LES ÉVÊQUES ET LES ÉCRIVAINS CATHOLIQUES
La haine des évêques pour les écrivains catholiques. — Des dé tenseurs embarrassants. — Mgr Guilbert et la Presse catholique
— Pourquoi les évêques nous en veulent. — Le souvenir d saint Athanase. — Mgr Richard et Y Univers. — La littératur d’un neveu d’évêque. — Les Joyeuselés en képi. — Sans che mise ! — Une note d’archevêque. — La férocité ecclésiastique, -j Le supplice de l’auge en Perse. — Impossibilité de répondre.-* Les bons petits camarades. — M. Paul de Çassagnac a son tour
— Une scène d’un roman de Ferdinand Fabre. — Ce qu’a soûl fert Henri Lasserre. — La création d’une ville. — Les Juifs mai chauds d’objets ,.de sainteté. — Le blasphème dans le quartie Saint-Sulpice. — Les Pères de Lourdes. — La traduction de Evangiles et la congrégation de l 'Index. — Incroyable inerti de Mgr Richard. — Comment on traite un archevêque de Pari à Rome. — Mgr Gibbons et les Chevaliers du Travail. — Un conversation avec l’archevêque de Paris. — Un article d M. Cornély. — Le soufflet de Mgr Darboy. — Un voyage Rome. — Dans l’escalier. — Une audience du Pape. — I Journal de Rome.
Vous voyez bien la situation, n’est-ce pas? Avec 1 génie diplomatique particulier au prêtre, le haut clerg fait sa petite pot-bouille avec le Gouvernement ; tou deux finassant, ergotant, s marchandant, finissent pa s’entendre assez bien ; ils laissent de côté les question de principes pour s’accommoder sur des question d’intérêt personnel où il est toujours possible de trouve un terrain de transaction.
Les transactions sont d’autant plus faciles que 1
LE CLERGÉ FIN DE SIECLE
persécution actuelle a un caractère particulier, elle est itermittente ; elle s’arrête quand la Juive rie, un molent matée par des écrivains courageux, ne sonne pas hallali contre les prêtres.
Opportunistes et radicaux, en effet, n’ont pas même excuse d une haine sincère contre l’Eg'lise ; le blastème pour eux n’est qu’une réclame électorale, les ttaques contre l’Eglise comme les déclamations contre îs abus ne sont pour ces êtres vils que des parades de altimbanques ; ils sont les premiers à profiter des abus t ils ne demandent pas mieux que d’obtenir du clergé 3ut ce qu il peut donner de neutralités précieuses pour ertaines élections, de concours occultes, de mots ordre secrets ; en province, ils tiennent par mille liens ncore à cette Eglise en tant que pouvoir constitué ; est une occasion pour eux de faire émarg’er un parent e plus au budget, de réclamer un bon poste pour un rrière-cousin.
Tout cela se traite par les femmes ; tout heureuses e voir leur mari devenir sénateur ou député en pronettant de d’écraser l’infâme », elles sont désireuses ussi de voir élever leurs enfants chrétiennement >arce que cette éducation est de meilleur ton, de rester n bons rapports avec l’EgJise comme les dames de aristocratie. Il n’y a pas là contradiction à proprement arler. C’est l’âme bourgeoise, incapable de toute )yauté et de toute noblesse ; elle garde au milieu des alinodies et des hypocrisies une sorte d’unité ; elle est lue par l’idée fixe de tirer de l’état de choses présent lûtes les satisfactions qu’on en peut tirer.
Quant au haut clergé, il a vis-à-vis de lui-même excellentes raisons pour se livrer à tous ces manèg'es : ans doute, il travaille pour son bien-être à lui, mais il ravaille aussi pour le bien de la Religion ; il aime à se ersuader que si on résistait on fermerait toutes les glises, et qu’il arrête par sa servilité des flots de sang rets à couler.
Tandis que les prélats sont occupés à traiter toutes
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
ces petites négociations à voix basse, derrière des porte fermées, on entend parfois du bruit.
— Qu’est ceci?
— Nous sommes les journalistes catholiques... Oj vient de commettre un attentat de plus contre les droit des chrétiens. Nous ne laisserons pas ces infamies im punies ; nous allons attaquer le ministre, le préfet, le députés de votre département; nous en savons de bellef sur leur compte.
« Il ne me manquait plus que cela ! » pense l’évêque et c’est de bon cœur qu’il envoie à tous les diables ce: défenseurs malencontreux qui viennent déranger se: combinaisons et troubler son cher repos. ,
L'Ecrivain catholique et l'Eveque serait encore un< des scènes amusantes de la grande comédie contempo raine que j’ai toujours rêvé d’écrire, mais qui serait troj puissamment vraie pour avoir chance d’être jouée même au Théâtre-Libre.
Il y a une intensité de comique énorme dans le spectacle de ces gens pleins d’enthousiasme et de conviction qui s’obstinent à défendre cet Episcopat qui nt veut pas être défendu et qui déteste mille fois pluj ses défenseurs que ses plus implacables ennemis...
On a cité souvent le mot du cardinal Antonelli : «Je voudrais que tous les journalistes catholiques fussent employés à dessécher les Marais Pontins. »
Cette parole n’exprime que très faiblement les sentiments qu’éprouvent certains évêques français à propos des publicistes chrétiens.
Sans doute tous les prélats n’ont pas la franchise de Mgr Guilbert qui, lui, ne cachait pas son opinion.
— • Comment ! vous lisez cette canaille de journal, disait-il à un de ses prêtres qu’il trouvait tenant à la main l 'Univers.
Quant à lui, il ne recevait que deux journaux politiques : la Paix et la Gironde , un des journaux de province les plus hostiles à l’Eglise.
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Lorsque parut le Nouvelliste de Bordeaux , fondé »ar les catholiques les plus éminents du Bordelais, on dressa un numéro à l’archevêque ; il le renvoya en mettant lui-même sur la bande : refusé.
La tendresse de Mgr Guilbert pour la Gironde était i vive qu il chargeait l’imprimerie de ce journal de 3utes les publications de l’archevêché. Il existait ien une imprimerie catholique à Bordeaux, mais, deant le mauvais vouloir du chef du diocèse, elle dut snoncer à la lutte et fermer ses portes.
S ils sont moins nets dans leur allures, beaucoup de îembres de l’épiscopat sont dans des dispositions anatgues pour tout ce qui touche au journalisme cathoque.
Autant les chefs religieux sont amènes et conciliants isqu’à la plus extrême complaisance pour ceux qui itaquent et blasphèment, autant ils sont durs, hauiins, sans indulgence et sans pitié pour ceux qui comment pour le Christ. Parfois, vis-à-vis de ceux-là, ils î montrent véritablement atroces, et c’est un cathode qui a dit ce mot qu’on a attribué à tort à Maurice )lly, une des victimes de Grévy : « On m’a fait tout ce l’on peut faire à un homme sans le tuer. »
C’est encore à l’étude psychologique de ces âmes évêques qu’il faut demander l’explication de ce qui rnt paraître étonnant et anormal dans ces façons agir.
Ces archevêques et ces évêques ne sont ni des boulerdiers sceptiques, ni des Je-m’en-foutistes, ils ont au nd une âme scrupuleuse ; ils ont été bercés depuis le minaire du récit de tous les actes d’héroïsme accomis par les grands pasteurs de peuples d’autrefois ; rontant la persécution, l’exil, la mort plutôt que ibandonner la Vérité. Ici, c’est Athanase bravant lien l’Apostat; là c’est saint Ambroise, debout sur le uil de la cathédrale de Milqjn, et refusant l’entrée du nctuaire à l’empereur Théodose qu’accompagne une mée ; ailleurs, c’est Chrysostome désignant du doigt,
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
du haut de la chaire de Sainte-Sophie, l’impératrice E doxie qui a violé les lois de l’Eglise.
Quand ils se sont abaissés devant nos tristes goi vernants; quand ils ont réprimandé, sous prétex d’excès de zèle, un de leurs prêtres coupable seul ment d'avoir accompli son devoir, ces évêques, t braves gens qu’ils sont malgré tout, font leur examc de conscience, et ils ne sont pas très satisfaits d’eux. Alors, par une contradiction qui semble illogique, ma qui s’explique assez facilement quand on connaît nature humaine, ils en veulent à l’écrivain de parle lorsqu'ils se taisent, ils nous en veulent de faire ( qu’ils devraient faire eux-mêmes.
