Quel grand homme que ce Bismarc comparé à nos petits politiciens français ! »
Cornély, particulièrement, aime à toucher cet: corde-là, et les catholiques répètent : « Voyez Bi marck, il est allé a Canossa ! »
Ce qu’on oublie de dire, encore une fois, c’est pouquoi le Chancelier de fer s’est décidé à ce voyage qi devait lui coûter quelque peu, alors qu’il n’était pas ecore le Jérémie pleurnicheur de ces derniers temps t qu’il se plaisait à faire cyniquement étalage de t force.
Si le prince de Bismarck a été à Canossa, c’est toi simplement parce que les évêques, les prêtres et h catholiques allemands ont commencé par aller en pson...
Mgr Ledochowski, archevêque de Posen, débuta i 20 août 1873 par une amende de 500 francs ; le 19 ccembre de la même année, il en était à 113,000 fracs d’amende. Pendant ces quelques mois, il avait, J dehors de ses condamnations, eu son traitement suprimé et son mobilier saisi. Condamné d’abord à de< ans de prison, il est destitué de ses fonctions et ccdamné de nouveau à trois ans de prison le 25 av 1874. Guillaume lui fit grâce d’une année, mais dd vieux et très malade, il n’en fut pas moins enfermé ࣠citadelle d’Qstrowo, et il resta deux ans prisonnier di* les conditions les plus dures.
Avant d’être arrêté, Mgr Ledochowski avait dû gné un délégué qui, malgré le gouvernement, admin trait le diocèse au nom de l’archevêque captif. On tout pour découvrir ce délégué ; d’innombrables prêt] s
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
du diocèse furent mis en prison sans vouloir révéler son aom. Deux évêques auxiliaires furent condamnés, l’un ^ dix-huit mois, 1 autre à neuf mois de prison Le jour même où il eut terminé sa peine et où il fut nis en liberté, Mgr Ledochowski écrivit à ses diocésains une lettre dans laquelle il déclarait que tout ce [u avait fait le gouvernement était illégal et infâme et [u’d était toujours le chef du diocèse, le seul auquel’on levait obéir. 11 fut condamné de nouveau à deux ans et lemi de prison et, malgré sa résistance, ses diocésains 3 lorcerent à se réfugier à Rome.
Avec des hommes de cette trempe, un parti discipliné omme le parti du Centre, un orateur comme Windîorst, un gouvernement, quelque tyrannique qu’il soit mt toujours par céder. ’
ff mlAriflie Une f0iS de PlUS la l0i qUe n0US a™ns
^ja mise en lumière au commencement de ce volume
t0(Ut h°mme qui V6Ut s'occuPer des études iciales doit avoir constamment sous les veux. On n’a
mais apporté de droits aux gens sur un plateau d’armt on n a de droits que ceux qu’on conquiert par des orifices. Apres un délai plus ou moins long, on rem- 'urse toujours en droits à un parti ce que les hommes ce parti ont avancé en souffrances, en privations, eilorts genereux, en mois de prison.
Si les journaux religieux laissent un peu de côté l’hisre du Kulturcampf, c’est qu’ils ont le tact, le senti- -nt de la situation, comme on dit. Un évêque qui md tranquillement son chocolat du matin dans un aïs bien chauffe l’hiver, rafraîchi l’été par le voisine d un beau jardin et qui rédige là des morceaux oquence sacrée contre l’impiété, n’aime pas qu’on lui
nnHanbCeSTeS.0U!leSyeuX ie récit du douloureux mr de Mgr Uedochowski ou de Mgr Melchers dans
, aciales prisons ; il ne pourrait blâmer le journal
aeonter cela, mais il le reprendrait sur autre chose.
est clair, en effet, que si nos prélats avaient montré
gae et la combativité de l’épiscopat allemand, s’ils
avaient donné à notre clergé qui ne demandait qu’à marcher le signal de la résistance, la situation serait tout autre. Il est toujours très ennuyeux d’avoir cinq évêques et trois cents prêtres en prison, et si Grévy n’était pas allé à Canossa avec Wilson, Carnot y serait
allé avec Br ugère.
Remarquez que je ne pousse meme pas 1 audace jusqu’à blâmer l’Épiscopat français de l’attitude qu’il a prise. Je constate simplement cette attitude ; je constate que les éVeques ont récusé le combat.
Peut-être ces évêques ont-ils eu raison d’agir ainsi; pour être complètement juste, il faut ajouter, en effet, que, lorsqu’on cause avec eux à cœur ouvert, ils vous donnent de très bons motifs d’une soumission excessive qu’ils sont les premiers à reconnaître... surtout
lorsqu’on parle de leur voisin.
Si certains catholiques se plaignent de n etre pas conduits à la bataille par leurs évêques, les évêques| dont quelques-uns sont très fins et même très « fin de siècle », ne sont pas embarrassés pour répondre que leurs fidèles les abandonneraient dès le premier engagement. Le troupeau regrette de n’être pas précédé, le pasteur redoute de n’être pas suivi.
Je me souviens à ce sujet d’une jolie conversation di Nonce Czald avec Ignotus qui, lorsqu’il avait pris h contact avec un interlocuteur, traduisait bien ce qu’i avait vu et entendu.
« Les catholiques de l’aristocratie, disait Czaki, m< reprochent amèrement de ne pas casser les vitres, d< ne pas menacer le gouvernement d’une rupture ave< Rome ; ils arrivent tous chez moi pleins d’indignation et le soir, je vois ces chrétiens désolés parader dan les salons juifs, jouer la comédie ou prendre part à de fêtes ridicules. Que voulez-vous faire avec ces gens
là? (1) » 1
(l) Saint-Genest a écrit également sur cette question quelqut
pages pleines de droiture et de bon sens; il a mis en relief la ta;
La \ciité est que 1 Église, en perdant le Peuple, a >erdu son trésor de dévouements toujours disponibles; lie s est mise de plus en plus avec les riches; elle les rouve encore lorsqu’il s’agit de donner un peu d’arent, mais elle ne peut compter sur des êtres esclaves e leurs intérêts et de leurs plaisirs, pensant avant toute I hose à leurs commodités, à leurs convenances per- Dnnelles, préoccupés uniquement de ne rien déranger ans leur vie.
Pour être convaincu que le cardinal Czaki parlait Dmme un homme avisé, vous n’avez, du reste, qu’à tiercher où était la haute société parisienne au mois e décembre dernier, le lendemain du vote de la hambre qui ne laissait aux congrégations que le choix ître la ruine ou l’exil.
Les plus notables catholiques étaient à la représentaon organisée pour élever une statue à Bizet !
* Cette histoire de la statue de Bizet est, d’ailleurs, un 3S épisodes les plus gais de notre temps. Seulement, )ur vous montrer à quel point c’est gai, il serait nécesdre de noter tous les petits éclats de rire qui, à ce lj et, vous viennent à la fois pour des motifs différents, t puis, je vous le répète... c’est toujours une affaire âge : il faut avoir vu le commencement de tout ça...
J’ai vu le commencement de Bizet, l’apothôosé° d’auurd’hui sous la forme des Pêcheurs de perles. Ce fut i de ces fours sinistres qui inspirent l’épouvante. Dans s temps-là j avais des billets de théâtre plein mes •ches et je rentrais souvent à des heures indues. J’ama- 'uais mon concierge avec les billets. J’entends encore réponse sévère quand je lui offris une première log'e ur les Pêcheurs : « Oh ! non, monsieur, pas cette 3ce-là... J’aimerais mieux payer que d’aller là. »
erie de ces Conservateurs qui s’indignent dès qu’on parle d’une icession et qui veulent faire semblant de lutter tout en continu à s’amuser.
Carmen eut à peu près le même succès et dut dispa raître de l’affiche après quelques représentations.
Quant à la musique de V Arlésienne, elle est d< Daudet, ou plutôt de la Provence. C’est Daudet qui è seriné à l’auteur ces vieux airs provençaux d’une s originale couleur, et je ne pense pas que le pauvre Bizet ait été obligé à un grand effort pour orchestre] cette Marche de Turenne, qui est un air guerrier di dix-septième siècle.
Après Carmen Bizet prit le parti de mourir ; c’est du reste, ce qu’il avait de mieux à faire.
Ici intervient un nouveau personnage. Mme Bizet étai fille d’Halévy, et, après la mort de son premier mari elle épousa un Juif, Emile Strauss.
Ce Juif, à force de souplesse et d’intrigues, est parvenu à se faufiler dans un certain monde. Goncourt l’e rencontré chez la princesse Mathilde, et il n’est pas encore revenu de son étonnement de le voir là. 11 nous er parle parfois dans l’intimité, et j’espère que dans ci Journal , qui contient déjà des portraits si finemen touchés, nous retrouverons une esquisse de ce Juif d( salon.
Comment germa dans le cerveau de cet enfani d’Israël l’idée de glorifier, de faire passer grand homme le malheureux raté auquel il avait succédé ? Je l’ignore. Ce qui est certain, c’est que, tout à coup, Meyer s’écria, dans le Gaulois : « La France est ingrate pour ses plus illustres enfants ! Il manque une statue à Paris ! Il faul que Bizet ait un monument ! »
Ce qui est plus invraisemblable encore, c’est que tous les gens qualifiés coururent à cette liste de souscription comme au feu et se précipitèrent pour mettre leur nom là; ils souscrivirent avec enthousiasme, avec ivresse, avec transports.
Vous sentez la démence de ce monde. Ce pays, qui est à la veille d’une guerre terrible, qui entend gronder autour de lui les menaces d'une révolution sociale et qui ne pense qu’à accorder les honneurs du bronze ou du
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
irbre à un musicastre qui, encore une fois, n’a fait solument qu un opéra-comique à peu près passable ! Lette représentation extraordinaire, où l’on pava les ices un prix fou, c’est le cas de le dire, fut tout un eme. Le Garde-Meuble avait envoyé les tapisseries s Gobelins ; la musique de la garde municipale était ivoquée. La Synagogue avait tout mis en mouvement Meyer obtint un triomphe d’impresario.
[1 y avait huit jours que Mary-Raynaud avait filé, agiriez quelle attitude piteuse nous aurions eue, vous moi, si, dans un journal nous appartenant, l’homme irgé par nous de la partie financière était parti en portant 1 argent d autrui. Il nous semblerait que icun va nous désigner du doigt en disant : « Connaisse118 ce directeur de journal qui ose parler dans sa ille des scandales républicains? C’était f associé d’un eur déjà condamné à trois ans de prison. »
.e Juif n’éprouve pas une minute ces timidités d’un re âge et il a raison, car l’indifférence qu’il montre à pos de ces petits incidents correspond à la concepi que les plus collet-monté en apparence , les zès et les de Luynes, se font de l’honneur et de la bité. C est nous qui détonnons, qui ne sommes plus unisson de 1 état d ame de la haute société française.
