DES RÉVOLUTIONS PROVOQUÉES PAR LE DESPOTISME
la police cx)nsacrée toutenlièreà sa propre sécurité, il est condamné par son piincipe môme à marcher dans la 'voie de la répression, et c'est là un cliemin sur lequel les pouvoirs s'arrêtent encore bien moins que sur celui des concessions libérales.
Théodose fait massacrer par ses soldats le peuple de Thessalonique, qui avait assassiné le gouverneur Botheric, parce qu'il avait sévi contre un cocher du cirque. Que faul-il le plus admirer, de la stupidité du peuple ou de la cruauté impériale?
Le despotisme peut être caractérisé d'un mot : les victimes sacrifiées aux complices. Mais ces sacrifices sont des crimes, et, bien que commis par les dieux de la terre, ils sont soumis aux jugements de la morale.
Les crimes politiques comme celui de César sont des crimes; toutefois, on dislingue deux choses en eux: le fait qui reste absolument à la charge de celui qui l'a commis et la possibilité du fait que le peuple a à se reprocher en partie à lui-même.
Un pouvoir qui s'est fait personnel est aussi personnellement responsable; il ne permet pas qu'on le discute; on ne le discute donc pas, on le renverse. Toutes les querelles sur le point de savoir si un peuple a le droit de se révolter et quand il a ce droit, sont vaines ; le problème est lésolu par
les faits ; il y a toujours quelque coin du monde où la justice est égorgée par le despotisme; la lutte finie sur un point recommence sur un autre, car la justice ne peut mourir dans tout l'univers ; quand elle a été trop longtemps oubliée ou méprisée, ses réapparitions sont formidables; et quand un peuple se lève pour elle, qui oserait dire qu'un peuple entier, quand il veut, n'a pas le droit de vouloir?
Cet acte d'une nation qui revendique le droit et la justice, sans lesquels nulle société ne peut subsister, s'appelle révolution.
Mais pourqueles révolutions aboutissent, surtout à autre cbose qu'à des changements de personne ou à des modifications de détail dans l'ordre politique, il faut qu'elles procèdent d'un mouvement universel, spontané, à peine perçu quelquefois par les plus clairvoyants et résultant d'un changement dans les opinions de tout le peuple, de toutes les classes, inspirées, fortifiées par une passion et une idée uniques. Il faut que, si le peuple a senti le mal du despotisme, ce mal n'ait pas encore assez duré pour étouffer en lui le sentiment du droit, non plus que l'énergie nécessaire à ses révoltes.
Un signe de décadence, c'est que tout le monde
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soit du même avis, comme, par exemple, que le gouvernement est détestable et que cela pourtant ne change rien.
11 y a chez les peuples une certaine élasticité en vertu de laquelle ils se relèvent quand ils ont été abaissés, mais, si l'abaissement se prolonge, la force élastique se perd, et ils ne se relèvent plus. « La servilude, dit Montesquieu', commence toujours par le sommeil. » C'est aussi par là qu'elle continue, et plus un peuple dort longtemps, plus diminuent les chances qu'il s'éveille.
Il vient un moment où la dignité et la force sont épuisées à jamais chez un peuple ; les seules révolutions qu'il puisse y avoir chez lui sont les révolutions de palais ou celles que font les prétoriens.
Il y a autour du despote des haines et des ambitions accumulées qui se font jour quelquefois par l'assassinat. C'est une vieille et sotte tradition que celle de tuer l' homme pour se défaire du despote; ces sortes de crimes avortent comme ces émeutes de carrefours suscitées pour l'éb ihissement des curieux, et ces complots de police qui ont pour seul effet, non de renverser le despote,
* Esprit des lois, XIV, 15.
^^ I^E TESTAMEÎNT D'UN LATO.
mais de consolider le despotisme. 0 tyrans! voyez quels peuples vous faites I ils n'ont même plus la force de vous chasser!