Il est clair que Mgr Larue, l’évêque de Langres, r devait pas être enchanté de lui-même lorsqu’il se voya à côté de Carnot, dans le landau présidentiel. Nomir. grâce aux instances de Cambon, qui a exécuté les dj crets dans le Nord, le conciliant Larue avait voul faire sa cour à la République. Les Républicains, qi l’auraient peut-être respecté, s’il avait conservé sa d gnité, ne lui savaient aucun gré de cette humilianl démarche et l’appelaient «l'homme habillé en femme. Sans se traiter aussi irrévérencieusement, Mgr Larn se disait, sans doute, qu’après les expulsions, les lo: scolaires, l’assassinat de Chateauvillain, à la veille d coup de force de Vicq, que les Francs-Maçons annor çaient déjà, la place d’un évêque n’était pas où il étai et que saint Athanase ne serait pas monté dans 1 landau...
On ne saura jamais, je le répète, à quel degré d’exas pération le souvenir de saint Athanase, qui constitue lui seul un reproche muet, peut amener un évêque qi n’a pas l’âme héroïque, qui est simplement un bo préfet ecclésiastique un archimandrite vertueux e qui, par surcroît, possède toutes sortes de neveux e de cousins à placer dans les Postes, dans l’Enregistre ment, dans les Ponts et Chaussées et autres adminis Rations dépendant de l’Etat.
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Ajoutez le besoin de domination dont j’ai déjà parlé, qui existe dans toute ame de prêtre. Les évêques )nt plus l’occasion d’exercer cette autorité sur les pies et les tièdes qui, de plus en plus, s’éloignent et aappent à leur action. Ils se dédommagent sur nous très qu’ils savent être à bonne obédience et disposés out accepter, par esprit de discipline.
[1 en est ainsi dans certains collèges ; quand tous les ves payants sont partis, il reste pendant les vacances clques malheureux boursiers sur lesquels on expériinte tous les systèmes connus de châtiment. Pour chefs de l’Eglise, les écrivains catholiques, qui ne it point de simples cuistres, sont des souffre-dour, des bêtes a bon Dieu, bêtes a chagrin, comme ent les enfants. Ils s amusent à les martyriser, ils r cassent les pattes ou leur enfoncent des aiguilles is le dos, et quand les infortunés s’avisent de proter, ils leur disent sévèrement : « N’oubliez pas, st-ce pas, que je suis évêque ? »
)n écrirait un chapitre d’un poigmant dramatisme les douleurs secrètes de tous les êtres qui sont ;s vers l’Eglise, le cœur enflammé par l’amour de us-Christ, 1 ame dévorée du désir de se dévouer, lui ont reçu pour toute récompense de leurs efforts Ique coup de crosse épiscopale, quelques-uns de coups de crosse solidement assénés au moment où • s y attend le moins et qu’il faut accepter sans
luel drame de la conscience dans cette querelle de iwers et du lieutenant Paimblant ! Je n’en ai dit quelques mots dans Dernière Bataille, mais j’y ai |échi souvent depuis et je me suis reproché la pusil- !mité intellectuelle qui m’avait empêché, pour la Imière fois de ma vie, d’écrire ce que je pensais ce qu il s agissait d’un archevêque, ous connaissez cette affaire. Un ecclésiastique émi- : t par la science et par la vertu, M. le chanoine
Maynard, avait publié dans Y Univers un article sur i livre de Mgr Bougaud : Saint Vincent de Paul I cet article, il ressortait jusqu’à l’évidence que Mgr Bo gaud avait pu être un excellent évêque, mais qu n’avait sur le dix-septième siècle que des connaissanc : tout à fait superficielles. C’était un confusionniste <i proportions vraiment extraordinaires. Il confondait Ligue et la Fronde ; il appelait la Grande Mademoise! une « Ligueuse » et il affirmait qu’elle était la sœ de Louis XIII.
Qu’importent ces misères si la vie est pure ? Il yi bien des gens qui en savent encore moins que Mgr Bo gaud et qui entreront tout de même dans le Parad,
Là-dessus, intervient un officier, M. Paimblant, ql signe du pseudonyme de Max des livres pornogi phiques qui auraient fait rougir les àniers de la rue » Caire.
Ce Paimblant, bien entendu, n’est pas évêque, m< seulement neveu d’évêque , neveu par alliance Mgr Bougaud.
Décoré par Léon XIII de la croix de saint Grégoii Paimblant, le jour de sa visite à YUnivers , avait, no apprennent les journaux qui lui sont favorables, « c devoir placer ostensiblement sa décoration sur sa pi trine. »
Il est regrettable qu’il ne juge pas à propos de meti cette croix quand il compose ; elle lui inspirerait, sa nul doute, des pensées moins libidineuses.
Il est difficile, en effet, de trouver à s’édifier dans volume qui a pour titre : Joÿeusetés en Képi (1), qui se compose d’aventures érotiques comme Une Fnique au couvent , A la poursuite d'un joli molli Fidélité collante.
Pour présenter cette œuvre au public, Paimbla:
(1) Un volume, chez Dentu, avec illustrations de Pille, Lare Paillet, Pargan.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
eut du moins le bon goût de ne pas demander de préi face à son oncle; il se confia à un spécialiste, M. Dubut de La Foret, dont le Gag a fit quelque bruit en cour I d’assises.
Hâtons-nous de dire que Dubut lui-même eut des hésitations et que, dans sa préface, il reprit doucement i son disciple de ne pas avoir même laissé à l’une de ses héroïnes le plus élémentaire des vêtements.
Il y a, monsieur, écrivait-il dans votre œuvre moderne, une théorie que je veux combattre, l’idée de l’excitation sensuelle arrivant à son paroxysme en présence d’une académie de femme. Je sais bien (1) que Marie de Lorraine apparut ainsi, superbe d’impudeur, à Jacques Clément et qu’elle transforma en un temple d’amour la cellule du prisonnier, du visionnaire qu’elle inondait de ses voluptés afin de l’exhorter au crime; je vois, en outre, que votre héros (malencontreusement réveillé par le clairon sonnant la diane) est luinême emporté au souffle de furieux désirs — mais cela ne rous donne pas raison contre la physiologie générale.
Si vous le voulez, nous abrégerons un peu les motifs fue donne l’auteur du Gaga.
Il est certain, d’ailleurs, que Dubut a raison au fond ;t que, ne fût-ce que par considération pour son oncle, in neveu d’évêque aurait pu au moins laisser sa chenise à son héroïne....
Paimblant ne fit pas cette concession, il alla jusqu’au >out.
Après s’être un instant arrêtée aux pointes rouges de ses eins, la chemise continua à descendre lentement le long un torse de marbre ; elle donna un dernier baiser à ses enoux blancs et polis, puis vient s’abattre à ses pieds, omme un musulman en adoration (2).
(1) Notez que Dubut ne sait absolument rien de cela. Ce qu’il a dit, c’est pour avoir l’occasion d’écrire une gravelure.
(2) Il est inutile, je pense, d’ajouter que les Joyeusetês en képi nt été autorisées dans les gares par la vertueuse maison Hachette, ai a défendu la vente du Clergé sous la troisième Bctiublique.
Elle était nuel
Mes tempes battaient à se rompre, le sang coulait rapide et brûlant dans mes veines.
Sa taille élancée se détachait en grandes lignes sur le fond pourpre des tapisseries qui renvoyait de chaudes estompes sur le modelé merveilleux de ce corps digne du pinceau d’Apelle.
Abrégeons encore un peu et n’appuyons pas sur ce tableau. Nous renvoyons ceux qui aiment cela au volume. Il y a une gravure.
La cliane se fait entendre, et l’auteur nous conte son chagrin en entendant cet appel matinal.
Le clairon sonne la diane sous ma fenêtre.
« Vous êtes bien paresseux ce matin», me dit mon camarade le ronfleur. Je ne lui réponds rien car je lui dirais quelque chose de désagréable, tant mon humeur est massacrante. Après m'être habillé en maugréant, d’un pas mélancolique, le maintien voûté d’ennui, je vais sans enthousiasme absorber deux mortelles heures d’une conférence sur la balistique.
Et vous croyez qu’il n’y a pas de quoi devenir fou de désespoir? Je me drape dans ma chasteté obligée avec autant de plaisir qu'un forçat en éprouve à traîner le boulet à son pied.
Il est vrai qu’il y a un appel à Dieu immédiatement après. C’est peut-être le chevalier de Saint-Grégoire qui se retrouve et qui s’écrie :
Qu’ai-je donc fait, mon Dieu, pour mériter tout cela?
Quand on écrit des livres de ce genre et qu’on veut empêcher un chanoine de discuter dans Y Univers la vie d’un saint écrit par un évêque, on ne peut échapper au ridicule que pour tomber dans le brutal et dans l’odieux.
Paimblant n’y manqua pas...