'oute l’aristocratie présente à Paris est là, en effet, vons le conseil de Frimousse, dans le Gaulois : ous avons bien cinq minutes à nous avant le lever ûdeau ; profitons-en pour braquer une bonne lortte sur la salle de l’Opéra-Comique (1). » ne « ponne lorgnette », ce n’est pas cela qui doit tquer dans le journal de Meyer... ous trouvons là une quantité véritablement prodige de J uifs et de Juives ; jamais on n’en a rencontré au même endroit : les Rothschild, les Cahen, les nann, les Morpurgo, les Oppenheim, les Bernheim,
Gaulois , 12 décembre 1690.
246 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
les Helbroner, les Kahn, les Dreyfus, les Goldschmis les Koning, les Blum, les Wormser, les Ulmann, le) Wolff, les Porgès, les Stern, les Bischoffsheim... Il y e a comme cela pendant des colonnes... Zadoc Kahn lu même, qu’on voit rarement, est de la fête...
Mme Emile Strauss a repris le deuil pour la circor stance « Elle est toute en velours noir et dentelh avec la baronne Salomon de Rothschild, en vêtemen
noirs. »
Quant à Strauss, il est tout en noir aussi, mais il es content. Il salue quand on applaudit et il semble diie tous « Vous savez, c est moi qui succède. » Il demeui boulevard Haussmann et il a obtenu du comité que . parc Monceaux fut désigné pour recevoir la statue c ce grand homme qu’on appelle Bizet. Il passera chaqu jour devant le monument avec sa femme, il fera là c longues stations, et il espère que les passants diront « Vous voyez bien ce monsieur chauve qui, cependan frisotte encore un peu, ce n’est pas lui qui a fait Carme') mais il a épousé la veuve de celui qui a fait Carmen.
Les gémissantes victimes de la persécution religieu! figurent, elles aussi, à cette fête, en nombre consid. rable. Si le comte de Lanjuinais trouve Zadoc Kat insensible à sa douleur de catholique, .il peut ail pleurer dans le sein de M. le comte de Maillé sur le so des Sœurs de Charité. Le député de Maine-et-Loire e dans une loge de vingt-cinq louis, « avec sa fille, comtesse de Grammont, et sa belle-fille, la comtes de Maillé, née de Fezensac, toutes les deux en roi blanche avec profusion de diamants. »
La duchesse de Luynes, douairière, est dans ui avant-scène de balcon avec mademoiselle de Luynes mademoiselle de Banuelos ; la duchesse de Luynes < robe de velours noir et dentelles blanches ; madem< selle de Luynes en satin crème, avec nœud crée dans les cheveux, et mademoiselle de Banuelos en bit clair.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE 247
Drus une loge de balcon, voici « Mme lu duchesse Uzès, en robe mauve, et ses magnifiques émeraudes, .vec elle, le comte et la comtesse Arthur de Morte- Lart, en toilette rose-thé et diamants. Les hommes qui 's accompagnaient étaient le duc d’Uzès, le comte rthur de Mortemart et le comte A. deMun. »
Il faut avouer que tous ces heureux supportent le lalheur des autres avec une aimable philosophie.
Il dut y avoir des représentations de ce genre à yzance au moment des persécutions de Léon l’Isauen et des Empereurs iconoclastes. Vous voyez le irque tel que nous 1 a restitué M. Jean Lombard, avec es mots malheureusement un peu trop techniques, jr les gradins et dans les loges cintrées s’est entassé Tout-B yzance : les patriciennes, en robes éclatantes eues, violettes ou jaunes, et des joyaux précieux tinmabulant sur leur poitrine ; plus loin, les Inclytes. s Illustrissimes, les Cubiculaires, les Candidats, les" gnitaires, « le Grand Domestique, qui avait une coifre d or et un bâton d’or ; le Grand Log’othête et le "and Drungaire, gras, juteux et les yeux blancs; le 'otostator, chafouin ; le Protovestiaire, qui avait une ce de chien ; le Grand Stratopedarque, dont le regard vère fuyait les malédictions de Byzantins que, probasment, il molesta; le Primicier des Chambres, hausnt un col d’autruche entre le Grand Chartulaire et le ‘otocynège, qui tortillaient le leur, de chameau. » Tandis que jouent les orgues d’argent placées sous cathisma, près du grand bassin d’eau, le beau monde mit de la guerre implacable faite aux Eikones : ^os saintes Images... nos Images vénérées, proscrites brisées partout... Voilà la course commencée... Ce at les Verts qui gagnent... Solibas est en tête... Les mioques à l’écharpe bleue ne viennent qu’après... Les âges de saints, l’Image de la très sainte Vierge proîée... Il a dépassé la première borne et l’obélisque de léodose... Le voilà devant la statue d’Apollon delique... Bravo, Solibas!... »
A dix siècles de distance, on aurait pu entendre des propos analogues à F Opéra-Comique, entre catholiques de haut parage... : « C’est infâme... absolument infâme... Ces saintes Filles de la Charité... Voilà le ballet... En haine du Christ... Quelles jolies jambes... I Cette Mauri a le diable au corps... Bravo, Mauri!... »
Toutes les décadences se ressemblent; toutes se résument en deux mots : Histrionisme,— Hypocrisie.
Qui donc pourrait reprocher sérieusement aux évêques de ne pas avoir engagé la lutte à fond avec des catholiques de cette trempe ?
Tel qu’il est, le fait est. L’évêque français est un homme d’accommodement, de concession, — le contraire, en un mot, d’un homme de lutte.
Pourquoi l’évêque est-il comme cela? D’abord, je le répète, parce qu’on le choisit comme cela, et qu’il ne serait pas évêque s’il n’était pas comme cela. Cette explication peut sembler ne pas être absolument suffisante ; il convient donc de nous livrer à une étude plus approfondie, de faire en quelque sorte la psychologie d’une âme d’évêque et d’étudier ensuite dans quelles conditions cet évêque est placé sous le régime du Concordat.
Cela est plus utile que de s’arrêter aux bruyantes démonstrations du cardinal Lavigerie. Les manifestations de ce genre peuvent inspirer beaucoup d’articles de journaux, elles n’ont qu’une très médiocre importance pour l’historien social ; il s’agit pour lui de rechercher la valeur intrinsèque des hommes et l’importance de leur fonction, puis la situation qui leur est faite dans l’organisme social, c’est-à-dire la façon dont il leur est possible d’exercer la fonction qu’ils ont à remplir.
Si on la prenait au sérieux, la déclaration du cardinal Lavigerie ne pourrait que donner une très fausse idée de la question religieuse. En proclamant la nécessité pour le haut clergé de faire la paix avec le gouvernement, elle tendrait à faire croire que ce haut
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;rg*é était en état de guerre — ce qui est manifesteent inexact.
— Franchement, que pensez-vous de notre haut rgé? demandait un jour Mgr Besson à l’un des diiteurs des Cultes qui précéda M. Flourens.
Le directeur lui montra une note écrite par lui sur dossier : « Un clergé qui a des mœurs, quoiqu’on dise, en majorité, quelque science, beaucoup de te- 2 — malhonnête. »
— Qu’entendez-vous par ce mot malhonnête? fit s fr Besson un peu surpris.
— J entends que c’est un clergé absolument veule sans caractère.
Ünbien des traits ce croquis est ressemblant, œs mœurs de notre haut clergé sont pures et les rts sous ce rapport sont si rares qu’ils sont de noto- ;é publique.
Chacun connaît la mort d’un prélat cher aux Républiis. Sa maîtresse et lui formaient un couple affreux.
h, avait été supérieure d’un couvent, le couvent de...
| ate-Théodosie, elle s était appelée la Mère... Sainteühe. Un beau jour, elle avait noué des relations ines avec un inspecteur d’Académie ; elle avait déclaré la maison dont elle était simplement supérieure t sa propriété personnelle, elle l’avait vendue et elle
! it jeté sur le pavé les brebis qu’elle paissait : les heureuses seraient mortes de faim si l’Etat ne leur it fait une petite pension.
chouée à Paris, la Mère Saint-Aguthe était devenue ’emetteuse et s’était installée dans le quartier Mon-
i. C est la que l’évêque venait la rejoindre chaque qu’il pouvait s’échapper vers Paris et c’est là qu’il
irut...
revenait de Rome où il avait été fort mal reçu par ape qui lui avait ordonné de rompre absolument ï cette femme. Malade de chagrin, il s’était arrêté Iques jours à Milan, puis il avait continué sa route.
Le grand vicaire qui l’accompagnait était allé sagemen passer une bonne nuit dans le tranquille hôtel du Bo Lafontaine, où les rêves doivent toujours être ver tueux... L’évêque n’y put tenir; le rut 1 emporta, courut chez la vielle stryge qui 1 avait ensorcelé, che celle qu’il appelait Héloïse et qui l’appelait Abailard mais il avait trop présumé de ses forces et, dans la nuil
il expira chez la matrone.
Quelqu’un qui vit le cadavre a conservé un souvent effroyable de ce spectacle. Tout le monde s était enfu dans la crainte du scandale ; le vieillard était là, à dem assis dans l’unique lit de la maison, les yeux ouverts e comme grandis par l’épouvante, un scapulaire et de médailles sur une poitrine velue... C’était lugubre, cett fin d’un évêque.
On pourrait peut-être citer, parmi les scandaleu un évêque nommé il y a quelque temps. Il menai comme curé une conduite plus que suspecte et j ai en core présent à la mémoire un fait absolument certaii qui prouve que cette conduite était connue a Home.
Un catholique rencontra le futur évêque à l’Opér eh compagnie d’une demi-mondaine qui, parait-il était fort jolie, du reste. Il n’v avait pas le moindr doute possible. Les deux hommes habitaient tousdeu: la même ville et se connaissaient parfaitemenl L’évêque en expectative lâche sa compagne, va droit celui qui l’a reconnu et lui dit :
— Je vous en supplie! ne racontez pas notre rer;
contre.
— Je ne vous promets rien, dit l’autre.
Le lendemain, le catholique, vraiment indigné, v trouver le supérieur de Saint-Sulpice et lui raconte c qu’il a vu.
