DE DEUX CONSEQUENCES DE L'EXTENSION TROP GRANDE DE L'ACTION DE L'ÉTAT
On ne pcul faire tant de choses, prévoir, diriger, encourager, récompenser, répiimer, etc. sans un grand nombre de serviteurs; il résulte donc du développement immodéré de l'action de l'Etat ([lie les fonctionnaires de tout ordre se multiplient; il en résulte l'emploi la plupart du temps improductif d'une grande quantité d'hommes, et leur abrutissement par une besogne commandée, ingrate ou inutile.
a II y a, au bas mot, un fonctionnaire et un soldai sur douze citu\ens actifs'. »
' M. J. Simon, /(/ Liberté, 2, lôU.
Ainsi se forment des armées qui s'unissent pour asservir le pays quand il faut; les agents de l'État ne dépendent plus de la nation, mais de l'État qui les paye.
En dehors de quelques rares métiers, la seule ressource pour ceux qui veulent subsister est de s'enrégimenter dans ces classes privilégiées à qui la subsistance est garantie.
La grande préoccupation pour les jeunes hommes est d'avoir une place, la seule préoccupation pour les pères est de les y faire parvenir, et cela crée beaucoup de lâches et d'imbéciles. Ces mots : C'est pour mes enfants! c'est pour l'avenir, ou celui-ci : Je me dois à ma patrie! ont justifié les plus étranges bassesses et couveit hypocritement les actions les plus viles.
Mais s'il est bon pour l'État d'avoir un grand nombre de serviteurs qui lui soient attachés, il lui faut d'autant plus d'argent pour les payer.
« L'art du gouvernement, dit Voltaire^, consiste à prendre le plus d'argent qu'on peut à une grande partie des citoyens pour le donner à une autre partie. »
Qu'on ne s'étonne donc pas de l'accroissement
' Dicl. pliilus., mot Argent.
CONSÉQUENCES DE L'ACTION. DE L'ÉTAT. Iô3
incessant des impôts dans les pays centralisés, bien gouvernés, où l'Etat, à lui seul, en louche plus de la moitié. Qu'on ne s'étonne pas non plus que leurs dettes s'augmentent, tandis que les sociétés libres qui progressent éteignent les leurs ^; mais on peut s'étonner de la naïveté des gens qui veulent des économies et ne veulent pas restreindre la compétence de l'Etat.
Le désordre désespéré des finances est, du reste, un mal endémique des monarchies : «Le désordre des finances exigeait la plus forte attention du gouvernement; » dit Duclos% après la mort de Louis XIV, et il n'est pas d'époque de notre histoire où cette phrase banale n'ait pu avec raison être écrite.
Une chose me paraît plus surprenante, c'est la modération des gouvernements qui restreignent leurs exigences quand il leur serait loisible de les étendre. Combien de choses qui ne doivent rien et qui payent en vertu d'une fantaisie! qui empêcherait de les faire payer plus ou d'en faire payer
* La dette anglaise, depuis 1810, a été réduite de 1:200 millions. Li France, depuis 1816, a augmenté la sienne de 6 milliards et demi en capital. [Revue des Deux Mondes, l" février, Cochut.)
- Mtiiioirrs.
15 i LE TESTAMENT D'UN LATIN.
d'aulres? Les peuples ne se révolteraient point, ils payeraient ; ils sont encore, certains d'entre eux du moins, laillables à merci.
il a fallu la sagesse des hommes d'Etat pour troubler des notions qui semblent élémentaires; que les hommes d'Etat rient de moi, je pense que TEtat doit administrer ses linances comme un bon père de famille ; s'il a des dettes, économiser sur ses dépenses et payera
* Au moment présent, les économies seraient plus que jamais iiécess;iires en Fiance; nos uduvelles deltes ne peuvent, sans danger pour la production, c'est-à-dire pour la vie même du pays, èlre payées par de nouveaux impots; mais les économies sérieuses ne se feraient que par des clianj,'enients radicaux dans la politique : par la réforme du système militaire, par la décentralisation, c'està-dire par la suppression d'un grand nombre des seivices confiés à rÉlat, et la re.slilution aux particuliers et aux communes de ce qui fait l'objet de ces services, etc.; en sorte que les réformes financières cuïncideraient avec les réformes poliliques, administratives, militaires qui ne sont pas moms indispensables. Mais les économies sont difficiles dans un pays où tout le monde vit du système qu'il faudrait abolir : voilà pourquoi les réformes ne se font pas. (Mars 1871.)
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