Animé par cette critique de la Vie de saint Vincent de Paul , hauteur d’une Fidélité collante se présenta à. YUnivers escorté d’un de sesamis, M. de Colomb, qui, par respect pour la mémoire de son père qui fut avec
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le général de Sonis le vrai modèle du soldat chrétien,
aurait mieux fait de ne pas se mêler à cette aventure (1).
| Quoique la parenté de M. Paimblant fut lointaine, il : es^ cerlain que s’il avait présenté poliment sa requête, M. Eugène Veuillot n aurait pas refusé de publier une lettre apologétique dans laquelle le neveu aurait expliqué que son oncle connaissait le dix-septième siècle aussi bien que Cousin lui-même. Tout peut se plaider et les lecteurs auraient jug’é.
Que fait Paimblant? 11 frappe au visag’e le vieil écrivain sans que M. de Colomb paraisse avoir rien fait pour l’en empêcher.
L abbé Lagrange, qui devait, quelques jours plus tard, être préconisé évêque de Chartres et qui nourrit contre les Veuillot une haine de quarante ans, n’avait pas jugé à propos de paraître sur le champ de bataille mais il semble démontré qu’il avait encouragé les champions et les avait excités à l’attaque de Y Univers.
. • • • • Pendant les estocades
Je rêvais en faisant des vers sous les arcades.
Je veux rester dans les termes d’une appréciation Modérée, mais il est certain que ce n’est pas ainsi que levait agir un officier français. Je doute que le 131e de igné inscrive cette campagne contre un vieillard, à
ïôté des campagnes d’Austerlitz, de Crimée ou l’Italie.
(1) Ii convient de faire remarquer que M. de Colomb aurait dû, vant d accompagner Paimblant, se rappeler que V Univers avait oujouis parlé du général de Colomb dans les termes les plus élo— îeux et les plus justes. Je me souviens d’avoir lu un article très mouvant dans lequel on montrait le général remettant lui-même son fils la croix que celui-ci avait gagnée au Tonkin. Dans ces ^nditions un homme de bon conseil aurait dit à son ami: « Mon er, quand on écrit des Priapées comme toi, on n’intervient pas ans une discussion théologique. Reste tranquille. »>
Ceci, d’ailleurs, n’est qu’accessoire au point de vue de cette étude ; ce qui est intéressant là-dedans, c’est l’intervention de l’archevêque.
Les deux rôles sont bien indiqués.
Voici, d’une part, un directeur de journal qui publie une appréciation peut-être sévère, mais en tout cas exclusivement littéraire, sur un livre que son auteur a vraisemblablement livré à l’impression avec 1 intention d’avoir sur lui le jugement de la Critique.
Voici, d’autre part, un homme dans la force de l’âge, qui vient, accompagné d’un ami, assaillir dans son cabinet de travail un écrivain de soixante-douze ans.
Il n’y a aucune identité entre ces deux faits.
Que fait l’archevêque de Paris, mis en demeure de se prononcer ?
Dans une note, qui est un chef-d’œuvre d’habileté, du reste, il identifie absolument ces deux faits d’ordre totalement différent.
L’article inséré dans Y Univers n’avait pas gardé envers la mémoire d’un évêque les règles de la modération et du respect. Son Eminence l’a blâmé et devait le blâmer. Elle a pareillement condamné les procédés dont on avait usé envers le rédacteur en chef de YUnivers.
On ne saurait trop regretter que les conseils de Son Eminence n’aient pas été suivis. Elle ne peut que réprouver tout ce qui, dans cette polémique passionnée, s'est écarté d’un côté et de l’autre des règles de la modération et de la charité et demander que désormais on mette un terme à la discussion.
C’est une merveille, encore une fois, que cette note où tout est pesé par la Haine, savamment dosé par la Méchanceté et la Ruse. Tout est calculé pour rabaisser l’homme de lettres chargé d’années au niveau du jeune butor qui l’a frappé, pour lui montrer que l’œuvre dont s’enorgueillit l’écrivain n’existe pas aux yeux de l’épiscopat. C’est l’inexorable dans l’onctueux. Il n’y a que des archevêques et des évêques qui sachent rédiger des notes comme celle-là.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
Relisez-la bien pour l’admirer comme elle le mérite.
L acte de Paimblant, qui frappe un homme à cheveux blancs, et l’acte d’un directeur de journal qui insère l’article de critique d’un chanoine sur le livre d’un ecclésiastique, sont mis exactement sur le même plan. Ce sont des procédés, deux procédés semblables et que l’on blâme également ; ce sont deux arguments de polémique.
L’homme que son archevêque abandonne ainsi est le frère du plus grand écrivain catholique de l’époque ; lui-même défend l’Église, depuis qu’il a l’âge d’homme, au milieu des traverses, des difficultés, des injures de tous les jours ; il a voué son fils à une cause où l’on ne recueille ni décorations, ni places lucratives, ni palmes académiques. Voilà sa récompense...
Le cardinal n’a pas eu un mot affectueux, pas une parole cordiale pour ce vétéran des luttes religieuses indignement outragé. Ce vieillard est sans pitié pour un vieillard comme lui. « Quand Dieu fit les entrailles de 1 homme, dit Bossuet, il y mit premièrement la bonté. » Le cardinal a dû arriver quand la distribution était finie...
Ce qu’il faut bien regarder aussi, c’est le raffinement de supplice infligé au vieil écrivain catholique, au grand polémiste auquel la plume démange. Il essaie bien d expliquer son affaire au Pape, mais le Pape lui envoie un nouveau coup de crosse et il n’a plus qu’à se taire.
Alors les petits camarades s’en donnent à cœur joie. Magnard, qui ne croit ni à Dieu ni à diable, et qui nourrit contre Y Univers une haine un peu plus jeune que celle de Mgr Lagrange, mais qui se porte bien, elle aussi, profite de 1 occasion et le Figaro adresse a Eugène Veuillot quelques sages conseils : « Voyons, vous avez tort de ne pas respecter les évêques. Vous vous êtes mis en mauvais cas. C’est fâcheux, tout à fait fâcheux ! Qu’est-ce qu’on respectera si on ne respecte pas Nosseigneurs les Évêques ? »
M. Paul de Cassagnac qui a toujours été, on le sait,
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
d’une rare mesure dans ses propos, opine du bonnet et s’écrie : « C’est déplorable ! Pourquoi ne pas prendre modèle sur un homme modéré comme moi (1)? »
Il n’est pas jusqu’à des journalistes qu’on rencontre plus souvent aux Folies-Bergère ou au Moulin-Rouge qu’à la Messe, qui ne prennent des airs de circonstance et ne gémissent sur l’incident.
Le dramatique de la situation, ce qui fait de cet épisode un chapitre digne de figurer dans un roman ecclésiastique de Ferdinand Fabre, c’est qu’encore une fois le patient ne doit pas répondre. On l’attend là. S'il
(l) Quand je lus l’article de M. Paul de Cassagnac, poussant les hauts cris parce qu’on n’avait pas trouvé admirable l’élucubration historique d’un évêque, je me dis : « Vas-y, mon bon, tu auras ton tour! Avec ton tempérament indépendant, tu ne pourras pas t’empêcher de parler quand l’indignation te suffoquera, et tu seras mordu. » Ceia n’a pas traîné. Au moment du voyage du président Carnot à La Rochelle, l’évêque, Mgr Ardin, qui, par l’exagération de son servilisme, révolte les prélats même les moins belliqueux, fut pris d’enthousiasme pour le Président, qui, justement, venait de lui refuser la permission de bénir le nouveau port de La Palisse, et il s’écria, dans un accès de lyrisme : « Les cœurs de tous mes prêtres battent comme le mien à l’unisson du vôtre. »
M. Paul de Cassagnac n’y put tenir et fit remarquer, avec sa verve accoutumée, ce qu’un tel langage avait de déplacé et de vil vis-à-vis du chef d’un gouvernement qui fait tuer une ouvrière parce qu’elle va à la messe et qui enlève leur pain à ceux qui fréquentent l’église.
Là-dessus, l’abbé Fabien, vicaire général de l’évêque de La Rochelle, écrivit au directeur de Y Autorité une lettre violente dans laquelle il le traitait de haut en bas.
C’est comme cela. Les évêques ne veulent pas admettre les plus légères critiques, même lorsqu’il s’agit d’actes qui ne sont point des actes du ministère sacré.
Force fut bien à M. de Cassagnac d’accepter la mercuriale: s’il eût dit ce que chacun pense, on aurait interdit la vente de Y Autorité dans les diocèses, et les ecclésiastiques auraient dû obéir. Je pourrais citer le nom d’un curé du diocèse de La Rochelle que l’article de M. de Cassagnac' avait littéralement enthousiasmé; après la publication de la lettre de l’abbé Fabien, il se précipita chez le vicaire-général pour le féliciter. Il a bien fait: ces évêquespréfets n’ont pas la main d’un père pour leurs fils spirituels, et d’ordinaire ils ne frappent pas à côté.