— Vous ne m’étonnez pas, lui répond le supérieu de Saint-Sulpice ; nous en savons bien d’autres su l’abbé X***. Nous avons tout essayé pour éviter qu’u tel homme ne déshonore l’Épiscopat français, tout a ét
itile. J’essaierai encore une démarche, je transmettrai que vous m’avez dit à Mgr X***, évêque de Z***, n loin de Paris et qui a de belles relations à Rome! L’évêque vint, on le mit au courant et il répondit : 1 n’y a rien à faire ! Rome est décidée. ».
La nomination du prélat, qui d’abord avait fait jeter hauts cris à Rome, avait été l’objet de longs marmdages dans lesquels avait joué un rôle décisif un ’dinal très bruyant, très intrigant, très célébré par la esse, qu’il paye, du reste, comme un simple de Les- )s et qui avait pesé de toute son influence sur le pe pour le forcer, malgré sa résistance, à ratifier le )ix d’un évêque qu’il savait indigne.
Jn autre ecclésiastique, fort soutenu autrefois parles ancs-Maçons républicains, qui font naturellement it ce qu’ils peuvent pour avilir l’Eglise, n’eut point te chance, et il a été momentanément écarté. Celui-là lit débauché la femme d’un menuisier de Paris, il lit expédié le mari à l’étranger et il vivait presque bliquement avec cette femme dont il avait eu deux ‘ants.
leci est l’exception, la très rare exception, je mot « malhonnête », dans la pensée du directeur 3 Cultes dont je parle, était la contre-partie du mot onnête homme » pris dans l’acception du dix-sepne siècle.
Jn « honnête homme », pour le dix-septième siècle, it un homme ayant à un haut degré le respect de sa 'Pre dignité, portant la tête un peu haute, incapable commettre une bassesse ou de dire un mensonge, bandonner la défense d’une cause juste pour plaire i puissants.
^a plupart de nos évêques sont d’honnêtes g'ens dans ens un peu diminué et terre à terre que le mot a 3 aujourd’hui. Beaucoup sont plus que cela encore, sont zélés dans le ministère sacré, ardents à faire le n, prompts à soulager les misères, très désireux en
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
revanche de rester tranquilles, effarouchés par tou idée de conflit ; fils d’artisans ou de petits bourgeoi ils n’ont ni la rude énergie du peuple, ni la digni fi ère qu’avait autrefois l’aristocratie, ils n’ont pas l’an grande, en un mot, et, pour tout dire, ils sont dui incroyable platitude envers le pouvoir.
Ceci en soi n’a rien de bien étonnant pour ceux q regardent la réalité en face. Humainement, un évêq n’a pas à en vouloir au Gouvernement. Dans ce ménai: troublé que forment l’Eglise et l’Etat, l’évêque est « plus heureux des trois. »
Jamais la situation des évêques n’a été comparai; à celle qu’ils ont aujourd’hui. Le Fonctionnarisr; semble couronné et béatifié en leur personne, c’est ; Fonctionnarisme sacré. Ce préfet en robe violette ri aucune des inquiétudes du préfet civil, il est inair vible, il jouit du respect universel, il est regardé cornu un martyr par les vieilles dévotes, il a de l’argent taj qu’il en veut et, à la condition qu’il soit docile, qu’il r prime chez ses prêtres toute velléité d’indépendance,: Gouvernement le laisse absolument tout faire.
Le résultat le plus clair de la Révolution a été ; rendre plus dure la situation des petits et de fortifier i contraire la situation des grands et des riches en i délivrant de toute responsabilité morale. D’après ; principe « on ne s’appuie que sur ce qui résiste »; l’a cien régime mettait chacun en état de résister à 1 :• justice, assurait à tous des droits qui leur permettaiei de se défendre contre l’arbitraire. Le régime moderr, qui entend ne trouver partout que des âmes d'esclave s’efforce par tous les moyens de mettre les humb’i dans l’impossibilité de tenir tête aux gros.
Il a fallu cinquante ans de luttes aux ouvriers po: briser les chaînes si admirablement forgées que Bourgeoisie triomphante en 1789 leur avait attaché aux pieds et aux mains pour exercer l’exploitation i dustrielle à son aise; c’est à peine si aujourd’hui ils trouvent, au point de vue du droit d’association, à p
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE 253
près au même point qu’à la veille de la Révolution. Jamais la propriété, nous l’avons constaté à maintes reprises, n a eu des droits semblables à ceux qu’elle exerce aujourd’hui avec une si jalouse âpreté .. Jamais les éveques n’ont possédé une autorité plus despoticme sur le clergé inférieur. 1
| Les membres du bas clergé étaient loin d’être heureux sous l’ancien régime ; ils étaient souvent réduits à a «Portion congrue » pendant que les hauts dignitaires le 1 Lghse disposaient de revenus princiers ; au fond ls furent de cœur avec la Révolution naissante; cent ms après ils se retrouvent dans une position aussi irecaire, car ils ont à porter tout le poids des persécutons et des vexations qui n’atteignent pas les évêques Dans le vrai droit chrétien, dans le droit canonique*
! 3s titres ecclésiastiques sont des titres réels qu’on ne eut obtenir qu’après concours et qu’on exerce en j ertu d un droit ; c’est la doctrine du Concile de Trente.
• est à peu près ce qu’on entend dans l’armée par la ropriété du grade. Dans le régime actuel de l’Église e b rance, régime dit concordataire, tous les titres sont personnels, distribués selon le caprice de l’évêque, sans ucun contrôle, ni recours.
Le curé de canton seul est inamovible, il est nommé ir la proposition de l’évêque par un décret du Prési- | 3nt de la République sur le rapport du ministre des jultes. Les curés de canton et les chanoines titulaires l it donc des litres à la fois ecclésiastiques et civils, i Quant aux desservants, ils sont révocables ad nu- " mi une fanLusie de l’évêque peut les arracher à leur ! croisse, les envoyer à l’autre extrémité du départeent, les priver de toute espèce de fonction, sans que Tsonne puisse intervenir dans ces décisions ; ils ne | nt meme pas protégés comme les employés de l’État r un règlement administratif.
Jamais on n’a imaginé pouvoir plus exorbitant, i „un s^ne 1 évêque peut, non seulement priver un ilneureux prêtre de son pain, mais le frapper dans
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
son honneur avec la suspense ou, comme on dit plus communément, l’interdit.
Il y a deux modes d’interdit : l’interdit dans les formes ordinaires, l’interdit sans formalités, ex vtij ou mata conscientia.
L’interdit dans la forme ordinaire offre à l’accusé le moyen de se défendre ; il est entouré de toutes les gav ranties requises par le droit canonique ; il est précède d’un monitoire, d’un libellé, d une citation, d une com parution en personne ou par procureur , si le condamne appelle au Souverain-Pontife de la sentence rendue contre lui? son appel est suspensif.
L’interdit ex informata conscientia , au contraire a le caractère d’un firman. L’évêque interdit puremen et simplement le prêtre pour des motifs connus de lu seul et sans autre forme de procès. Les effets de cett< mesure sont d’autant plus redoutables, que l’appel qi peut en être fait au Souverain-Pontife est dévolutif € non suspensif.
Les évêques, d’ailleurs, ne veulent pas du droit ce nonique. L’officialité, c’est-à-dire le tribunal ecclésia* tique, existe bien dans YOrdo, mais elle ne fonctionn presque jamais. Aussi, l’interdit presque partout e usage aujourd’hui est l’interdit ex informata co'i scieniia.
Remarquez en passant que c’est par une sorl d’usurpation, ou du moins d’illégalité morale, que 1< évêques emploient ce mode d’interdit. Le droit can nique dit, en effet, que l’évêque ne peut interdire soi cette forme que lorsqu’il est à deux journées c marche de son siège épiscopal. Au temps où les con munications étaient difficiles, il pouvait être nécessai. d’intervenir rapidement lorsqu’un scandale se prodi sait, et cette manière d’agir pouvait s’expliquer. Ai jourd’bui un évêque, alors même qu’il est aux extr mités de son diocèse, pqut revenir en quatre ou cii heures à son palais épiscopal et procéder selon 1 règles de la justice.
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Il faut ajouter que 1 appel en cour de Rome est illusoire dans la plupart des circonstances. Le clergé inférieur a poussé de toutes ses forces à la proclamation du iogme de 1 Infaillibilité. Curés et vicaires envoyaient des idi esses au Pape par-dessus la tete de leurs évêques ; !s espéraient, en grandissant encore le Pape, avoir en ui un recours contre la tyrannie épiscopale, et une elle pensée était sans doute dans lame généreuse de Ee Pape actuel a besoin d’argent; il ne fait •ucun cas des évêques français, mais il trouve en eux (admirables collecteurs du denier de Saint-Pierre, il ne eut pas intervenir dans leurs affaires. Quand l’appel lu prêtre est dix fois justifié, on répond par le mot iclam, ce qui veut dire que tout le monde a raison.
Vous devinez, dans ces conditions, quelle est la sécuité du pietiede campagne. Suspendu par son évêque, i ter dit selon l’expression consacrée, qui n’est pas tout I fait juste, il n est pas seulement l’homme qui a perdu a place — ce qui est toujours mal vu en France, — il at le reprouvé, le maudit; il semble toujours, en effet, voir été puni pour une affaire de mœurs.
| En dépit du scepticisme actuel, une indéfinissable npiession fait que chacun s’écarte du prêtre que Église a repoussé de son sein. Ce paria ne peut songer cacher son origine, il porte le signe indélébile que le aeerdoce imprime à ses ministres, ce je ne sais quoi j ai fait partout reconnaître un prêtre, même sous des i ibits laïques. Beaucoup viennent se perdre dans ce
and désert d hommes de Paris et se font cochers de îcre...
Loi squ il entrevoit la vie horrible qui va s’ouvrir pour i, le petit vicaire qui a manifesté quelque velléité d’inipendance sent ses cheveux se dresser sur sa tête : il : nge au désespoir de la vieille maman, la bonne pay- | nne qui a fait tant d’efforts pour « le pousser prêtre »,
, mme on dit, et qui va croire son fils déshonoré. Il se tte en arrière comme s’il apercevait un abîme béant ivant lui, il baise avec humilité l’anneau de son évêque,
256 LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
et tout tremblant il se serre près de Monseigneur, qui tient sa destinée dans sa main.
Gomment voulez-vous, sur ce terrain-là, entreprendre une résistance religieuse sérieuse?
