‹ Le Testament d'un LatinChapitre 5 sur 168 · DE L'ESPRIT MODERNE · texte numérisé non relu

DE L'ESPRIT MODERNE

Le peuple français est né à la raison vers le seizième siècle^; il a eu, avant cette époque, la conscience mais une conscience encore confuse du droit dont le sentiment existe toujours et ne s'éteint jamais tout à fait chez un peuple.

Ses révoltes sont longtemps élouffées, mais il triomphe dans la révolution, qui n'est, par son esprit, que la revendication du droit absolu. C'est là ce qui imprime à ce gigantesque soulèvement son caractère humain, universel comme le droit luimême, c'est là ce qui fait qu'on n'en peut lire ou écrire l'histoire avec calme ; amis ou ennemis, écrivains ou lecteurs sont entraînés par ce récit vertigineux.

L'œuvre de la révolution a été surtout de détruire, parce qu'en matière sociale, ce n'est pas à l'homme d'éditier, mais à la nature; et pour que la nature puisse appliquer ses lois, pour que ces lois puissent être enfin reconnues, il faut que les obstacles qu'elles rencontraient disparaissent. Les révolutions se chai'gent de cette mission, le temps se charge du reste et c'est ainsi que le progrès s'opère.

Qu'on ne prétende donc pas que le progrès

' Yoy. les écrivains antérieurs, les mémoires, les histoires, etc.

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n'osl qu'un mouvemunl de va-el-vient pareil aux oscillalions d'un pendule; on ne serait pas plus Hxacl en ajuutanl t|ue les oscillations sont de plus t'u plusélendues ; les grands laits ijui sepi'odtiiseiil dans h; monde y jettent des notions nouvelle> igjiot'éesjusi|ue-l;i, qui écloseul en soilatil des profondeurs du sol on elles étaient latentes ou (pii son! le développement d'autres notions déjà acquises.

D'après les idées résumées par la révolution dans sa Déclaration des droits, on peut définir le progrès en disant qu'il consiste dans nne conception toujours pins haute et plus com})lète de la dignité de l'homme et de ses droits et que, de celte conception, découle la recherche toujours plus active de la satisfaction légitime de ces droits, en d'aulres termes de la justice.

Cette recherche sans doute est longue, on ne songe pas sans tristesse aux déceptions qui ont suivi les tentatives qu'elle a fait faire et que les hommes avaient saluées avec tant d'^enthousiasme, mais il importe de considérer le progrès dans l'univers et non chez certains peuples ; les peuples vivent, se développent et tombent, l'univers ou plutôt la pensée répandue dans l'univers avance toujours sur les ruines de ce qui n'est plus.

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