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
bronche, tous ces évêques si plats et si tremblants dej vant les Francs-Maçons du Grouvernernent, se vengeront de leur lâcheté en étant implacables pour l’écrivain. En répondant, Eugène Veuillot ruinerait l’œuvre à laquelle son illustre frère a attaché son nom, à laquelle lui-même a dévoué sa vie ; il entrerait dans une voie inconnue dans laquelle il ne trouverait que des amertumes et des tristesses.
C’est le supplice persan, le supplice de l’auge que nous a décrit Hérodote et qui fut inventé par les Mages qui étaient les évêques de ce temps-là. On commençait par entourer de miel le corps de la victime, et on l’attachait ensuite dans une grande auge que l’on exposait en plein soleil. Toutes les mouches accouraient sur ce patient sans défense, et il paraît que ce martyre, s’il était horrible pour le supplicié, était très amusant à contempler pour les spectateurs.
Celui auquel on a fait payer le plus cher les succès qu’il avait obtenus en combattant pour le Christ est peut-être mon ami Henri Lasserre, l’auteur de cette Notre-Dame de Lourdes dont je vous ai parlé déjà et qui a remué le monde entier.
Je me vois encore embarquant Lasserre à la gare d’Orléans en 1868, le jour où il partit pour recueillir à travers toute la France les documents pour son livre.
C était un 15 août et, à cette époque, la fête de l’Empereur faisait un peu oublier la fête de la Vierge.
Je laissais Lasserre en wagon, je m’en revins par les boulevards à travers le Paris flamboyant qu’emplissaient le brouhaha et les rumeurs de la foule qui courait aux illuminations. Je m’arrêtais quelques minutes lu café des Variétés à causer avec quelques amis, bouevardiers incorrigibles que rien ne dérange, ni les leuils, ni les joies publiques. J’étais étranger à cette époque à tout sentiment religieux, mais bien entendu, je n’aurais pas songé comme Léo Taxil, l’ami de Roelli et de l’archevêque de Paris, à me déshonorer en
écrivant que les Frères des Écoles chrétiennes étaient des sodomites et que les Sœurs de Charité, quand elles étaient ivres, se faisaient faire des enfants par des rapins en goguette.
Je raisonnais simplement, en philosophe, et dans ce Paris de la fête impériale je me disais : « Quelle chimère hante le cerveau de ce pauvre Lasserre ! Il a plus d’esprit qu’ About et, s’il le voulait, il serait - demain le roi de la Chronique ; il a les relations les plus hautes et il n’aurait qu’à souhaiter un poste important pour l’obtenir, et il s’en va écrire la vie d’une bergère des Pyrénées à laquelle la Vierge est apparue! »
Chacun sait quel fut l’extraordinaire succès de ce volume, son influence sur les âmes et comment des centaines de milliers d’êtres humains s’en vinrent vers cette petite ville de Lourdes qui tout à coup se transforma et eut le mouvement d’une capitale.
Henri Lasserre naturellement fut ravi du retentissement de son livre ; il avait été socialiste et même un peu phalanstérien en son jeune temps ; il vit l’Église employant à des œuvres sociales, à des entreprises dirigées par l’esprit de justice, l’or que le miracle amenait dans ce coin des Pyrénées ; il songea à des travaux exécutés par des ouvriers réunis en association, à la réorganisation dans ce pays, qui semblait visiblement prédestiné, de l’organisation chrétienne de jadis.
Le pauvre rêveur était loin de compte. Les descendants des marchands juifs que Jésus avait chassés du temple s’installèrent dans la ville de la Vierge. On revit là ces marchands d’objets de sainteté juifs qui pullulent dans le quartier Saint-Sulpice.
Dans ces tribus on se partage la besogne en famille. Les uns éditent en livraisons ces ouvrages obscènes que l’on envoie dans toute la France avec des prospectus immondes. (Exposez cette gravure à la lumière et vous verrez.) Vous savez bien ce que je veux dire; le tribunal d’Orléans s’est prononcé dans ce cas dernière-
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ment et, comme l’éditeur était juif, il a déclaré que c’était bien.
Les autres vendent des chapelets bénis, des médailles et des scapulaires. C’est pour enrichir ces genslà qu’on a bâti l’église du Sacré-Cœur, autour de laquelle on peut rencontrer toutes les variétés de Juifs connues.
Le samedi on se réunit à la table de famille où la mère procède comme la mère d’un de nos confrères qui dit à ses fils voués à des occupations diverses : « Qu’est-ce qui a gagné le plus d’argent cette semaine ? »
— C’est moi, maman.
— Eh bien ! mon fils, mets-toi à ma droite.
Des employés qui ont vécu là-dedans m’ont donné des détails inouïs sur ces boutiques juives. Toute la journée on n’y entend que des paroles trop doucereuses, des voix caressantes comme des prières, qui chuchotent: « Monsieur l’abbé, rien n’est trop beau pour le bon Dieu, c’est ce que me disait encore l’autre jour le Révérend Père X***. Ah ! quel saint homme que le Révérend Père X***. » (Ici on s’incline en joignant légèrement les mains.)
Le soir, quand les volets sont posés, la haine juive contre le Christ se dégonfle à son aise et la bouche d’égout longtemps fermée vomit son flot d’ordures. Quand la vente n’a pas marché, on montre le poing aux pauvres saints coloriés du magasin qui n’en peuvent mais; on engueule la sainte Vierge : « A quoi es-tu bonne, tu ne nous as pas fait vendre seulement pour un sou aujourd’hui ! »
Ceci n’est même pas arrangé pour l’impression, c’est sténographié d'après la conversation de braves gens, d’ouvriers et d’ouvrières chrétiennes qui ont travaillé dans ces maisons.
Il faut ajouter que plusieurs conciles, le concile de Tolède notamment, ont formellement interdit d’acheter un objet de sainteté quelconque à un marchand d’origine juive. Il ne tiendrait qu’à nos évêques de rappeler
LE TESTAMENT D’üN ANTISÉMITE
cette décision des conciles, dans leurs Semaines religieuses , et d’éviter que le quartier Saint-Sulpice et les environs du Sacré-Cœur ne soient chaque jour les témoins de plus de sacrilèges et de blasphèmes qu’il ne s’en commet dans Paris tout entier; mais les évêques, quand il s’agit des Juifs, ne s’occupent guère des décisions des conciles; ils s’asseoient dessus...
Mais revenons à Lourdes. Dès qu’on vit la foule accourir, une congrégation se fonda tout exprès pour exploiter le miracle à fond. On vendit tout, on vendit jusqu’à l’eau pure que la Sainte- Vierge avait fait jaillir d’un rocher.
Le saint curé Peyramale, le vrai curé de campagne qui avait soutenu Bernadette dans ses épreuves et accueilli Lasserre à son arrivée, essaya de protester contre les actes de tous ces simoniaques; on le nomma monsignor pour le faire taire et il finit par mourir de douleur.
Quant à Lasserre il fut, on le comprend, prestement éconduit et traité comme un réprouvé. Si on l’avait pu, on lui aurait interdit l’entrée de la ville et il aurait été le seul à ne pas avoir le droit de venir prier dans cette basilique que son livre avait tant contribué à faire sortir de terre.
Guéri miraculeusement par la Vierge de Lourdes, Lasserre s’était promis d’être l’historiographe de tous les événements d’ordre surnaturel qui se passeraient à la grotte.
Placez-vous même au point de vue de la libre-pensée, appelez cela une folie, une chimère, dites que c’est là une idée de mystagogue, en réalité vous serez d’avis que cela ne nuit à personne. Les Pères furent plus cruels que ne l’auraient été des athées ; ils refusèrent toute communication des procès-verbaux à l’historien de Notre-Dame de Lourdes ; ils s’efforcèrent de le mettre dans l’impossibilité de continuer son œuvre. Vous voyez le pauvre écrivain devenu un paria dans cette
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ville vers laquelle il avait amené les multitudes, rôdant autour de la piscine, allant de droite et de gauche demander des renseignements, réduit à faire le métier de reporter quand se produit quelque prodige.
C’est la série des supplices intellectuels dont je vous parlais qui continue. Les chefs du parti catholique sont de merveilleux tortionnaires dans cet ordre. Pour moi, iL se sont surpassés et, pour me punir d’avoir défendu l’Église lorsque tout le monde était contre elle, ils ont inventé, avec l’approbation du haut clergé et la carte de visite du Nonce du Pape, de me faire attaquer par un stipendié des Juifs tombé si bas qu’on ne peut polémiquer avec lui, par un déshonoré des lettres qu’un honnête homme ne peut toucher du bout d’une plume 1 et qu’il est sûr de ne jamais rencontrer au bout d’une épée.