Ceux qui essayent de défendre les droits de l’Eglise sont lâchés et livrés par leurs propres chefs.
On a vu des prêtres du diocèse de Bayonne enlevés à leurs paroissiens par Mgr Jauffret. Ces ecclésiastiques n’avaient fait que leur strict devoir de prêtres, en invitant les fidèles à élire des candidats favorables à l’Église plutôt que des candidats athées ou francsmaçons ; ils n’en ont pas moins été sacrifiés. Thévenet a commencé par leur voler leur traitement^- et leur évêque a continué en leur retirant leur cure.
Est-ce donc que Mgr Jauffret soit plus servile que les autres? Il lest autant, voilà tout. L’humiliation de ces vrais serviteurs du Christ était la condition mise à f élévation du candidat à la mitre. Mgr Jauffret aurait refusé que le ministre n’aurait eu qu’à étendre la main et à prendre le dossier d’un des deux cents postulants tous plus ou moins recommandables et surtout plus ou moins recommandés par des Vénérables de Loges ou des députés libre-penseurs.
Dans l’arrondissement de La Réolle, un curé énergique et d’une irréprochable conduite avait courageusement tenu tête à certains gros bonnets du pays qui vivaient dans la débauche et le concubinage. A l’instigation d’un de ces coquins, le sacristain s’empara, un dimanche soir, des ornements sacerdotaux, s’en affubla et, dans cette tenue, alla boire au cabaret. Naturellement, le curé mit le sacristain à la porte.
Le conseil municipal, après avoir en vain essayé d’im poser au curé la réintégration de ce mauvais drôle, votî 200 francs *' à cet homme uniquement pour sonner le: cloches au 14 Juillet. Le préfet trouva que c’était là un( journéeun peu chère et réduisit l’allocation à 100 francs
Pour se venger, les Francs-Maçons de l’endroit accu
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE 257
sèrent le curé d’avoir parlé politique en chaire; on le poursuivit ; mais cinq cents personnes attestèrent, par | leur signature, que le prêtre n’avait pas dit un mot à ce ! sujet et Ion dut rendre une ordonnance de non-lieu qui proclamait son innocence. Le ministre n’en supprima pas moins le traitement de l’ecclésiastique* le pretre répondit qu’il resterait à son poste, sans traite- : ment. On s adressa alors aux vicaires capitulaires de Bordeaux, qui gouvernaient le diocèse après la mort de Mgr Guilbert; on les menaça, on exigea d’eux le déplacement du curé, et ces hommes eurent le triste courage d’abandonner le prêtre vaillant qui avait donné un si bel exemple de fermeté. Le curé protesta, il demanda une nouvelle enquête ; on lui répondit : « Si vous ; n etes pas parti dimanche prochain, vos pouvoirs vous seront retirés. »
Mgr Bellot des Minières, si dur pour les autres et si i peu sévère pour lui-même, a besoin, un jour, d’une place de vicaire pour un favori ; il déplace le vicaire titulaire et l’envoie à l’autre extrémité du département Le malheureux réclame, explique qu’il a des œuvres ians sa paroisse, qu’il y est aimé de tous. Rien n’y fait.
I Jrdre lui est donné de rejoindre son nouveau poste ians les vingt-quatre heures; il obéit mais s’attarde une ournée pour aller embrasser sa mère ; en arrivant ans la paroisse qui lui était assignée, il trouve un interdit par dépêche télégraphique.
Au moment où les vicaires capitulaires dont nous ramons tout à l’heure gouvernaient le diocèse de Borieaux, il parut sur eux une série de portraits, des Siliouettes qui les tournaient en ridicule, mais sans rien tlléguer qui portât atteinte à leurs mœurs. On accusa lu délit un vicaire qui passait pour indépendant. Il nia .vec énergie, on ne put fournir aucune preuve contre
ai , on 1 interdit quand même par précaution, ad cauelam.
Un ancien procureur de la République qui avait °nné sa démission au moment des décrets, ce dont, je
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
crois, il est désolé aujourd’hui, demanda à présenter la défense du pauvre prêtre devant les vicaires capitulaires; il plaida deux heures admirablement. Quand il eut fini, un des vicaires lui dit: « Notre décision était irrévocable, rien ne pouvait la modifier. »
— Alors pourquoi m’avez-vous laissé me fatiguer pendant deux heures ?
' — Pour vous donner le plaisir de parler...
Quand Mgr Lecotprit possession de son siège, on essaya de l’attendrir ; on lui demanda de signaler son arrivée par un acte de clémence ; ce prélat politique qui, dit-on, rêve l’archevêché de Paris, refusa durement, méchamment. Le prêtre resta sur le pavé; avec ses maigres appointements, il faisait une pension à ses vieux parents (la mère a soixante-dix-neuf ans) ; il meurt littéralement de faim. Tout le monde c éloigné de ce pestiféré ; ses confrères ne le saluent plus dans la rue et, selon l’expression d’un de ses amis, il est par terre « comme une éponge mouillée ».
Que voulez- vous? La lâcheté est une des formes de la lutte pour la vie et ici, sans nulle exagération, c’est sa vie même que l’on brise en résistant. Les prélats qui sont de cire molle quand il s’agit de défendre les droits de l’Eglise contre le Gouvernement se retrouvent de fer quand il s’agit des faibles ; ils donnent libre cours à ce besoin de domination et d’autorité qui existe toujours chez l’homme d’Eglise; ils sont impitoyables.
Pour quelques évêques, en un mot, le prêtre n’est qu’une soutane qu’on change de clou selon les circonstances, ou bien encore une monnaie humaine qui sert aux transactions avec le Gouvernement. Les chefs du parti conservateur, beaucoup plus influents qu'on ne croit dans l’administration, ont exactement la même manière de voir. Je vais vous citer un exemple dans cet ordre et je le cite à regret, car l’évêque qui joue là un rôle regrettable a su montrer en plus d’une occasion de l’indépendance et du courage.
LE CLERGÉ FIN DE SIECLE
Un ecclésiastique d’une intelligence très élevée et d’une rare fermeté de caractère, l’abbé Maunoury, curé de la Chapelle-Moche, dans l’Orne, avait fait ce que la plupart des prêtres n’osent pas faire : au lieu de gémir, il s’était remué, il avait résolûment entrepris la lutte et bien vite groupé autour de lui d’ardentes sympathies.
La Chapelle-Moche se trouve dans le canton de la Ferté-Macé, au centre de la circonscription électorale de M. Christophe. L’abbé Maunoury prit la direction d’un journal : l 'Echo de la Ferté-Macé , il y mena une campagne brillante contre Christophe et, aux élections de 1885, le directeur du Crédit foncier, l’un des hommes les plus puissants de France, resta piteusement sur le carreau, et fut remplacé par M. Roulleaux-Dugage.
Mgr Trégaro, évêque de Séez, avait chaleureusement applaudi à l’initiative de l’abbé Maunoury et lui avait écrit une lettre d’approbation qui fut publiée dans Y Echo de la Ferté-Macé.
Ce fut alors qu’apparut M. de Mackau et ce fut naturellement pour nuire à des gens qui allaient tout droit leur chemin, en mettant en avant son intrigante et brouillonne personnalité.
M. de Mackau regrette que les curés ne soient plus comme autrefo is à la nomination des seigneurs ; il tenait absolument à avoir à Vimoutiers, où se trouve son château, un curé qui fût sous son entière dépendance, un curé qui fût à lui. Il n’avait pas même l’excuse d’un intérêt électoral, puisqu’il est inattaquable dans sa circonscription ; il avait cette idée-là — voilà tout. Il s'en ouvrit à Mgr Trégaro et l’évêque commença ses démarches près du Gouvernement pour faire agréer le curé désigné par M. de Mackau. Le Gouvernement répondit : « Parfaitement! Nous vous accordons le curé de Vimoutiers, mais il faut nous sacrifier le curé de la Chapelle-Moche et le déplacer immédiatement. »
« Des négociations, s’écria M. de Mackau, c’est mon alfaire ! Depuis vingt ans je ne fais que négocier et vous
260 LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
pouvez constater en quel état j’ai mis les affaires du parti catholique. »
Vous voyez le «gentilhomme intermédiaire», le maquignon normand, l’homme des brocantages et des trocs s’occupant de ces négociations. « Donne-moi ta vache et je te donnerai en échange trois petits cochons ; regarde comme ils sont roses et grassouillets! »
Finalement, pour complaire à M. de Mackau que, cependant, il ne porte pas dans son cœur, Mgr Trégaro consentit à déplacer l’abbé Maunoury et, par un mou vement d’équité qui l’honore, il lui offrit la cure beaucoup plus importante de Laigle.
Le curé de la Chapelle-Moche, je l’ai dit, était d’un caractère solidement trempé ; il avait le sentiment de sa dignité; il répondit: «Je ne suis point un objet d’échange pour les combinaisons de M. de Mackau, je suis un prêtre de Jésus-Christ; j’ai fait du bien dans ce coin de terre, j’y suis aimé, j’ai gagné là des âmes une aune; je ne veux point d’un avancement qui serait un désaveu. »
Mgr Trégaro eut le tort de ne pas comprendre la noblesse de cette réponse ; il enleva sa cure à l’abbé Maunoury. Le prêtre dit adieu en pleurant à ses paroissiens; il se réfugia d’abord chez un riche catholique du pays, M. Goupil, qui lui offrit un préceptorat ; il quitta ensuite le diocèse et il est maintenant à Tours, attaché, je crois, à une imprimerie.
Cet acte d’arbitraire fit un tort considérable à Mgr Trégaro qui, par son attitude vaillante, s’était concilié l’estime de tous. Quand il alla à la Chapelle-Moche, en tournée de confirmation, il fut fort mal reçu par les habitants qui adoraient l’abbé Maunoury et, quand il voulut ouvrir la porte de sa chambre, il la trouva gardée par des sentinelles peu odorantes...
M. Roulleaux-Dugage, qui devait son élection à l’abbé Maunoury, ne craignit pas, dans un banquet, de reprocher en face à Mgr Trégaro la façon dont il avait
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abandonné le pretre quil avait été le premier à mettre en avant.
