DES ROIS
M. Miclielel observe que le règne de Louis XIV s'explique et se commente par les maladies de ce prince.
En prononçant ces mois : « L'Elat c'est moi ! » le grand roi avait évidemment absorbé la nation dans son individualité ; la nation devait donc être aftectée comme cette individualité et par les mêmes choses, par ses maladies, par ses amours et ses remords.
Sous la monarchie absolue tout était à la merci de la cour et de celui qui distribuait les emplois et les faveurs : les faveurs étaient pour les grands et les emplois pour le menu peuple des courtisans ;
fous les Français étaient donc courtisans à un degré quelconque.
Et il n'en coûtait rien au souverain d'être généreux, il y gagnait. « C'est, dit Charles Comte\ à la facilité qu'ont les despotes de s'approprier les richesses de leurs sujets, qu'il faut attribuer ce qu'on nomme quelquefois leur générosité. Le très- ' petit nombre de princes qui se sont fait quelque scrupule de s'emparer de force ou frauduleusement du bien des autres, ont toujours été accusés d'avarice ; je ne connais à cet égard aucune exception , »
L'être dont la société tout entière dépendait, était quelquefois un enfant; les rois étaient majeurs à treize ans.
N'est-il pas clair qu'un enfant, élevé avec soin en dehors de toute idée de la réalité, et par un gouverneur comme Villeroi, qui lui dit en lui montrant le peuple par la fenêtre : « Tout ce peuple est à vous ! » sera très-apte à gouverner les hommes? J'hésite à me prononcer.
Je sais que gouverner les hommes est d'une pratique si aisée qu'il n'y faut pas une grande maturité; cet art est le plus facile des arts à cause
* Traité de législation, livre V, ch. n, t. Ht, p. 475, note.