^ Henri Lasserre ne se découragea pas de servir l’Église. Après avoir appris à l’univers entier, en un livre traduit en trente-huit langues, les miracles accomplis à Lourdes par la Très-Sainte Vierge, il pensa être utile encore à ses frères en publiant une traduction nouvelle des Évangiles scrupuleusement exacte quant au texte, mais dont le style fut de notre temps et put ainsi toucher davantage l’âme des générations présentes.
Laissons-le lui-même nous expliquer sa méthode de
travail.
Nous croyons, dit-il, pouvoir nous rendre ce témoignage que par l’étude des commentateurs autorisés et des philologues, pai 1 examen attentif des variantes, par nos propres réflexions, nous n’avons rien négligé pour pénétrer le sens exact et la portée de chaque phrase, de chaque expression, de chaque mot du grec et du latin, de chaque locution hébraïque.
D autre part, ce sens une fois bien déterminé dans notre esprit, nous nous sommes appliqué, non pas à faire un décalque servile de la langue morte dans la langue vivante,
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
mais à mettre en lumière, dans la meilleure forme française qu’il nous ait été possible d’écrire, la nuance de l’original.
Autant, pour comprendre les Evangélistes, nous nous sommes constamment et uniquement inspiré du génie de la langue qu’ils parlaient, autant, pour les traduire, nous nous sommes constamment et uniquement inspiré du génie de la langue que nous avions à parler. Religieux jusqu’au scrupule vis-à-vis de tout ce qui constitue l’idée elle-même, de tout ce qui est l’essence inviolable du texte sacré, nous avons pris à tâche de présenter en toute vérité à nos lecteurs la pensée et le sentiment, sans rien ajouter, sans rien retrancher, sans rien troubler et sans rien perdre, de même que Ton verse avec mille précautions, d’un vase dans un autre, quelque précieuse liqueur, craignant également d’en laisser tomber une seule goutte et d’ y mêler quoi que ce soit d’étranger.
Lasserre travailla à ce livre pendant quinze ans ; dès la troisième année il le fit composer et paya le loyer de la composition chez Lahure pendant douze ans pour pouvoir remanier, retoucher sur les épreuves, pour être plus sûr de ses corrections.
Ceci fait, l’écrivain s’adressa à l’archevêque de Paris et le pria de vouloir bien faire examiner son œuvre. Mgr Guibert chargea de ce soin la Congrégation des prêtres de Saint- Sulpice, dépositaire en France de la pure doctrine catholique. Les Sulpiciens indiquèrent quelques légères erreurs que Lasserre corrigea et l’archevêque de Paris donna alors son imprimatur (1).
Toute la Presse catholique salua l’apparition du volume. Le cardinal Jacobini, secrétaire d’État du Saint- Siège, écrivit à l’auteur en ces termes.
Le Saint-Père a régulièrement reçu la traduction française des Saints Evangiles que vous avez entreprise et parachevée, aux applaudissements et avec l’approbation de l’autorité
(1) En réalité, la traduction des Evangiles eut un double imprimatur. Après le premier imprimatur , Lasserre lit de lui-même quelques remaniements, et, Mgr Guibert étant mort sur ces entrefaites, il soumit son livre à Mgr Richard, qui lui donna de nouveau l’ imprimatur .
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; archiépiscopale. Sa Sainteté me donne mission d’adresser des ouanges au dessein dont vous vous etes inspiré dans l’exécution et dans la publication de cette œuvre pleine d’intérêt, et elle me charge de vous faire connaître les vœux qu’elle forme pour que le but que vous poursuivez, et que vous indiquez dans la préface de votre livre, soit pleinement atteint.
Dans une lettre qui suivit de près celle-ci, Mgr Parocchi, cardinal- vicaire de Léon XIII, s’appropriant le jugement de la Voce delle Verita , lui disait que sa traduction était une illumination de génie .
Vingt-deux évêques français adressèrent des lettres à l’auteur, pour le féliciter.
Tout à coup, sur la dénonciation d’un prêtre condamné d’abord pour attentat aux mœurs, puis pour port illégal du costume ecclésiastique et dont Mgr Richard i le dossier, la traduction des Évangiles fut mise à y index.
L’archevêque de Paris prévenu de ce qui se préparait, et qui était directement en cause, puisque c’était ui qui avait donné V imprimatur , n’avertit pas Las- ;erre ; il ne fit pas une démarche en sa faveur à Rome ;
1 ne demanda pas qu’on entendît les explications de auteur, qu on le mit en demeure de corriger ce qui paraissait condamnable.
C’est là un des faits les plus curieux de l’histoire religieuse contemporaine française et qui correspond au >ans-gene avec lequel la diplomatie européenne arrange ;es petites affaires sans daigner consulter la France, ïiême lorsqu’elle a, comme à Zanzibar, des droits sur les territoires dont on dispose. Nous ne comptons plus nême dans le domaine religieux ; nous ne sommes
ions que pour donner de l’argent aux gens qui en ont )esoin.
Jamais, en effet, on n’avait traité un archevêque de 3aris avec un pareil sans-façon. Jamais on n’avait dit à ringt-deux évêques français : « Vous avez loué ce livre, pus 1 avez trouvé irréprochable, vous n’y entendez ien. Otez votre mître un moment, je vais vous mettre
le bonnet d’âne. » Jamais une Congrégation romaine n’a déclaré, avec un semblable sans-gêne, à des hommes, comme ceux qui composent la Congrégation de Saint- Sulpice, qu’ils étaient des ignorants fieffés.
A un certain point de vue, ce spectacle aune certaine moralité ; il nous montre Rome agissant absolument envers les évêques comme les évêques agissent envers les écrivains catholiques. Les évêques nous font sentir impitoyablement leur despotisme, parce qu’ils nous savent obéissants ; Rome traite les évêques par-dessous la jambe, parce qu’elle les sait faibles et sans caractère.
Avec leur mauvaise foi habituelle, mes ennemis s’efforceront de dénaturer mes paroles et de prétendre que je demande que l’archevêque de Paris s’insurge contre l’autorité du Pape. Je n’ai jamais dit une bêtise pareille.
Je constate un fait que chacun connaît, en rappelant avec quelle traditionnelle prudence, quelle majestueuse lenteur se traitent toutes les affaires à Rome. Il y a dans cette lenteur une préoccupation très louable de s’entourer de toutes les garanties et de se donner le loisir de la réflexion. L’Eglise, qui a les paroles de la Vie éternelle, en prend à son aise avec le Temps.
Si la traduction des Evangiles avait été approuvée par un archevêque allemand, on aurait commencé par lui faire part des objections qu’on croyait devoir formuler à propos de ce livre. L’archevêque aurait transmis le livre au catholique prussien intéressé, et celui-ci se serait expliqué. Le droit de se défendre est implicitement reconnu depuis Benoît XIY.
Dans sa bulle Sollicita, imprimée en tête du catalogue de Y Index , Benoît XIY prescrit des égards particuliers pour les catholiques dont les livres sont défectueux. Il veut que les consulteurs ajoutent, autant que possible, la clause donec corrigatur. Il ordonne de suspendre le Décret, et de ne le publier que sur le refus de l’auteur de se soumettre. Il insiste pour que l’écrivain ne soit jamais condamné sans avoir été entendu personnellement, s’il le veut, ou par délégation,
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.1 recommande tout au moins de désigner un membre le 1 Index qui soit son avocat et son défenseur
En rappelant cette bulle de Benoît XIV, les évêques illemands auraient fait leur devoir, car lorsqu’il s'agit l’un catholique, c’est le devoir strict d’un pasteur de )laidei pour lui, ou du moins d’intervenir pour qu’on ui permette de se défendre.
On vit, du reste, a 1 occasion des Chevaliers du Traail, comment les évêques, qui méritent ce nom, comirennent leur mission.
x excommunication allait être prononcée contre les chevaliers du Travail. Mgr Gibbons, archevêque de lal timoré, fit le voyage de Rome. Représentant de ces atholiques de la libre Amérique, si différents de nos iatholiques français, marchant la tête haute dans la lonscience de leurs droits, digne et grave comme un vêque des premiers siècles, il écarta tous ces monsinoi i, tous ces Rotelli en herbe qui font la navette entre i Quirinal et le Vatican, intrigaillant sans cesse, coloriant des nouvelles et trompant les deux camps ; il ur dit . <( Allez-vous-en, petits polissons, laissez-moi isser », et il alla voir le Pape... Le Pape, un moment ompé, comprit combien était grande et féconde l’ceue que se proposaient les Chevaliers du Travail, et il monça à les excommunier.
