DU PROGRÈS
plus particulièrement, des hommes de certaines races, est de ne pas admettre la possibilité des choses qui ne sont pas encore réalisées.
Il est étrange que, chez un peuple qu'on accuse d'être versatile et léger et qu'on dit amateur du progrès, le titre de novateur soit de ceux qu'on prend le plus volontiers en mauvaise part, qui éveille le plus la méfiance et dont on se défend le plus, comme d'un ridicule. Voltaire avait-il donc raison de s'écrier : « 0 Welches ! vous êtes les derniers en tout ! »
Il faut avoir un esprit supérieur pour se confier en une idée et surmonter les puériles terreurs qu'inspirent ses réalisations ; un esprit supérieur porte seul ses regards assez loin pour juger d"un progrès autrement que par ses effets immédiats, qui semblent presque toujours funestes, au moins à quelques individus ; aucun progrès ne se réaliserait jamais si de telles considérations l'emportaient. On voit pourtant des philosophes, même éclairés \ qui, ne comprenant rien à la marche du monde, la nient ou jettent en travers de la route les maximes de leur sagesse; le monde fait pour eux comme Diogène : pendant qu'ils contestent le
' Vov. Jouliert.
4 I.E TESTAI! E;\T DUN lATIN.
mouvenienl, il so moiil ol, on passant, il lesôcraso. Co sont (les misanllnopes, qui conlcmplenl, les hommes et non l'homme el qui, n'apercevant en eux qne leurs misères, désespèreni de les guérir.
Dans la question du progrès, il ne s'agit pas de supprimer les vices qui sont de la nature de l'homme et des choses el durables comme elle; il s'agit de supprimer ceux qui sont étrangers à celte nature ; les gens qui, ])laidant contre le progrès, disent qu'on ne peut changer la nature de rhomme, ne disent donc rien.
Parlerai-je de ceux qui n'ont pour le progrès qu'une haine inspirée par un égoïste intérêt? Le prince de Conli ^ ne voulait pas qu'on abolît la corvée, de peur d'introduire la confusion dans les Etals; il demandait aussi « que tous les nouveaux systèmes fussent proscrits à jamais, el que les formes anciennes fussent maintenues dans leui" intégrité. »
Les conservateurs sont attachés aux abus dont ils profilent, el cela est dans l'ordre; mais ils mettent à les défendre plus de passion et de persévérance que les révolutionnaires n'en mettent à les alta- ([uer. Dès qu'ils les sentent menacés, ils s'exallen',
' Voy. M. J. Siinoii, la Libeiiè, 1, 05, note.
Itl' l'HUGIlES. 5
jusqu'à devenir redoutables. S'il est vrai que la diffusion des lumières amène la cessation des abus, c'est en agissant sur ceux ([ui en souffrent d non sur ceux qui en jouissent et (|ui ont le loil (le ne jamais céder qu'il I action violente des uitpriuiés.
Je ne sais si le mot ilKniersun est vrai^ : « Ail conservatives are such from personal defects. » .le sais, et c'est là tout ce qu'il me faut, que, quelles que soient les résistances conservatrices et quelles qu'en soient les causes, elles ne peuvent empêcher l'accomplissement des lois éternelles.
* l'imorsou, Ihc Cuiulnct oflifc, |i. S.