Quant au vrai coupable, qui est là-dedans M. de Mackau, il ne se doute même pas de ce qu’il a fait. Il ne soupçonne pas la grandeur morale de ce prêtre de campagne qui prend son apostolat au sérieux, qui conquiert par sa vertu, son activité, son dévouement le petit pays : où Dieu la placé, qui se fait aimer par ses paroissiens parce qu il les aime... Tout cela lui échappe absoument. Gomme tous les monstrueux égoïstes de la Droite, il ne connaît que sa commodité ; il n’est oréoccupé que de ses convenances personnelles. Le nouveau curé de Vimoutiers fait peut-être un quatrième lu whist. Gela suffit à IVlackau pour qu’on bouleverse ’existence d’un prêtre irréprochable et qu’on le force i quitter le diocèse.
Il ne faut rien exagérer et reconnaître qu’en bien des diocèses ces dispositions générales sont tempérées )ar ce qu’il y a encore de profondément bon dans l’âme rançaise ; mais il convient de constater que c’est surout pour les petites défaillances de la vie privée que ;ette indulgence s’exerce. Dès qu’il y a un conflit ’ en )erspective, le vieillard apparaît dans l’évêque avec ce )ersonnalisme inexorable, cette sécheresse implacable, ;ette sorte d’âpreté à défendre son repos qui caracté- ■isent les gens âgés.
Grâce à cet admirable instrument de servitude et l’oppression qui s’appelle l’administration française, le jouvernement tient tous ces évêques en laisse* ; il n’a )as besoin des foudres du conseil d'Etat, il n’a qu’à nenacer les prélats de mettre le nez dans leurs comptes )our les rendre doux comme des moutons.
Ici, nous touchons encore à un point intéressant )Our l’histoire sociale. L’ancien régime créait, amélioait, il fondait, il faisait des « fondations » dans le s«ns rai du mot. Ceux qui dirigent la politique et obéissent :ux-mêmes aux ordres de la Juiverie cosmopolite n’ont
qu’une idée, mettre la France en liquidation ; ils sont cosmopolites, c’est-à-dire ennemis de la Patrie, ennemis aussi du Patrimoine, c’est-à-dire de toute propriété légitime et durable. L’ancien régime aimait à voir l’Eglise élever de grands bâtiments solides qui tenaient au sol, qui abritaient du monde ; quand les mercantis d’aujourd’hui voient une maison de ce genre, ils se disent : (( Gela ferait du joli papier, il faut changer cela en papier, acheter de la rente avec, cela permettra à nos amis les coulissiers de donner quelques coups de crayon et aidera Rouvier dans ses tripotages à la
Bourse. »
Les choses se passent ainsi pour tout ce qui appartient à l’État. C’est l’histoire de Lockroy avec les diamants de la Couronne. Un ministre du Passé apercevait un beau diamant, il se disait : (( Rien n est trop beau pour la Couronne de France, il faut acheter ce diamant et le mettre dans nos joyaux, il augmentera le Trésor national ; dans un moment de crise désespérée ce serait une ressource. »
Lockroy, au contraire, aperçoit les diamants conservés depuis des siècles ; son œil de chineur s’allume ; il s’écrie : « Comment se fait-il qu’on n’ait pas encore songé à bazarder cela? » et il fait vendre le tout à des baronnes ou à des cocottes juives par l’entremise des Juifs Vanderheim et Bloche qui naturellement lui font la forte remise.
C’est plus fort qu’eux ; ils entrent dans quelque maison, ils entrevoient un souvenir pieux, une croix de Saint-Louis en brillants gardée de génération en génération ; iis demandent : « Est-ce à vendre? »
La propriété ecclésiastique est, on le comprend, plus menacée que toutes les autres. Quand un évêque meurt, l’administrateur de la mense épiscopale pour l'État, qui parfois est un protestant sectaire et haineux, profite souvent de l’occasion pour faire vendre les immeubles qui appartiennent à cette mense. A Tours on alla plus loin ; il y a quelques années, on fit vendre les maLons
achetées de leurs deniers par les membres de l’OEuvre de Saint-Martin.
On ne dépouille pas les catholiques, remarquez-le, on leur remet du papier, toujours du papier. Le papier est garanti par l’Etat qui ne doit encore que 37 milliards ; quand il devra quarante ou cinquante milliards, il fera banqueroute — voilà tout.
En présence d’un tel état de choses, il est très explicable que l’évêque s’efforce de donner aux fonds dont il a le maniement la forme la moins ostensible possible et qu’il garde un peu la caisse diocésaine dans sa poche où elle est, certainement, plus en sûreté encore crue dans la poche de ceux qui nous exploitent.
Les ressources dont les évêques disposent ainsi sont souvent fort considérables... Il y a les dispenses directes du 4e et 3e degré de consanguinité, les permissions d’ondoiement qui se payent 5 francs, les dispenses de publier deux bans qui se payent 6 francs, les quêtes, les chaises. Dans le diocèse de Bordeaux, la quête seule du dimanche de la Quasimodo rapporte de quarante à cinquante mille francs.
L’évêque a droit personnellement au quart des revenus du diocèse, un autre quart lui est remis pour ses œuvres particulières et le reste est appliqué aux œuvres du diocèse.
La vente du catéchisme est, en outre, la propriété de l’évêque, et, dans certains diocèses, cette vente produit jusqu’à 30,000 francs.
En réalité, l’évêque dispose absolument de tout sans le moindre contrôle. Les vicaires généraux sont les hommes-liges, les créatures de monseigneur ; ils ne font que ce qu’il désire. La servitude est complète à tous les degrés... Le gouvernement veut des évêques qui soient ses domestiques, l’évêque veut des vicaires généraux qui soient ses esclaves et les vicaires généraux veulent des prêtres qui soient à genoux devant -eux.
Quelques évêques — mais c’est là encore la très
LE TESTAMENT d’[JN ANTISÉMITE
rare exception — se servent de cet argent pour enrichir ou tirer d’embarras leur famille. Le frère d’un évêque fort connu avait été condamné a une restitution de 32,000 francs envers l’État ; le délai accordé pour s’exécuter expirait... L’évêque, en tournée dans son diocèse, télégraphie au trésorier de la mense épiscopale de prendre cette somme dans la caisse et de la verser à l’État. Le trésorier hésite, il va trouver un prélat qui jouissait d’une grande considération dans la ville, et, finalement, demande de nouvelles instructions afin de mettre sa responsabilité à couvert. « Considérez ce télégramme comme un reçu », télégraphie l’évêque.
Il ne restait plus qu’à obéir; le trésorier prit la dépêche et la mit dans le coffre-fort à la place des < 32,000 francs qu’il versa.
D’autres évêques, en plus grand nombre, gèrent mal les fonds dont ils ont la disposition ; ils en arrivent, faute d ordre, à etre couverts de dettes. Un évêque du Midi devait jusqu’à 800,000 francs.
Un jour, cet évêque s entretenait de ses chagrins avec son vicaire général, et devisait mélancoliquement avec lui de ce mal d’argent dont souffrit tant Panurge.
Je ne vois qu une solution, s’écria tout à coup le vicaire général, c’est que Votre Grandeur aille à l’enterrement de Mme Fallières qui, précisément, vient de mourir.
— Y pensez-vous ? Il est vrai qu’autrefois j’ai été ti ès bien avec Fallières, mais aujourd’hui nous sommes brouillés et il ne m’a pas même envoyé de lettre de faire-part.
Justement, monseigneur, Fallières sera profondément touché de vous voir vous rendre Tïiotu pvopvio aux funérailles de sa mère.
— Et après?... Croyez-vous qu’à l’issue dè la céré¬
monie il me remettra 800,000 francs pour paver mes dettes? J
Assurément non, mais il vous nommera archevêque.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
— Malheureux ! Vous ne voyez pas que c’est à ce îoment, que la crise prendra un caractère aigu et que >ut se découvrira... Quel homme de bon sens consenra a être nommé évêque à ma place, à accepter la îsponsabilité d’une situation tellement compliquée que ; ne m’y reconnais pas moi-même ?
— Ah ! monseigneur, vous êtes ingrat! Vous méconaissez l’amitié. Je connais un homme qui, par dévouelent pour vous, accepterait votre succession.
— Qui donc ?
— Moi, monseigneur...
Le prélat et le vicaire général prirent le train. Faites fut touché; l’évêque passa archevêque et, en s’en lant d’un siège qu’il ne regrettait pas, il emporta ême un meuble ancien, un meuble en marqueterie une grande beauté, qu’il remplaça par un meuble oderne. Le préfet, malheureusement, s’aperçut de la iose et fit réintégrer le meuble disparu.
Le vicaire général devenu évêque, commença par Fectuer son entrée solennelle dans sa ville épiscopale immédiatement après il s’occupa d’opérer sa sortie, alla à Rome, fut reçu par le Pape et lui fit part de n désir de changer de diocèse. Le Pape, tout étonné : voir évêque un homme de tous points médiocre, aulel on eût hésité jadis à confier une paroisse impornte, lui dit : « Vous êtes là, restez-y ! »
Notre homme ne se tint pas pour battu; il imagina ie nouvelle combinaison, consistant à faire nommer adjuteur un évêque qui avait envie d’être archevêque à prendre le siège dudit évêque en laissant le faeux paquet de 800,000 francs à un candidat pressé, i acceptait tout les yeux fermés, quitte à se débarsser à son tour du lourd passif par un moyen ou par autre. Il est très probable qu’il réussira.
Ces perpétuelles permutations de sièges sont, d’ailîrs, tout à fait nouvelles dans l’Episcopat. Les évêques lutrefois étaient mariés, uxorati, avec leur diocèse ; y fondaient des œuvres durables, ils y formaient des
'266 LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
générations de prêtres à l’image de leur esprit. Toi cela est changé à l’heure actuelle. Maintenant qu’on reconnu îes désavantages des déplacements trop fri quents pour l’armée, ce sont les officiers qui restent c longues années dans leur diocèse et les évêques qi changent à chaque instant de garnison...
A côté des pasteurs qui gaspillent, nous avons 1< pasteurs qui thésaurisent. Un archevêque, fils c simples paysans, qui avait, il est vrai, occupé son siè§ pendant de longues années, laissa quinze cent mil francs de fortune...
Celui-là avait la monomanie de l’argent ; il avait fa pratiquer une cachette dans l’endroit secret de son p lais et il y déposait des billets de banque ; on trouva, des billets de banque partout dans ses appartements il y en avait dans ses draps, sous son traversin...
