‹ Le Testament d'un LatinChapitre 16 sur 168 · DELA GUERRE · texte numérisé non relu

DELA GUERRE

Le besoin de sécurité explique l'amour des sociétés modernes pour la paix et leur antipathie pour la guerre. Il suffit que la guerre soit possible pour qu'il n'y ait pas sécurité.

La question de la guerre est au nombre de celles qui sont dès à présent jugées. Les gens qui pensent sont édifiés, et on n'édifiera jamais en écrivant ceux qui ne pensent ni ne lisent. Il suffit d'ailleurs que ceux qui pensent soient convaincus; à mesure que leur nombre s'accroît, leur opinion passe dans ^

les faits. 5

Désormais, ce sera s'abaisser que de trailer de nouveau ces poinis résolus et de discuter à leur

DE LA GUERfiE. 45

sujet avec des adversaires qui nuronl cessé d'être de bonne foi.

On risquera, en attaquant la guerre, de sembler plus naïf que ceux qui la feront ne seront odieux.

La guerre était cruelle autrefois, elle l'est encore, mais ce qu'il y a peut-être de pis chez elle aujourd'hui, c'est qu'elle est sotte.

Ces hommes transformés en machines, soumis à une obéissance absolue, gardés pendant des années dans l'inoccupation toujours immorale, pour faire individuellement, à un moment donné, un mal relativement faible; ces armées innombrables et qui vont s'accroissant toujours, entretenues pendant la paix dans l'hypothèse d'une guerre qui ne viendra peut-être pas, ces revues qu'on en passe gravement, ces uniformes, ces bruits, ces capitaines empanachés, le ridicule de ces choses, ces engins sans cesse perfectionnés, ces formidables combinaisons imaginées dans le seul but de détruire; ces guerres enfin où ceux qui se battent n'ont aucun intérêt, tout cela confond la raison et celui qui y réfléchit un instant se demande comment on peut appeler civilisés les peuples chez qui subsistent de pareils contre-sens. Et quand on voit que ni les progrès des lumières, ni les besoins nouveaux et manifestes n'ont rien changé au mal

qui, dans de certains pays, au lieu de s'amoindrir, s'aggrave, on est saisi d'un découragement ])rofond. L'étonnement qu'on éprouve grandit encore quand on envisage les résultats de la guerre : « Ne faudra-t-il pas faire la paix après la guerre? s'écrie YoUaire^; eh! morbleu! que ne fait-on la paix lout d'un coup ! » Les terribles efforts des armées, après des désastres incalculables d'hommes et d'argent, n'aboutissent, le plus souvent, qu'à remettre les choses dans l'état où elles étaient d'abord. Le peuple qui, orgueilleusement, s'était jeté sur tous les peuples et les avait vaincus, est réduit à rentrer piteusement dans les bornes premières de ses frontières, jurant qu'il ne recommencera plus; c'est là une bouffonnerie sanglante qui provoque la honte plus encore que l'indignation.

^ Lellre cccr.ix

CHAPITIU- \

Page 1