‹ Le Testament d'un LatinChapitre 136 sur 168 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

DES DjERNIERS EFFETS DU DESPOTISME

Les peuples perdent aussi, non-seulement la faculté de ^e révoller, mais celle de réagir d'une manière quelconque contre ce qui les blessait autrefois

En Angleterre, la résistance républicaine survit longtemps à la défaite; deux cents voix contre soixante dans le troisième parlement repoussent l'bérédité du protectorat ; on ne voit pas cet abaissement immédiat, absolu, qui se montre en France en pareille circonstance.

Le temps vient vite où, cbez les peuples déshabitués de vouloir et d'agir, l'opposition ne pa-

raît plus que comme une sorte de vice de l'esprit, une manie de vieillard inexplicable pour les ^é nérations nouvelles domptées et satisfaites.

Les actes du despote ne soulàvent plus ni étonnement ni colère. Si quelques âmes se haussent encore jusqu'à l'indignation, c'est pour retomber bientôt de ces hauteurs où elles ne savent plus se tenir, dans la niaise habitude de vivre." Elles se trouvent d'ailleurs isolées, car le despotisme «retire, dit Tocqueville\ auv citoyens toute passion commune, tout besoin mutuel, toute nécessité de s'entendre, toute occasion d'agir ensemble; il les mure, pour ainsi dire, dans la vie privée : ils tendaient déjà à se mettre à part, il les isole; ils se refroidissaient les uns pour les autres, il les glace. »

Il a bouleversé, par le seul fait de son existence, toutes les notions primordiales. Il y a dans les pays asservis des choses que des hommes libres ne peuvent entendre : a Un Anglais a demandé: Qu'est-ce qu'une lettre de cachet? On n'a jamais pu le lui faire comprend re^ »

La grande politique des despotes de tous les temps a été de troubler ou d'anéantir la notion du

* Ajw. Rég. et Rémi.

* Voltaire, Did. phil., mot : Arrêts notables.

Page 1