Jamais, sauf pour la construction d’une église doi; je parlerai plus loin, l’archevêque ne donna un sou. b. beau jour, l’économe du petit séminaire disparut;, avait perdu dans des spéculations insensées tous U fonds qui lui avaient été confiés, 350,000 francs e viron. C’était la ruine du petit séminaire... Les cath* tiques le comprirent et s’imposèrent des sacrifices co • sidérables pour combler le déficit. Un des chefs cl parti ro yaliste prêta 50,000 francs à 5 °/0. Un vicab général, fort riche, avança 50,000 francs égalemer. mais sans intérêts. L’archevêque, à son tour, voul; faire quelque chose et offrit généreusement trci créances qui étaient périmées depuis trente ans !
Quant au chiffre de 1,500,000 francs, il fut proclan! par les ecclésiastiques désignés comme légataires longtemps avant la mort de l’archevêque et qui s’en allaie; répétant partout : « Hélas ! nous craignons bien qr, Son Éminence ne nous laisse le lourd fardeau di 1,500,000 francs de sa succession! »
On fut donc fort étonné, lorsqu’une fois mis en po-
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
session de la succession, les légataires déclarèrent que l’archevêque n’avait absolument rien laissé que des
dettes.
Contrairement à son habitude, l’archevêque s’était intéressé à la construction d’une église du Sacré-Cœur dans sa ville archiépiscopale, et il s’était engagé à contribuer aux dépensespourune somme de 200,000 francs.
Après la mort du prélat, l’entrepreneur vint rappeler 3ette promesse aux légataires ; ils répondirent une fois de plus que l’archevêque était mort insolvable. L’entrepreneur prit son parti de suite : il congédia ses ouvriers 3t ferma ses chantiers.
A quelque temps de là, un prêtre remuant, désireux de se mettre en avant, et par surcroît cousin d’un miaistre, fut nommé vicaire général ; il chercha dans les papiers de l’archevêque ; il y découvrit la preuve qu'un angagement avait réellement été pris, et il dit aux héri- ;iers: « Si vous ne restituez pas les 200,000 francs, je ais du bruit. »
Deux jours après, les héritiers, qui prétendaient l’avoir hérité que de dettes, rendaient les 200,000francs )u plutôt 212,000 francs, avec les intérêts.
Un pauvre curé de campagne fut moins heureux. Un le ses paroissiens lui avait remis 50,000 francs pour la construction d'une école... Conformément à la discipline ecclésiastique, il annonça cette nouvelle àl’archeœque qui, flairant l’argent, sauta dessus et dit au curé:
< Remettez-moi ces 50,000 francs, je subviendrai chaque innée à l’entretien de l’école. »
Après la mort de l'archevêque, le curé vint naturellement s’enquérir de ce qu’étaient devenus ses 50,000 rancs ; on déclara n’en pas trouver trace. Un des légaaires se décida cependant à faire signer par son secréaire une promesse de soutenir l’école — ce qui, on 'avouera, est une assez mince garantie.
C’est dans ce diocèse que la caisse des retraites fut rouvée complètement vide. Cette caisse est administrée par un prélèvement de 7 pour 100 sur les chaises, et
les prêtres y versent des sommes qui vont de 20 franc à 60 francs par an.
On fit revenir en toute hâte l’ancien vicaire généra qui en avait la gestion, et qui était à la veille d’être sa cré évêque. On lui demanda des explications ; il recon nut bien avoir reçu l’argent qui était mentionné, d’ail v leurs, dans un compte rendu qu’on publie tous les ans mais il déclara qu’il ne savait pas ce que cet argen était devenu. Etait-ce le vicaire général qui l’avait pris Etait-ce l’archevêque ?
Pour en finir, on passa l’éponge et l’on mit des zéro: à l’actif.
En bien des diocèses, les caisses de retraite n’on qu’une existence nominale ; mais, ainsique nous l’avons expliqué, le remède ici serait peut-être pire que le mal La situation actuelle, c’est le jeu de Pigeon vole;ï. en est des caisses de retraite comme des dépôts chei: les notaires.
Les notaires modernes avaient pris l’habitude de s’enfuir avec l’argent qui leur était remis ; on a obligé ceux qui restaient à ne plus garder de dépôts et à déposer à la Caisse des Dépôts et Consignations les fonds qui leur étaient confiés. Ces fonds servent maintenant à spéculer et à alimenter ce que Laur appelle « la maison de jeu gouvernementale ». Au moment d’une guerre, le gouvernement serait aussi embarrassé de rendre ces fonds que ceux des Caisses d’Épargne. Beaucoup de gens alors regretteront le temps des dépôts chez les notaires et se diront: « Mon notaire à moi ne serait peut-être pas parti... »
Après avoir rassemblé devant vous divers traits épars qui vous permettent de vous rendre compte des causes qui déterminent la conduite de nos prélats, je vais maintenant vous peindre en pied un archevêque et un cardinal <( fin de siècle ».
Suivez le curriculum vitœ de Mgr Place, archevêque de Rennes ; regardez-le à l’œuvre et vous vous expli-
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
îerez comment la foi s’affaiblit dans des pays jadis 88 catholiques, dans des âmes sur lesquelles la Francaçonnerïe juive n’aurait eu aucune action si les .efs de l’Église avaient été à la hauteur de leur misin.
Mgr Place n’avait aucune vocation ecclésiastique ; squ’à 40 ans il fut professeur d’histoire dans une :tite école de Paris appelée l’institution Poiloux. Sur recommandation de son frère, Victor Place, qui était nsul général, et dont il sera question tout à l’heure,
. de Corcelles, ambassadeur près du Saint-Siège, prit pour secrétaire particulier.
A Rome, Mgr Place fit quelques études ecclésias- [ues très superficielles, il fut ordonné prêtre et, après oir été quelque temps vicaire général de Mgr Dupanjp, avec lequel il ne put s’entendre, il fut nommé diteur de Rote et enfin évêque de Marseille où, dès n arrivée, il se fit exécrer de son clergé. <c Mgr Place li n’est pas à sa place », disait Pie IX qui ne détestait s ces jeux de mots.
On sait le rôle joué pendant la guerre par le frère de gr Place, qui était alors consul général à New-York, îand la France envahie, saignée aux quatre veines, lit prête à expirer, quand l’Europe elle-même, qui us avait tant haï, était prise de pitié devant cette castrophe, il se trouva un homme, un fonctionnaire mçais pour voler sa mère qui râlait sous le talon du ussien. Dans ce désastre sans exemple, il ne vit ’une occasion de s’enrichir, et lorsqu’on lui demanda s armes pour les combats suprêmes, il acheta à vil ix et fit payer chèrement des fusils qui ne pouvaient s partir.
On se rappelle comment la dernière bataille fut pere au Mans par la débandade des mobiles bretons à Tuilerie. Quand on les interrogea, ils montrèrent les uillardes dont on les avait munis pour tenir tête à s ennemis formidables ; on les essaya le 20 janvier polygone de Rennes ; elles donnèrent 65 pour 100
de ratés. C’étaient les fusils de Conlie, les fusils c Victor Place, le consul prévaricateur.
M. Léon Riant, qui n’est pas suspect d’être ennen du clergé, a constaté fous ces faits dans son rapport.
En résumé, M. Place a effectué, sans instructions et sai ordres, l’achat (1) :
4o De 6,000 carabines Lydnert,qui ont coûté 584,000 franc qui n’ont pu être utilisées, qui ne le seront jamais, et q sont sans valeur;
2o De 5,790 fusils Flobert, accompagnés seulement c 22 cartouches par fusil, qui ont coûté 592,000 francs ; arm' qui n'ont pu être utilisées, qui ne le seront jamais, mais q ne sont pas sans valeur.
M. Place a effectué, en ne se conformant pas aux instru tions qu’il avait reçues, l’achat de 19 mitrailleuses Gattlu qu’il a payées 30 ou 35 pour 400 au-dessus de leur valeil normale.
Il s’est attribué illégalement une commission de 2 pour 10 dont le montant dépasse 600,000 francs.
Il a prélevé indirectement, sous le nom de Chauviteau, di commissions de 4 pour 400 à 5 pour 400, dont le total s’élè1 2 à 360,000 francs.
Il a‘ augmenté ou fait augmenter, par l’intermédiaire ( Chauviteau (2), les factures de J a maison Remington de 25 cei times par arme et par millier de cartouches, et payé ces ta tures îalsifiées en imposant à l’Etat une perte de 300,000 f
Un tel misérable aurait dû être fusillé dans le dos e au moment des hécatombes de la Commune, on ti bien des pauvres diables qui méritaient dix mille fo moins la mort qu’un homme dont le crime était sar excuse, car son traitement seul de consul général éta de 60,000 francs.
(1) Rapport lu à l’Assemblée nationale le 27 juin 1871 p M. Léor Riant.
(2) U11 de mes plus chers amis m’affirme que la responsabili de M. Chauviteau aurait été exagérée. Agent en sous-ordre, n’aurait eu, d’après mon ami, qu’une responsabilité très seco daire dans les actes dont s’est rendu coupable Victor Place.
LE CLERGE FIN DE SIÈCLE
Par un jugement en date du 25 janvier 1872, Victor Dlace fut seulement condamné à deux ans de prison et J, 000 frRncs d’amende, et, à la demande de son frère évêque, M. Thiers le gracia quelques mois après !
: Sans doute les fautes sont personnelles, mais quand m est évêque et qu’un des vôtres a commis un tel crime :°ntre la Patrie, il semble qu’on n’ait plus qu’à cherher 1 ombre et le silence, à se retirer dans quelque loître pour y pleurer et y prier pour le coupable.
Mgr Place n’eut point cette pudeur ; il souhaita, au ontraire, se mettre en évidence, être archevêque, voir la pourpre... Il poussa l’inconscience jusqu’à vou- )ir être le primat de cette Bretagne dont les enfants, race à la scélératesse de son frère, avaient péri par îilliers sans pouvoir même défendre leur vie...
Vous devinez l’effet produit sur les populations et ar ce clergé breton qui donna de si beaux exemples : e patriotisme pendant la guerre, alors que les recours, devenus aumôniers, marchaient au feu avec leurs aroisses. Vous voyez le thème offert aux ennemis de t Religion. « Regardez, disaient-ils, regardez dans le mctuaire cet homme portant fièrement la mitre et la rosse d’or, cet homme dont les ornements pontificaux fintillent à la clarté des cierges, à travers les vapeurs e l’encens, cet homme qui parle aux autres de Devoir t de Vertu, c’est le frère d’un voleur, le frère de Victor 'lace qui a dépouillé la France agonisante. »
Il faut vraiment que ceux qui gouvernent l’Église lent perdu tout sens moral pour consentir à de telles ominations, pour scandaliser ainsi de parti pris l’âme es simples et des faibles.
