DE LA DIVERSITÉ ET DE L'UNITÉ
« La liberté, dit Humboldt', n'est que la possibilité d'une activité variée à force d'être illimitée. »
ce Pour moi, dit-il plus loin% l'idéal le plus élevé de la société des êtres humains serait l'état où chacun se développerait par lui-même et suivant sa propre volonté. »
Et il admire les sociétés antiques, où les hommes se développaient d'autant mieux qu'ils avaient de plus rudes combats à soutenir; c'élait alors, comme je l'ai observé, l'âge de l'individualité.
c( Le vrai but de l'homme , dit encore Hiim-
' iiilroduclion.
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boldt', c'est le développement le plus large et le mieux proportionné de ses forces dans leur ensemble... Toutefois, l'extension des forces humaines exige une condition qui se relie à la liberté : la diversité. » « Cette diversité e^t une conséquence de la liberté. »
Je ne pense pas que ce dernier mot soit exact ; la diversité est dans la nature des choses, elle préexiste à la liberté, ou elle existe en même temps qu'elle. Mais si la liberté, ainsi que je l'ai définie, est pour chacun la faculté de se développer suivant sa nature, elle laisse subsister des diversités aussi nombreuses qu'il y a d'individus différents ou de groupes d'individus. C'est là son principal effet.
Au point de vue de l'application, chaque liberté correspond à certaines diversités : à la liberté industrielle correspond la diversité des produits, à la liberté de l'instruction, la diversité des intelligences, des professions, etc., à la liberté individuelle, la diversité des individus et celle des associations; grâce à la liberté communale, on peut voir subsister la diversité des usages, des mœurs, des réglementations locales.
Je ne sache pas que cela soit un mal, bien que
' Chapiliv II.
plusieurs s'en scandalisent; ils ont à ce sujet une maxime propre à effrayer les gens timides : ils disent qu'il ne faut pas créer des Etats dans l'Etat. Loin d'être épouvanté par ces fantômes, je me suis pris quelquefois à souhaiter, qu'il y eût dans l'Etat quarante mille Etats, qui seraient les quarante mille communes et quarante mille autres Etats, qui seraient les associations de travailleurs et quarante mille autres, qui seraient les associations religieuses, scientifiques, artistiques. 11 me semble que le développement vivace des communes et des associations ne porterait point atteinte à l'unité du pays et qu'unies par les intérêts généraux, auxquels présiderait la politique générale , elles ne seraient que les parties diverses d'un tout unique: le pays.
Tocqueville remarque que la centralisation gouvernementale est bonne, mais que la centralisation administrative est détestable. Pour moi, j'aimerais mieux plusieurs petits Etats, qui seraient libres, qu'un seul grand, qui serait esclave, et il ne faudrait pas, sous le prétexte d'unité, abandonner la liberté ou étouffer ses manifestations, qui ne sont autre chose que les manifestations de la vie.
« Il y a, dit M. Lanfrey', une source de divi-
' Essai sur la RévoL, p. 526.
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sioii mille lois plus féconde en fléaux, que lamour de la guerre, c'est l'amour de l'unité... il était réservé aux fanatiques de la Montagne de la lrans{3orter dans le domaine des idées politiques. >> Ce mot d'unité est encore un de ceux qui, de leur sens mal défini, comme un étendard de ses plis, couvrent le despotisme et grâce auxquels on réussit à calomnier ses ennemis et à faire dresser [)ar le peuple leur échafaud^
• .\e peiil-on pas en dire mitant du mut du f'édérutiua et de commune? (Mars 1S71.)
CIIAPITRE XXVllI