DE L'ETAT
La liberté de chaque individu a pour limite la liberté des autres individus ; elle s'arrête là où celle-ci commence, c'est-à-dire à ce point où l'activité libre de l'un, en continuant à se développer, empiéterait sur le droit qu'ont les autres de développer la leur. Ce point est établi par la nature des choses ; il importe qu'il ne soit pas déplacé, car quiconque le déplacerait à son avantage serait à l'instant un despote et violerait la liberté.
Le devoir pour le citoyen isolé consiste dans le respect du droit des autres. Quel est le devoir des autres ou de la société, et le rôle de l'Etat qui la représente et la personnifie?
11^ r.E TESTAMENT D'EN LATIN.
Ce problème de la limite qui sépnre rnction individuelle de Taclion de TÉlat est le vrai problème politique ; Aristole l'avait posé. Il a reçu des solutions nombreuses où se font voir les divergences extrêmes des esprits. Les uns inclinent vers le droit de l'individu, c'est-à-dire vers la liberté ; les autres, les mêmes qui s'effrayent des dangers de la liberté ou ceux qui la considèrent, suivant l'antique notion, comme k participation à la souveraineté, pencbent pour l'État et veulent étendre outre mesure sa compétence.
Cette dernière propension a été celle (]e certaines nations qui, dit Bastiat^ « paraissent merveilleusement disposées à devenir la proie de la spoliation gouvernementale. Ce sont celles où les hommes ne tenant aucun compte de leur propre dig-nilé et de leur propre énergie, se croiraient perdus s'ils n'étaient administrés et gouvernés en toutes choses. »
Ce sont des peuples qu'on pourrait nommer idolâtres; qui ne jugent point de l'autorité par ses œuvres, ni par son origine; qui ne la discutent ni ne la contrôlent; elle est pour eux l'autorité, et cela leur suffit ; leur faiblesse, c'est l'enthousiasme ;
* Sophismcs, t. IV, p. 144.
DE LÉTAT. 115
ils se consolent par le rire qui est leur force. S'ils s'abandonnent aisément h l'admiration, ils passent vile à la satire; ils abdiquent leur rcsponsabililô entre les mains du pouvoir, mais en se réservant de le critiquer en secret ; ils le regardent faire et le raillent. Ce sont d'étranges j)euples.
Il y a pourlant des choses dont il ne faut pas se moquer, et c'est pousser trop loin le rire que de rire de son propre abaissement.
Qu'est-ce donc que l'Élat? «Je voudrais, dit encore Bastial', qu'on fondât un prix, non de cinq cents fiancs, mais d'un million, avec couf ronnes, croix et rubans, en laveur de celui qui donnerait une bonne, simple et intelligible définition de ce mot : l'Etat. »
' T. IV, p. ".:27.
CHArniiE II