Mgr Richard n’a aucune ressemblance avec Mgr Gib- )ns, et il refusa tout appui à l’auteur de Notre-Dame i Lourdes. L’entrevue du prélat et de l’écrivain fut )ique, et il est impossible de ne pas se tordre de rire
rsque Lasserre vous la raconte et vous la mime à la is.
Mgr Richard accueillit Henri Lasserre avec ce sourire il lui est particulier, ce sourire zigzagant et faux que ut le monde connaît. Lasserre lui rappela les longues nées qu il avait consacrées àson œuvre et la prudence
ec laquelle il avait demandé avis avant de rien iblier.
Ce n est pas cela,.. Vous ne comprenez pas... Vous
avez eu trop d’articles. Il y a eu notamment un article de M. Gornély...
— Eminence, je ne puis pas empêcher qu’on ne parle de mes livres, et même qu’on en dise du bien...
— Je sais... Je sais bien comment cela se pratique, Ce sont les auteurs qui font eux-mêmes les articles sur leurs livres... L’article de M. Cornély...
— Eminence, M. Gornély est dans la presse depuis de longues années ; il n’a pas besoin que je lui fasse ses articles...
— Je sais... je sais...
— En tout cas, ce n’est pas parce que M. Cornély aurait jugé àpropos de publier un article favorable sur les Evangiles que je mériterais d’être mis àl 'index. L’avis des Prêtres de Saint-Sulpice qui a décidé Votre Eminence à m’accorder Y imprimatur .. .
— Je sais, je sais. Ce sont les auteurs qui font eux mêmes leurs articles sur leurs livres... C’était dans h Matin , l’article de M. Cornély...
Jamais Lasserre, qui est, avec Daudet, le plus mer veilleux causeur que je connaisse et qui donnerait de: idées à des pierres, ne put tirer autre chose de ce bi zarre interlocuteur. Quand il devenait trop pressant l’autre prenait de ces colères d’évêque sur les faibles de ces colères de vieille femme se montant contre uni orpheline qui lui sert de domestique et qui est à soi entière discrétion.
C’est dans une de ces colères que Mgr Darboy s’ou blia jusqu’à souffleter un vieillard aveugle, un véritabli saint, Mgr de Ségur.
L’archevêché a essayé de démentir ce fait, mais 1î sœur de Mgr de Ségur, Mme la vicomtesse de Pitray tout en gazant un peu, n’a pas faibli, comme tan d’hommes l’auraient fait à sa place ; elle a eu assez 1< sentiment de l’honneur pour ne pas rétracter ce que soi frère lui avait raconté, ce qu’elle savait être la vérité.
Cette scène, qui est peut-être une des plus émou vantes de ce temps, n’a rien, d’ailleurs, que de très hu
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nain, de très conforme à l’état psychologique que j’ai ndiqué plus haut. Mgr Darboy était grand-aumônier, sénateur, favori de la Cour ; il sortait probablement ce our-là des Tuileries où il venait de commettre une nouvelle bassesse ; il était furieux contre lui-même et, touours poursuivi parle souvenir de saint Athanase, il ; s’est veng*é sur le pauvre aveugle.
Allez visiter un brave évêque qui vient de faire son ievoir, de protester contre une infamie du gouvernenent, vous êtes sûr d’être admirablement accueilli par in homme dont la conscience est satisfaite, par un îomme indulgent pour les autres, parce qu’il a été sé- I /ère pour lui-même... Entrez chez un prélat au moment >ù il vient d’écrire une lettre déshonorante à un Thévelet quelconque, vous verrez comme vous serez reçu, e plains le pauvre curé de campagne qui se sera préj ;enté chez Mgr Larue, au moment où il descendait du andau présidentiel ; il aura « étrenné », comme on dit.
Il y a trois hommes que j’estime beaucoup, et qui, ivec des natures absolument différentes, se ressemblent lonnamment, en ce sens que rien ne leur fait, qu’ils loursuivent la réalisation de ce qu’ils croient juste v.ec une obstination de doux entêtés, que les obstacles ie découragent pas. Ces hommes sont Henri Lasserre,
; Tancis Laur et moi.
Lasserre quitta son petit domaine du Périgord avec a femme et sa fille et se dirigea sur Rome.
Là, il connut pendant trois mois toute l’écœurante atigue des courses sans résultat, toute l’humiliation les démarches sans cesse renouvelées. Il servit de jouet . tous ces monsignori qui haïssent si cordialement cette 'Tance dont ils vivent, cette France qui envoie des mil- 10ns au Denier de Saint-Pierre, tandis que les diocèses taliens envoient des sommes ridicules.
Pour parler à un prélat, le grand écrivain français ittendait parfois trois heures, non pas même dans une ntichambre, mais sur un escalier. Le prélat était là ;
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Lasserre l’entendait, à travers la porte, dire à son domestique : « Dites que je ne n’y suis pas et qu’il vous remette son mémoire. »
— J’attendrai le retour de monseigneur, répondait Lasserre, et il s’asseyait sur une marche.
Toutes ces épreuves étaient pour l’écrivain chrétien autant d’occasions de se sanctifier en les acceptant sans colère; il les bénissait et les offrait à Dieu. « Réjouissons-nous, ma femme, disait-il à sa courageuse compagne, quand il rentrait à l’hôtel de la Minerve; aujourd’hui, j’ai attendu trois heures dans un escalier! »
Lasserre avait d’abord trouvé un adversaire déterminé dans le secrétaire de la Congrégation de Y Index, mais ce personnage rigide, un Dominicain du nom de Sacchari, disparut au moment où il allait être arrêté à la suite d’innombrables escroqueries commises, notamment au préjudice du prince Orsini. Avant sa disparition, il trouva moyen de voler une paire de chevaux à un maquignon; il choisit deux chevaux superbes en déclarant qu’il ne pouvait les payer que par des versements mensuels. Le maquignon accepta, livra les chevaux et fut dans le ravissement pendant quelques jours.
Il allait partout, répétant : « Je sais quelque chose que les mieux informés ignorent encore à Rome. Le Père Sacchari est nommé cardinal, il vient de commander son équipage. »
Le pauvre marchand de chevaux en fut pour ses pronostics et il ne revit plus jamais ses bêtes.
Le rapporteur de la Congrégation n’était pas absolument hostile à Lasserre, mais il était difficile de mettre la main dessus ; pour se reposer du travail théologique, il allait de temps en temps passer quelque temps à la campagne avec une jolie maîtresse, qu’il faisait passer pour sa sœur.
Quant au président, le cardinal Schiaffino, il était tout à d’autres affaires et, chargé d’organiser l’exposition jubilaire du Vatican, il se faisait faire des remises
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE 307
)ar les négociants qui désiraient voir leurs cadeaux >ien placés.
Dans ce pays de J)uona mano , Lasserre aurait pu larfaitement acheter ce qu’il désirait. C’est le conseil [ue je lui avais donné ; mais il y répugna, résigné à outes les corvées, trouvant honteux de donner de l’argent pour de semblables négociations.
Pour l’ encourager à mettre la main à la poche, je lui vais rappelé l’anecdote qui m’avait été racontée par 3 comte Riant, le savant membre de l’Institut mort il y deux ans.
Le comte Riant s’occupait, on le sait, de recherches ur les Croisades, ce qui n’avait rien de désobligoant our la Papauté, puisque c’est elle qui les a prêchées. l eut besoin d’une pièce qui se trouvait aux Archives u Vatican. Ces Archives, on le sait, ont été ouvertes à )us, grâce à la très libérale initiative de Léon XIII; ce ît une des premières mesures de son pontificat.
Le comte Riant écrivit donc à l’archiviste pour avoir opie de la pièce qui lui était nécessaire.
On lui répondit : « C’est très grave ! Cela ne peut être *aité par correspondance, il faut que vous veniez à orne. »
Le comte Riant habitait presque toute l’année le canin du Tessin; il vint à Rome, comptant y passer un >ur ou deux... Le comte Riant, membre de l’Institut,
. famille Riant, la famille catholique par excellence, têlée à toutes les œuvres religieuses de Paris... il lui îmblait qu’il n’avait qu’à se montrer.
Comme il était déjà un client de la maison et qu’il /ait précédemment acheté un titre de comte, on ne le it pas dans l’escalier comme Lasserre ; on lui permit entrer dans les antichambres et on l’y laissa stationer pendant un mois.