On comprend si de tels êtres sont des esclaves doles pour les Martjn-Feuillée et les Thévenet. Après jn dîner avec Mgr Place, Martin-Feuillée lui-même se écîarait écœuré. « J’ai vu bien des platitudes dans la magistrature, disait-il le lendemain dans les salons de
la Préfecture, mais je n’ai jamais rien rencontré comparable à la bassesse de ce prélat. »
L’existence des prêtres bretons devint un enfer av un pareil archevêque. Ils espérèrent un instant trouv: un défenseur dans un prélat d’un rare mérite, Mgr G nindard, coadjuteur de Mgr Place.
Dès son arrivée à Rennes, Mgr Gonindard s’étî conquis d’universelles sympathies dans le clergé par charme de ses manières, la distinction de son espr la bonté d’un cœur véritablement évangélique Mgr Place, outré, accabla Mgr Gonindard de mauva procédés et Rome finit par prier le coadjuteur de i
plus paraître dans le diocèse qu’il devait gouverner i jour.
La cruauté montrée par Mgr Place dans l’affaire c Père Lepailleur acheva d’indigner contre lui toute Bretagne. ;
C’est une histoire à faire pleurer que celle-là ; on € ferait un livre émouvant au possible. Le Père Lepai leur, on le sait, est le fondateur de cet ordre de Petites-Sœurs des Pauvres qui a pris en quelques ai nées un si prodigieux développement. Quant il début en 1840 (1), le jeune prêtre avait pour tout appui j concours d une domestique, Jeanne Jugan, et d’une cor turièi e, Marie Jamet ; il était si pauvre qu’il dut vendi1! sa montre pour acheter du pain aux premiers vieillard recueillis par lui.
Aujourdhui, l’Institut des Petites-Sœurs des Pai vres a 264 maisons dans le monde !
Ne a ous semble-t-il pas ouïr une belle légende de 1 Vie des Suints , une page de la vie de saint Prancoi d’Assises ?
Vous vous imaginez la vénération qu’inspirait au: Petites-Sœurs celui qu elles appelaient : « leur boi
(l) Cest (e 15 octobre 1840 que les deux bonnes créatures, que 1 Pere Lepailleur avait associées à son œuvre, firent transporte une vieille aveugle dans la mansarde de Jeanne Jugan.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
: re. » Pour elles, ce fondateur d’un ordre merveilleux, lui qui a créé une telle œuvre par la seule puissance sa foi, par le rayonnement du foyer qui était en lui t véritablement un Saint, et il ne peut manquer d’être rionisé comme l’ont été la plupart des fondateurs )rdres...
Elles avaient donc la joie de voir un Saint, non plus dlement à travers les récits des livres de piété, mais Saint vivant, un Saint qui avait fait déjà un miracle qui en ferait d’autres après sa mort. Vous pensez comm les pauvrettes le choyaient et l’adoraient, leur int...
Il y eut, sans doute, quelque exagération dans ces noignages de vénération et de tendresse. Dès quelles ercevaient leur « bon Père », les Petites-Sœurs couraient autour de lui, se prosternaient et, • dit-on, ulaient lui baiser les pieds. Un jour qu’il causait avec prêtre, une bande de Sœurs se serait élancée vers ; pour éloigner les plus importunes, le Père Lepailîr leur aurait jeté en riant sa pantoufle ; les Petites- 3urs se seraient précipitées et auraient baisé la panifie avant de la rapporter.
Beaucoup de saints et le curé d’Ars lui-même en ce icle ont été l’objet de marques de respect analogues, le cardinal Place aurait pu recommander au Père pailleur de ne pas se prêter à ces manifestations, iis ce n’était pas à cela que le cardinal pensait ; il n’ait qu’un désir : pouvoir disposer de l’argent des tites-Sœurs.
La maison-mère de la Tour Saint-Joseph, située à int-Pern, près Bacherel (Ille-et-Vilaine), était en fête ; se préparait à célébrer joyeusement le cinquanteire de la fondation de l’ordre. Tout à coup; une noulle se répandit dans toute la Bretagne avec la rapié de la foudre... Le Père Lepailleur avait disparu! i l’avait mis en wagon sous la conduite d’un homme r et on l’avait expédié en Italie !
On croit assister à une arrestation par lettre de ca-
LE TESTAMENT D’üN ANTISÉMtTE
chet, au transport d’un prisonnier d’État à Pig'ne, sous la garde de d’Artagnan chargé d’empêcher prisonnier de communiquer avec âme qui vive. C'( tout à fait la même chose. Défense avait été faite Père Lepailleur de s’arrêter dans aucune maison son ordre ; il devait voyager sans faire de haltes.
Vous vous figurez la secousse produite par un par coup d’Etat sur un vieillard de 79 ans ? Le malheure vomissait tout le long du chemin et l’on crut qu’il n’e riverait jamais à destination...
D’Artagnan, dans la circonstance, était un avocat qi joue un grand rôle dans le monde religieux à Renne C’est l' af ficionado , l'homme d’affaires de l’archevêcb, le chef des estafiers d’un nouveau Saint-Office, l’ân damnée du cardinal qui l’a fait nommer commande : de Saint-Grégoire. Les prêtres en ont peur comme <i avait peur à Venise d’un affilié du Conseil des Dix ; \ savent que rien n’échappe à ses investigations et quel plus légère parole d’indépendance serait aussitôt répimée. Un curé seul s’est risqué à faire sur lui un sonnl
qu’il m’a envoyé :
Avocat du Seigneur et son homme d’affaire,
Teint d’Orange, museau félin, parlant vieux jeu.
Il bénit, il insulte et calomnie un peu ;
Pour le bien de l’Eglise, il est prêt à tout faire.
Quand il faut brouillonner, il nage dans le bleu;
S’il vous rencontre un jour, ayez soin de vous taire: Car pour un simple mot que sa malice altère;,
Ceux qui font décoré vous jetteraient au feu.
Le voilà commandeur dans la sainte milice :
Les prélats ont besoin d’une bonne police Pour gouverner au temps mauvais où nous vivons.
Ces bons Pères laïcs dans Tombre nous surveillent,
Et les pauvres curés, chaque fois qu'ils s’éveillent, Tremblent de recevoir quelque nouveau savon.
Je n’ai pas besoin de vous dire quelle émotion ci événement dont aucun journal n’a parlé, excepté .
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ztit Joui ncil , excita, dans toute la Bretagne. Les Pei es-Sœui s, naturellement, pleuraient, comme on dit, j ut ce qu elles savaient. Elles avaient fini par apprendre j 1e le « bon Pèi e » était interné chez des religieuses itin autre Ordre à Frascati et elles se disaient xieuses : « Le soignent-elles bien ? » Il est probable elles le soignent fort mal, car le vieillard, paraît-il, i mit toute la journée. Celles qui l’entourent, en effet,
^ lorent que c est un Saint ; elles ne sont pas au courant ce que fut ce pauvre homme maintenant courbé j us le poids des années et peut-être lui reprochentes de ne pas être assez propre sur lui.
On se racontait les moindres particularités du départ la parole dite par le vieillard au docteur Martin : le suis plus à plaindre que Job ; on lui avait laissé au )ins son fumier, à moi on a tout enlevé. »
Pour moi, j’avoue trouver cela profondément touant et je suis sûr que beaucoup seront de mon avis, lime paimi les sceptiques sans haine dont le sourire i mouille parlois dune larme quand ils contemplent
misèi es et les méchancetés de notre débile huma—
itéfféchissez-y et vous penserez que la proscription ce bon vieux est aussi émouvante que le départ de poléon pour Sainte-Hélène... Il n’a pas fait tuer deux liions d hommes, mais il a fait, lui aussi, quelque )se de très grand dans son genre; il a été visiblement )elé par Dieu à accomplir une œuvre extraordinaire, tache terminée, il a cru qu’il allait s’endormir dans iaix du Seigneur ... Et le voila tout à coup, le pauvre ux, sur la route d’Italie ; il n’a pas même la per- >sion d abriter sa tête pendant une nuit dans une des isons qui sont sorties de terre grâce à lui. Cent mille ülards sont morts dans des lits que cet apôtre de la irité avait trouvés pour eux et lui, le fondateur de admirable Institut, il n’aura pas le droit de mourir jisun de ces lits ; il n aura pas autour de lui, pour lui porter la dernière tisane, une seule de ces trois mille
petites Sœurs qu’il a données pour consolatrices et pu amies à tous les vaincus de la vie. Tantum est in \\ bus inane...
Avant la mise en wagon on avait fait signer au P* Lepailleur une lettre dans laquelle il déclarait qu’il s allait volontairement et qu’il se rendait en Italie pu se préparer à la mort...
Vous voyez la vraisemblance de cette fable : ce vit prêtre malouin qui n’a jamais quitté la Bretagne, : vit entouré d’affections dans la maison-mère de f Ordre, et qui éprouve le besoin de se retirer en Ita: comme M. de Niewerkerke probablement, pour y joi des chefs-d’œuvre de l’Art...
Ce fut la première version du cardinal. A la premi' retraite ecclésiastique, le 7 juillet 1890, ii annonça a c’était le Père Lepailleur qui, à cause de &on âge, av voulu se retirer comme le prouverait une lettre qui : rait rendue publique.
Cette déclaration, vous le pensez bien, tomba au ii lieu d’un silence comme il en règne quand le colonel : former le cercle, mais aux regards ironiques que . lancèrent ses prêtres qui le détestent si cordialemei Mgr Place comprit que l’histoire ne prenait pas... A deuxième retraite, fin juillet, il déclara aux eu: doyens qu’il avait été obligé d’intervenir à cause <: nombreux abus qui s’étaient introduits dans la cong: gation des Petites-Sœurs des Pauvres et qu’il avait faire partir le Père Lepailleur. Il n’avait donc pas dii vérité la première fois.
Dès le lendemain du départ, le cardinal avait fait : lever le portrait du Père du parloir de la maison-mèr : il avait chargé un de ses vicaires généraux, le chanœ Delafosse, qui avait autrefois essayé de fonder une li queterie, de prendre en main l’administration. 1: qu’il était le maître delà maison-mère il pouvait agir i toutes les autres maisons...
Le cardinal Place couronna ses exploits par sa q:
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■elle avec des ecclésiastiques auxquels il prétendait cracher un petit héritage que leur avait légué un ami. t ^ est nécessaire, pour bien comprendre cette question l’entrer dans quelques explications.
