DU PROGRÈS
L'homme tend sans cesse à être mieux; c'esl là le mobile de son activité.
Le progrès est la conséquence de la facuUé qu'il a de concevoir le mieux, do le désirer, de se développer, de faire des œuvres et, en ce sens, de créer; il crée parce que c'est là sa destinée, et la preuve que c'est là sa destinée, c'est qu'il en résulte pour lui du bonheur; il sent qu'en créant
il accomplit sa loi, et la satisfaction qu'il y trouve est, peut-être, de toutes celles qu'il est appelé à goûter, la seule qui soit à la fois complètement vraie, profonde et pure.
Plus la création est fréquente, plus le bonheur est grand; l'artiste qui y emploie sa vie est, à ce point de vue, le plus heureux des hommes.
Il n'est donné qu'à quelques individus de créer par les hautes conceptions de l'esprit, et ce sont eux qui mènent le monde, parce qu'ils font et dirigent le progrès général des peuples.
Tous les hommes cependant doivent créer et, par là, concourir au progrès dans la mesure de leurs capacités , mais tous ne se rendent pas compte de celle nécessité et beaucoup tremblent devant elle ; ils s'effraient des efforts qu'elle exige et des agitations qui en peuvent être la suite.
La masse des hommes est routinière et amoureusement attachée à son imbécile repos : elle est épouvantée par la nouveauté quelle qu'elle soit. Afin de n'avoir pas à la craindre, elle préfère n'y pas croire, comme si, par son scepticisme, elle éloignait les dangers qu'elle y voit; elle est bien aise de n'y pas croire, elle le dit, le proclame, et la voilà tranquille.
Une des faiblesses de l'homme ou, peut-être