Au boutd un mois, le comte Riant, décourag'é et déjà ès malade, se dit: «Décidément, je n’arriverai à rien, llons-nous-en ! »
Une fois rentré chez lui, une idée lui vint : il connais-
sait à Rome un petit Juif sordide, qui lui avait vendu quelques bouquins, il lui écrivit : « Voyez s’il ne vous serait pas possible de me renseigner tout au moins sur cette pièce que je n’ai jamais pu voir... Je vous récompenserai de votre peine. »
Trois jours après, le comte Riant recevait le documenl copié !
Il demanda au Juif ce qu’il lui devait :
— Oh ! Excellence, ce sera bien payé avec trois louis. Je n’ai pas eu la moindre démarche à faire... Au Vatican je suis chez moi. Demandez-moi quelque chose de plus difficile.
Henri Lasserre eut enfin une joie. On lui annonça qu’il allait être reçu en audience par le Pape ! Le lendemain on lui apportait une invitation à assister avec sa famille à la Messe du Saint-Père, et cette invitation lui causa une satisfaction que l’on comprend.
Après la Messe, le Saint-Père reste quelques instants dans une salle voisine de la sacristie. Ceux qui ont assisté au Saint Sacrifice viennent s’agenouiller devant lui, et le Pape leur adresse quelques paroles. Chacun passe à son rang', et celui dont le tour est venu se tient debout en attendant le moment de s’agenouiller à son tour.
La messe terminée, on prévint Lasserre et on lui dit : « C’est ici que vous allez avoir votre audience. »
Vous devinez le désespoir de ce pauvre Lasserre. Il était là, depuis des mois, attendant cette audience, soupirant après l’occasion de s’expliquer, ayant rassemblé dans sa tête tous les arguments destinés à défendre son œuvre. Tout allait se réduire à cette entrevue furtive, à cet échange de paroles banales entre deux portes, devant un Anglais, qui debout attendait déjà son tour.
Lasserre était perdu s’il n’avait pas été du Midi ; il jeta un coup d’œil d’angoisse à sa femme et à sa fille agenouillées à ses côtés et, prenant son courage à deux mains, il arrêta le Pape au moment où il allait lui donner sa bénédiction pour le congédier, et il entama le récit
le son affaire ; il expliqua qu’il avait publié un livre qui ui avait coûté quinze années de travail, il dit pourquoi 1 était venu à Rome et les injustices dont il avait été ictime...
L’Anglais attendait toujours son tour...
Je vous ai montré le vilain côté de ces choses; il faut n voir aussi le côté consolant, le coin de ciel bleu qui pparait, lumen in cœlo. Nos ministres, qui n’ont à occuper que d’un département, ne trouvent pas une (linute d attention à donner à ceux qui leur viennent arler des affaires les plus importantes ; jamais Théveetne daigna lire le dossier de l’infortuné Borras, que larcou lui avait remis. A coup sûr, ce vieillard, chargé u gouvernement spirituel du monde entier, accablé de esponsabilités et de soucis, eût été excusable d’oublier e qu’un solliciteur français lui avait dit dans des condions si peu propres à fixer le souvenir d’un entretien. iePape s intéressa à cette question avec cette étonnante uissance de travail qui lui permet de ne rien oublier, se fit lire le volumineux mémoire de Lasserre, et très robablement la décision de la Congrégation de Y Index 3ra réformée moyennant quelques corrections de pure irme.
Le peu d’importance même de ces corrections, dont jeune ne touche au dogme, prouve à quel point il eût ;é facile à Mgr Richard de faire ce qu’aurait fait cerinement à sa place un évêque allemand ou américain,
; de défendre l’écrivain auquel il avait donné Y imprimatur.
Quelques-unes des corrections demandées sont ême très malheureuses. Lasserre avait écrit : « Le ’ain de sénevé est minime entre tous. » La Congréga- )n de 1 Index exige qu’il mette : « La graine de sénevé t la plus petite de toutes les g'raines. » Or, Lasserre pond avec raison : « Jésus-Christ n’a jamais dit cela, suffit, en effet, d’aller comme je l’ai fait chez Vilmo- J, et on se convaincra qu’il y a trois mille plantes >nt la graine est plus petite que le sénevé ; 1 agraine
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
de l’eucalyptus, qui atteint des hauteurs prodigieuses est plus petite que la graine de sénevé. »
Lasserre revenait un peu réconforté, mais une nouvelle épreuve l’attendait au retour. Il avait publié ur Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes , et il avaii reçu de l’évêque de Périgueux une lettre vraimenl charmante.
Cher et éminent ami,
Vous avez bien voulu me faire hommage de votre Nouveai mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes? Comment vous remercierai-je?
J’achève à l’instant la lecture des prières qui précèdent les exercices du Mois; je vous offre en remerciement la douce el pénétrante émotion que cette lecture m’a laissée.
Dans ma jeunesse sacerdotale j’ai lu les Soliloques de saint Augustin. Je ne saurais vous dire avec quelle vivacité m’est revenu le souvenir de ces prières en lisantles vôtres, — Soliloques elles aussi; — les unes et les autres nées des mêmes inspirations du cœur : si bien même que, en vous lisant, je croyais entendre l’illustre Docteur.
Quant aux épisodes, je ne vous en dirai rien. Je les ai lus. Nous les lirons dans notre chapelle de l’Evêché, chaque joui du mois des fleurs. Là, ce sont les faits qui prient, mais encore plus le cœur qui les raconte.
Mon religieux respect à Madame Lasserre, et à vous, cher et éminent ami, l’assurance de mon tendre dévouement en Notre-Seigneur.
Nicolas Joseph,
Évêque de Périgueux et de Sarlat.
L’auteur de Notre-Dame de Lourdes était en train de relire cette lettre lorsque lui parvint une ordonnance de Mgr Perraud qui déclarait inconvenant le nouveau Mois de Marie que l’évêque de Périgueux avait comparé au Soliloque de saint Augustin et r ui en défendait la lecture dans le diocèse d’Autun.
Je ne connais pas personnellement Mgr Perraud, mais je l’aime beaucoup parce qu’il a écrit la vie de
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
ion cousin Cambier-Drumont, mort missionnaire en hine. J’ai fait relier avec soin cette plaquette et je l’ai lise dans une bibliothèque spéciale avec tous les livres li me rappellent quelque souvenir précieux au cœur. Il faut avouer, cependant, que l’évêque d’Autun a jfi dans cefte circonstance d’une façon tout à fait incoîrente. S il avait voulu exercer son zèle apostolique, gr Perraud n’aurait eu qu’à regarder autour de lui l’Académie pour y trouver des gens qui sont des ofesseurs d’immoralité et de corruption. Je ne dirai is qu’il aille jusqu’à chanter lui-même le rondeau de étella ou à fredonner en entrant en séance :
Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu A faire ainsi cascader ma vertu?
Cascader Cascader Ma vertu?
Ce qui est certain, c’est qu’il vit en bonne intellince avec tous les bouffons de bas étage auxquels us devons cette littérature et qu’il distribue des prix vertu avec eux.
Vlgr Perraud sait parfaitement le rôle dégoûtant qu’a t jouer Zola à un personnage immonde qu’il a uvé de bon goût d’affubler du nom de Jésus-Christ. Zola est élu, ce qui ne peut tarder, Mgr Perraud ura pas la dignité de Mgr Dupanloup qui, dans une :asion beaucoup moins grave, quitta l’Institut et ce ilat qui, chaque jour, offre le Saint-Sacrifice au nom Jésus-Christ, acceptera parfaitement de s’asseoir à é de l’écrivain qui a outragé Jésus-Christ d’une si e r e fa c o n qu’il est difficile de le rappeler ; il le itéra de « cher collègue » gros comme le bras, pnchement, quand on a la ceinture violette aussi tante, il est véritablement singulier de réserver ses rissures publiques aux catholiques comme Lasserre écrivent des Mois de Marie.
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
C’est l’éternelle histoire encore une fois. Les ennemis de la société chrétienne ont toutes les joies.
Le matin d’une exécution comme celle de ce vaurien de 19 ans qu’on guillotina l'an dernier à La Roquette, Gréardpeut être satisfait de son œuvre. Lorsqu’il songe à ce fourgon qui laisse suinter quelques gouttes dt sang en traversant le Paris matinal pour aller ai Champ des Navets porter le cadavre d’un gamin qu a la tête entre les jambes, il peut se dire: « Ils von bien, mes petits laïques, et la loi sur l’enseignemenl athée, à laquelle j’ai travaillé plus que personne, porte décidément de bons fruits. Cela n’empêche pas M. de Broglie, qui est un des chefs du parti catholique, de m’avoir reçu lui-même à l’Institut et de m’avoir di
que j’étais illustre. Pendant ce temps-là, les écrivains qui ont défendu le Dieu auquel croit M. de Broglie crèvent de faim en cherchant des répétitions qu’ils ne trouvent pas ou en travaillant à de peu rémunératrices encyclopédies... »
Léon Say, qui, ministre des Finances, a livré le Banque française aux Juifs allemands et ruine 40,000 familles pour servir les intérêts des Rothschild voit se tendre vers lui la main du même duc de Broglie dont le fils a failli laisser un peu de son honneui dans la catastrophe de l’Union générale.
