‹ Le Testament d'un LatinChapitre 11 sur 168 · DU SOCIAL ISME · texte numérisé non relu

DU SOCIAL ISME

]jO. nombre dos sophismes est infini, comme celui des sollises et des préjugés. Que de courage et de temps il faudrait pour les passer tous en revue et pour foui lier leurs entassements monstrueux, soit rpi'ils s'agitent dans le domaine d'une exaltation maladive, soit qu'ils croupissent dans les ombres de l'ignorance! On n'a même pas la force d'en rire, mieux vaut reporter ailleurs sa pensée.

Il n'y a pas pour les maladies sociales, pas plus que pour les maladies du corps, de remède assuré ; mais surtout il n'y a pas pour elles de médecin infaillible ni tout-puissant.

La croyance aux miracles qui les guériraient tout à coup est le fruit d'une générositt' incoiites-

l)i; SMCIAIISMK. 20

liihleà laquelle il l'aut rendre hommage; elle appartient aux imaginations sensibles et aux cœurs leiidres. ;iii\ imlia'cs réminiucs, aux fiunmies de senliiiieiil,({ui suiif lnt|i piuinpl> ;"i accuser de froideur, irégoisnif iiii de i(',icl KMi (piic(Mi(|iU' lie l.i parlaye pas '.

(iomme I idée inènu; (piuii »(' lait du mal et de ses causes, elle n'esl la plupart du temps basée (jue sur des phrases tromjieuses, des expressions mal définies.

En politique et en économie, nous sommes déshabitués de raisonner; nous vivons sur des locutions, des mois qui, en ces époques de confusion où la langue a été faussée, ont été détournés de leur signification primitive, et, à la seule condition qu'ils soient sonores, ils exercent sur nos destinées une incalculable inthience.

Quelle que soit la qualilication spéciale que portent les ulopisles, on les nomme généralement socialistes, en donnant à ce nom une extension plus ou moins grande; mais, encore une fois, prenons-y garde, lâchons de faire rentrer les mots dans la vérité de leur sens; demandons-nous ce ipi'ils cachent, peut-être nous apercevrons-nous

' Je ne parle pys des misérables qui l'exploitent pour sVlt.'Vi'i ii nu pouvoir rpliéirière et violent. (Mars 1871.)

souvent qu'ils ne cachent exactement rien et que nous nous sommes disputés pendant des siècles pour du bruit.

On n'est pas socialiste parce qu'on veut le progrès, l'amélioration du sort de ceux qui souffrent, la diffusion de la lumière et de l'intelligence.

Tous ceux qui pensent et qui sentent à cette heure seraient socialistes.

Dans la langue économique et politique socialiste est opposé de libéral et synonyme d'autoritaire. On peut dire que tous les despotes prétendent l'être. Le socialiste est celui qui veut l'amélioration du sort de la masse, mais par l'application uniforme et forcée de certains moyens déterminés; c( impitoyableProcruste\)>il ne tient aucun compte de la nature de l'homme et des choses, ni de la diversité des natures, et les veut faire toutes rentrer dans le moule qu'il a coulé. 11 abolit des choses conformes à la nature pour en établir d'autres qui lui sont opposées, mais comment ferait-il agréer des lois qui la contredisent et la nient sans y mettre quelque violence? 11 faut, pour appliquer sa pensée, qu'il brise toutes les résistances et qu'il ait recours à la force et au représentant de la force, à l'Etat.

1 L. Reybaud.

Page 1