‹ Le Testament d'un LatinChapitre 51 sur 168 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU SYSTEME PREVENTIF

La dignité de l'homme consiste en ce qu'il pèse ses actes et se tient prêt à en subir les suites.

L'individu doit avoir la libre direction de sa conduite, de sa personne, de sa pensée, de ses biens, et agir en acceptant la responsabilité des actes qu'il fait en vertu de sa liberté.

Ne pas s'exposer à un danger parce qu'il est danger, voilà une conduite d'homme ; ne pas s'y exposer parce que cela est défendu, voilà une conduite d'automate.

Je ne veux point qu'on m'cmpèclie d'être trompé ; c'est en étant trompé que j'apprendrai à ne plus l'être ; il faut que les sots courent les

cliances de leur sottise, sans quoi les sots pulluleront.

11 y a des institutions qui semblent avoir pour but de détruire à jamais l'initiative individuelle cbez un peuple, et d'autres même qui rendent l'homme lâche.

Le système préventif est basé sur le principe de l'imbécillité de tous les hommes, el, s'il ne l'admet pas comme existante, il a pour résultat de l'établir; il engendre en effet une incurable paresse dans les esprits et une insouciance profonde ; il met. un peuple à l'état de valet, d'enfant ou de mineur, l'abrutit, lui inspire une perpétuelle méfiance de lui-même, l'anniliile et le déshonore.

La seule manière de faire que les facultés d'un peuple, comme celles d'un homme, se développent, c'est de l'obliger à en user; le moyen de les éteindre, c'est de l'en dispenser.

Le but de la société étant de favoriser le développement de l'individu, de ses forces, de ses énergies par la libeité, le système préventif est absurde, car on ne peut savoir d'avance dans quel sens l'individu se développera et quel emploi il fera de ses forces, et, en l'empêchant de les employer, il est probable qu'on empêchera un bien, son intérêt étant de les bien employer.

DU SYSTÈME PRl-Vr.NTIF. 1'27

La législation préventive d'il au ciloycii : «Voici (kl vin, mais je te défends de le boire parei; que, si lu le buvais, lu pourrais Tenivrei' el l'aire ensuite du mal à loi-mènie el aux aulres; or, je suis chargée d'empêcher, non-seulemenl que lu fasses du mal aux antres, mais que tn t'en fasses à loinième. »

La législation répressive dit : a Bois si lu veux, cnr lu es homme el maître de tes actions el tu en dois subir les conséquences. Si lu l'enivres et que tu te fasses du mal à toi-même, tant pis pour toi, si tu en fais aux antres, j'apparaîtrai et te frapperai. »

« La morale, dit B. Constant \ se compose de la suite naturelle des causes et des effets. »

Cette vérité de raison et de justice que toute cause doit produire son effet suffit pour condamner le système préventif. Quand un homme fait un acte qui doit avoir une conséquence bonne ou mauvaise, si la loi intervient pour détourner celte conséquence ou la changer, il est évident qu'elle bouleverse l'ordre moral tout entier, elle crée le désordre.

Les précautions excessives prises contre les vices

' Polit, constit., t. I, p. 562.

de l'homme, dénolent l'enfance d'une société. La complication est toujours la première chose qui se présente à l'esprit. Le vrai remède aux vices est en eux-mêmes; ils amènent des résultats qui constituent une répression suffisante, et dont la connaissance vaut à elle seule tous les systèmes de prévention.

La législation préventive est donc immorale doublement : d'abord elle empêche, en intervenant, l'accomplissement de la loi éternelle de justice, qui veut que celoi qui fait l'acte en soit responsable ; en second lieu, elle tend à atrophier chez l'homme le sens de cette responsabilité.

Mais elle empêche les actes mêmes. Elle agit en vue de périls et d'inconvénients possibles, qui ne se manifesteront peut-être pas et cependant elle lie les bras à l'activité humaine, dont les forces sont ainsi perdues.

Prévoyance fatale ! Si l'instinct qui pousse l'humanité au progrès n'avait pas constamment lutté contre la sagesse préventive du pouvoir, nous en serions encore au régime du moyen âge.

Ce que le système préventif a de funeste pour l'industrie et la prospérité est démontré par les économistes.

Ces sortes de lois qui se multiplient sans cesse,

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