DES ROIS
de la tendance incroyable des peuples à se laisser gouverner.
Ce qui a fait la fortune de Louis XIV, c'est le fouet qu'il tenait à la main lorsqu'il entra au parlement ; les bonnes gens qui tenaient conseil s'écrièrent : Il fouette, il a donc de l'esprit! et, de peur des coups, ils s'inclinèrent profondément! Cette impression a passé à tout le siècle, qui s'est incliné avec eux, comprenant que cet homme n'entendait pas qu'on discutât sa grandeur ni son fouet. L'histoire a docilement enregistré le sentiment de l'époque et rendu son arrêt d'après lui.
Besoin d'être gouverné, apparences, éclat, préjugés, les rois ont tout pour eux, et leur peine est d'autant moins grande que les peuples sur lesquels ils régnent attendent davantage du pouvoir et sont plus disposés à s'en remettre à lui.
Ils pourraient donc régnci' tant qu'ils voudraient, être obéis et aimés, même de nos jours, s'ils voulaient-. Il leur suffirait de la dose de sai^esse nécessaire pour faire un bon homme de négoce, d'un peu de bon sens, de justice et d'esprit.
Mais il paraît que ces qualités-là leur manquent absolument. Il est des maximes simples dans lesquelles ils trouveraient leur salut ; ils ne les comprendront et ne les appliqueront jamais; ils
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semblent dépourvus même de cet instinct de conservation que In nature a départi aux autres êtres ; ils manquent même de celte honnêteté qui est la première des habiletés.
On dit, en parlant do quelque assassinat commis par les princes : a C'est plus qu'un crime, c'est une faute ! » il faudrait dire : C'est une sottise ! car il y a une sottise qui leur est propre et en vertu de laquelle ils se perdent eux-mêmes.
Mais en outre, le pouvoir altsolu, sans contrôle, est une chose anormale et funeste à celui qui en est revêtu ; il le conduit à la folie; c'est une loi de la nature humaine, qui s'explique par la corruption secrète du cœur.
« Les assemblées peuvent commettre des fautes ; on en a vu de serviles, mais il n'y a pas d'exemple d'un parlement devenu fou; il n'est pas lare, au contraire, de rencontrer, dans l'histoire, des Césars au cerveau fêlé par le pouvoir absolu ou ramolli par la débauche ^ »
Le plus honnête homme du monde et le plus tranquille, en lisant la vie des Césars, ne peut s'assurer qu'à leur place, il n'aurait pas agi comme eux.
^ Marc Dufraissc, du Droit de (jmvve cl de paix, p. 210.