^ Un prêtre de grande science et de haute vertu, l’abbé luitton, longtemps vicaire général du prédécesseur du ardinal Place, le cardinal Saint-Marc, avait été frappé es difficultés qu’éprouvaient les jeunes prêtres à entrerendre des travaux théologiques et littéraires, et il vait pensé à les réunir dans une maison d’études qui appela l’Oratoire de Saint-Philippe de Néri. Un moîent 1 abbé Guitton songea même à transformer cette îunion d un caractère tout amical en une sorte de conrégation autorisée, mais, devantles difficultés qu’il ren- )ntra, il renonça complètement à ce projet, et lui-même isait des amis groupés autour de lui : « Nous ne fai- >ns qu un vœu, celui de n en point faire. » On se connta pour tout règlement du règlement du séminaire. A sa mort, l’abbé Guitton partagea sa modeste fortune ître les deux amis qui étaient les plus chers à son eur : l’abbé Plaine et l’abbé Motais.
' Les héritiers de 1 abbé Guitton attaquèrent le tesment sous prétexte qu’il cachait un legs à l’Oratoire ;
; gagnèrent en première instance, mais la Cour d’Ap-
1 il de Rennes les débouta définitivement par un arrêt i 22 mars 1887.
Ce qui décida le tribunal fut la déclaration du cardinal ace qui, dans une lettre écrite à M. Grivart, ancien mistre et avocat des ecclésiastiques héritiers, affirmait de
façon la plus formelle que l’Oratoire ne constituait s une congrégation.
Poiis m avez demandé, disait Son Eminence, en votre ilité d’avocat des prêtres dits de l’Oratoire, quelle est, au nt de vue ecclésiastique, leur situation, da réponse est bien simple : cette situation est exactement le de tous les prêtres de mon diocèse.
L 1 abbé Guitton, ainsi qu’il me l’a déclaré à mon arrivée ennes, na jamais eu 1 intention de fonder une congré-
gation. Prêtre d’un grand talent et d'un grand savoir, ajan fortement à cœur de promouvoir l’étude des sciences sacrées auxquelles il avait voué sa vie, frappé d’ailleurs de l’extrêm difficulté pour ceux qui en auraient le goût et la volonté d s’y livrer avec suite et succès dans les conditions ordinaires il a voulu en procurer la facilité, soit à des prêtres séculiers soit même à des laïques et, dans ce but, il a ouvert une mai » son où ils pourraient, même transitoirement, s’adonner l’étude, chacun selon ses aptitudes et ses préférences, dan un recueillement et avec une liberté aussi nécessaires qu difficiles à. réaliser dans le ministère paroissial, pour les pré très, que dans le monde, pour les laïques.
La maison s’est continuée et existe présentement dans ce conditions, qui rfont jamais varié.
Les prêtres qui y vivent n’ont entre eux aucun lien reli gieux d’aucune sorte. Ils n’ont jamais eu ni cherché ou song à avoir une constitution quelconque approuvée soit par 1 Pape, soit par l’Evêque.
Ils ont seulement le règlement très sommaire qui s’impos pour le bon ordre, dès que plusieurs personnes vivent e commun dans la même maison.
L’abbé Motais mourut quelque temps après et légua à sa mère la petite fortune dont il avait héritt ce qui démontre qu’il se croyait parfaitement le dro d’en disposer en toute sûreté de conscience. Il léguai en outre, diverses sommes à ses amis de l’Oratoire l’abbé Houet, l’abbé Robert, l’abbé Louvet avec le: quels il avait travaillé et qu’il chargeait de la rév sion et de la publication de ses manuscrits.
Ces ecclésiastiques, absolument étrangers aux a faires d’argent, eurent l’idée de mettre leurs fonds e dépôt entre les mains de l’abbé Hamard, prêtre d l’Oratoire. L’abbé Plaine, le cohéritier avec Pabh Motais de l’abbé Guitton, en fit autant. Ils achetèrei à frais communs un beau coffre-fort et ils confièrent 1 clef à l’abbé Hamard, à charge par lui de leur rendi compte chaque année de la situation et de ne se livre à aucune opération financière. Il était bien entend
LE CLERGÉ FIN DE SIECLE
ïu'ils se réservaient le droit de retirer du coffre-fort es sommes dont ils pourraient avoir besoin Les choses allèrent ainsi pendant quelques années, orsquetout a coup, au moment de la reddition des comptes de fin d annee, on s’aperçut de quelques irrégularités et d un déficit de plus de 4,000 francs.
L abbé Plaine s’empressa alors de retirer à l’admiustrateur le mandat verbal qu’il lui avait confié précéemment et il lui demanda, en conséquence, la clef du offre-fort et les comptes de gestion. M. Hamard embla tout d abord embarrassé, puis il se retrancha terriere des ordres supérieurs et il refusa de restituer i clef et de rendre compte de sa gestion. Le soir du nêmejour, il avoua avoir pris des engagements vis-àis de 1 archevêque trois mois auparavant et avoir ange le secret du coffre-fort. Il promit, d’ailleurs de iire son possible pour se délier de ces engagements, -es propriétaires sentirent redoubler leur surprise et îurs, craintes et, ne pouvant expliquer l’énigme ils ongerent avant tout à mettre leur bien à l’abri et
rent apposer des serrures de sûreté à la porte donnant cces a la caisse.
Fatale précaution ! C’est elle qui marqua le début une incroyable persécudon et attira les foudres épisopales sur les pauvres prêtres de l’Oratoire. L’éminentissime archevêque entra, en effet, dans une
Le 4 Janvier’ il envoyait une lettre [u il dit tenir lieu du précepte et des trois mondions
momques) par laquelle il suspendait deux prêtres de Jratoire et ordonnait de rendre libre immédiatement icces a la caisse. Il se transportait ensuite de sa per- >nne a la maison, et, rencontrant un prêtre de quatrengt-trois ans, il commençait par le traiter de « misélb e * le7 suspendait pour quinze jours de la célé-
n 10 n+ -G a ^esse‘ P^isi ü faisait venir le principal prie aire, qui gardait les clefs de la porte par JaieUe on arrivait à la caisse, et le déclarait suspendu interdit jusqu’à ce qu’il lui ait remis ces clefs. *
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
Vous concevez la situation de ces prêtres frappé dans leurs fonctions ecclésiastiques et lésés dans leur intérêts d’hommes ; ils n’étaient pas seulement sm pendus a divinis, ils étaient interdits ab humants; il souffraient au spirituel et au temporel puisqu’ils étaier réduits à mourir de faim devant leur coffre-fort.
Ils prirent le parti de s’adresser à Rome, mais cç appel ne fit qu’exaspérer encore Mgr Place et, cett fois, ce fut l’abbé Plaine qui fut atteint. Il fut privé d pouvoir de confesser, de célébrer et d exercer aucu ministère dans les communautés religieuses confiées sa direction depuis plus de vingt ans.
Nécessité n’a pas de loi. Au point de vue temporel 1 situation de l’abbé Plaine n’était pas mauvaise ; il ava les clefs de la chambre ou se trouvait le coffre-fort < conséquemment le coffre-fort, mais le cardinal, reprt senté par l’abbé Hamard, avait la clef du coffre-fo: lui-même. L’abbé Plaine fit une dernière sommation l’abbé Hamard de restituer cette clef et, sur son refu: il se décida à sacrifier le meuble. Le 27 mars 1890 J chargea un avocat de ses amis, M. Lemenant des Chen nayes, de présider devant témoins a la fracture d coffre-fort et les valeurs et titres en furent retirés.
Cette mesure fut le signal d’une nouvelle exécutioi et quatre prêtres de l’Oratoire : l’abbé Louvet, 1 abt Robert, l’abbé Guilleux et l’abbé Pivert qui avaient a: sisté à l’opération furent condamnés à la peine de suspense a sacvis jusqu’à ce que les valeurs eusseï été réintégrées dans le coffre-fort.
On hésita longtemps à s’attaquer au chanoine titi laire Labbé qui avait été pendant de longues années supérieur du Séminaire général de Rennes et qui ava formé à la vie sacerdotale beaucoup de jeunes prêtri
du diocèse. . ,
Mgr Place s’y décida cependant. On envoya au ch noine Labbé un vicaire général et un autre ecclésia tique qui avaient été ses élèves au Séminaire. Ceux-c un peu honteux, ne savaient comment engager l’entr
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iien. « Mes enfants, faites votre devoir », dit ïe vieux prêtre.
Les envoyés de l’archevêché demandèrent au chanoine le désavouer une lettre qu’un de nos excellents conrères, M. Paul Beesau, avait écrite à Mgr Place pour ■evendiquer sa part de responsabilité dans ces événenents. Le chanoine répondit qu’il n’avait pas qualité >our désavouer la lettre d’un autre et il ajouta qu’en .ssistant à la fracture du coffre-fort il avait conscience l’avoir agi en honnête homme et qu’il était tout nrêt recommencer.
La-dessus, l’ancien supérieur du Séminaire fut inédit pour quinze jours !
« Le malheureux ! » disait un des collègues de Igr Place dans 1 épiscopat, « en frappant ainsi contre )ute justice des prêtres estimés de tous, il nous enlève
i seule arme que nous ayons contre des prêtres inignes ! »
A Rome, on fut bien embarrassé. L’archevêque de ennes est un de ceux qui envoient le plus d’argent our le denier de Saint-Pierre — ce qui lui est facile /ec les moyens qu’il emploie pour s’en procurer. D’un lire côté il était évident que les prêtres qu’on voulait ^posséder avaient cent fois raison. La congrégation largée de se prononcer sur ce cas bizarre se tira d’afire en déclarant qu’elle n’avait pas le droit d’intermir dans une question qui avait été déjà décidée par s tribunaux, mais qu’elle engageait les prêtres à se umettre.
Le conflit en est là et toute la Bretagne, profondéent agitée par toutes ces querelles, est en prières >ur que le cardinal se décide à se retirer à Rome et à litter un diocèse qu’il a trouvé paisible et heureux et
ms lequel il a semé la haine, la discorde et l’anarie.
Quant à nous, ce qui nous a paru intéressant à indiier pour l’étude de la vie contemporaine, c’est le fait ce prélat employant des armes spirituelles dans un
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
conflit d’ordre exclusivement matériel, frappant, san pitié, d’interdit des prêtres qui n’ont d’autre tort qu
celui de vouloir garder ce qui leur appartient...