Les Ludovic Halévy et les Meilhac ont raillé l’armée tant qu’ils ont, pu; en entrant à l’Institut, ils trouven des soldats en rang, des tambours qui battent et ui officier qui les salue de l’épée.
Bourget et Maupassant peuvent se regarder déj; comme de l’Institut. L’un nous a raconté longuemen pourquoi Mme de Tillières, qui aimait Poyame, cou chait avec Cazal ; l’autre s’est efforcé de nous fairi comprendre pourquoi André Mériolles, qui avait di plaisir à coucher avec une jeune fille de Fontainebleau l’abandonnait pour Mme de Burne avec laquelle il avai précédemment couché.
Je ne suis pas bégueule, et je me rappelle qu<
LE CLERGÉ FIN DE SIÈCLE
Shakespeare a dit dans Peines d' amour perdues : « Il faut que tous les hommes aiment soit une Madame, soit une Jeanneton. » Je ne demande donc pas mieux que de voir Bourget et Maupassant académiciens. Je voudrais seulement que ces psychologues habiles nous sxpliquassent, dans une jolie étude, pourquoi ces Per- ^aud, ces Broglie, ces d’Haussonville, ces Vogué, ces simon, ces Mézières dont quelques-uns pratiquent, andis que d’autres parlent incessamment « des grandes ois morales nécessaires à toute société », votent toujours )our des gens dont l’œuvre est un perpétuel appel à la uxure. Qu’est-ce que vient faire cet évêque là-dedans ? Pourquoi jouent-ils tous cette comédie ? Comme le 'ulte public que l’antiquité rendait à Vénus était plus lonnête dans sa naturaliste sincérité que toutes ces lypocrisies !
On comprendrait, à la rigueur, que les catholiques se aêlent à ces gens-là pour nous pousser nous et nos lées, qu ils cherchent à s’emparer de la forteresse our y faire entrer les amis. C’est un système comme n autre et qui a réussi pour des écoles et pour des ommes qui, il y a vingt ans, faisaient éclater la foule e rire. A force d’obstination, Proust a fini par mettre lanet au Champ-de-Mars et il a bien failli le mettre u Louvre. Une fois à l’Institut, Zola y amènera peu à eu tous ceux qui remuent du crottin. *C’est son esthéque à cet homme, il a raison.
Il est certain que depuis huit ans qu’il est à l’Acadéde, Mgr Perraud aurait pu faire dans un discours un 3l éloge d’un écrivain comme Henri Lasserre ; il auüt pu dire à tous ces pourvoyeurs de débauche qui so ivanent sous la coupole, à tous ces faiseurs de roians obscènes ou d’opérettes lubriques : « Il n’y a pas Je vous au monde ; il y a de grands écrivains qui consent, relèvent les âmes que vous abaissez. »
Les chefs catholiques se gardent bien d’agir ainsi, ien loin de penser qu’ils honorent infiniment trop } monde-là en s’y mêlant, ils se croient honorés d’y
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être. Dès qu’ils ont été admis dans ce milieu équivoque ou l’on rencontre, à côté de quelques braves gens, des financiers véreux, des ministres prévaricateurs, des littérateurs d’alcôve, ils croient qu’ils ont grandi ; ils rougissent de nous comme de parents pauvres, ils nous regardent comme des petits rien du tout et ils ne s occupent de nous que pour nous faire du mal (1). Quand ils ont, comme Mgr Perraud, bien flirté, bien coquetté, bien échangé des politesses et des salamalecs avec des insulteurs de l’Église, ils se disent : « Tiens! si j’allais secouer un peu mon frère l'écrivain catholique? Si j’allais donner un coup de pied à mon serviteur ? »
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On allongerait à l’infini le récit des mésaventures des catholiques qui ont voulu se mêler de défendre l’Église.
Quel épisode encore, à ce point de vue, que la fondation du Journal de Rome! Les fondateurs, pour obéir à un simple désir du Pape, donnent leur argent, leur temps, leur intelligence, leur travail pour une entreprise qui ne peut leur rapporter aucun bénéfice sérieux. Ils oublient la parole d’Antonelli sur les journalistes catholiques.
Pleins de candeur, ces naïfs se mettent à l’œuvre en s’imaginant que tous les catholiques italiens vont les aider dans leur campagne en faveur du pouvoir temporel. Immédiatement, avec un ensemble extraordinaire, partisans du Pape et partisans du Roi se réconcilient sur leur dos comme ces naturels des îles de la Sonde qui suspendent momentanément leurs batailles entre tribus pour manger ensemble le malheureux
(I) Henri Lasserre a été, cette fois, moins patient que d'habitude. Sous ce titre : Légitime défense : lettre à Sa Grandeur Mgr l’évêque d’Autun , il a écrit un petit chef-d’œuvre d’ironie et de verve. Jamais volée de bois vert ne fut administrée d’une plus magistrale façon. Il a fait imprimer sa brochure et l’a envoyée à Mgr Perraud ; il m’en a donné un exemplaire et, au dernier moment, il a hésité et n’a pas mis Légitime défense dans le commerce.
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naufragé que ]a tempete a jeté sur leur rivage inhospitalier. " 1
| Dès qu’ils ont senti de l’argent, tous les strugglefor lif eurs du Vatican s’attachent comme des pieuvres à ces Français pleins d’illusions et ils font payer à prix J 01 au journal de la Papauté le moindre renseignement sur les affaires romaines.
Galimbei ti, le Nonce actuel de Vienne, exige un traitaient considérable pour des articles qu’il ne fait janais et qu il est incapable de faire puisqu’il ne sait pas I m mot de français. Finalement il vole la liste des abonlés du journal et fonde un journal concurrent : le Monieur de Rome , dans lequel il accuse M. des Houx de outes sortes de vilaines actions. Après plus de deux ms et demi de patience, M. des Houx se fâche et trit : « Il est temps que ces infamies cessent, leur uteur est M. Galimberti. » Il reçoit les foudres du /atican et YOsservatore romano blâme le Journal le Rome de s’être permis de répondre à un prélat.
^On ménageait encore le journal parce que l’argent l y manquait pas. Le Père de Franciscis, sténographe u Vatican, trouve moyen, lui aussi, de se faire donner es appointements comme « consulteur théologique ». •on premier soin est de s’opposer à la publication d’un rticle dans lequel on démontrait la nécessité du pouoir temporel !
— Je ne puis laisser publier cet article, dit-il ; je suis à pour défendre l’Italie et nous ne voulons pas du pouoir temporel.
L’article passe quand même. Le Père Franciscis onne sa démission et réclame une indemnité formiable. Devant les tribunaux il se présente en disant : Est-ce qu un Italien peut laisser insérer un article ans lequel on demande le démembrement de la Patrie alienne ? » Naturellement les juges lui accordent tout î qu’il demande.
Un cardinal d’une admirable vertu, un ascète, Je irdinal Pitra, essaie de prendre dans un journal d’Am-
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s terdam, Y Amstelbode , la défense du Journal de Rome. Tous les faiseurs et les cyniques que le Pape a amenés de Pérouse accablent ce vieillard d’injures et menacent de lui enlever la pourpre.
Pour conclure, M. des Houx mis en prison par les Italiens, désavoué par le Pape, attaqué de tous les côtés, est obligé de s’en aller. Le Pape exige la disparition du Journal de Rome; pour complaire à quelques intrigants de son entourage, il détruit une propriété qui a coûté 400,000 francs de sacrifices à des Français qui sont venus se mettre au service de la Papauté persécutée.
Tous ces faits, remarquez-le, sont connus de tous; M. des Houx les a racontés tout au long et je vous en donne à peine un léger croquis comme note sur le temps présent. Nul ne s’aviserait de me démentir. Un de mes amis, qui a été victime des procédés sans nom des favoris du Vatican, a perdu une somme considérable dans ce journal fondé uniquement dans l’intention de servir la cause du Pape, d’après le désir exprimé par lui, sur un ordre de lui, serait-il plus juste d’écrire, puisque j’ai vu une lettre de lui recommandant le journal et signée de sa main; il reste à cet ami des documents; c’est peu de chose, mais il faut ajouter que ces documents éclairent la vie romaine d’un jour tout à fait édifiant...