‹ Le Testament d'un LatinChapitre 90 sur 168 · LES GOUVERNEMENTS SONT UNE RÉSULTANTE · texte numérisé non relu

LES GOUVERNEMENTS SONT UNE RÉSULTANTE

passer de la théorie à la pratique sur des questions qui sont regardées comme résolues par les hommes qui pensent, ces questions soient remises en doute. « L'on dirait, ajoute-t-il, que l'esprit humain ne cède à l'évidence qu'à la condition de se refuser à l'application. » Ce n'est pas là la raison.

a Le gouvernement, dit Ch. Dunoyer^, est, dans tous les temps, l'expression exacte des idées et des habitudes politiques qui prédominent au milieu de la société. »

Onobjecte contre le gouvernement parles assemblées qu'il manque d'unité et de promptitude dans l'action, cela est vrai; aussi ne convient-il qu'aux peuples assez éduqués pour que le citoyen sache agir sans le concours perpétuel de l'Etat.

Les gouvernements supposent un terrain préparé; ils ne sont pas les fruits du hasard ni des chances, ils sont les fruits du sol, ils sortent des doctrines, des tendances, des instincts; ils sont une résultante et comme la floraison des idées en circulation, des principes enseignés, et voilà pourquoi on peut dire qu'un peuple a le gouvernement qu'il mérite.

' Liboié (lu travail, p. 40.

La république osl la forme de gouvernement de la démocratie libre; pour qu'elle se réalise, il faut que la démocratie libre existe dans les idées et dans les mœurs, sinon toutes les tentatives faites pour la fonder ne sont que des secousses suivies d'avortements.

Demandez-vous donc si vous êtes une démocratie! Vous le croyez et vous le dites; mais c'est, en véiité, une étrange démocratie que celle-là!

Triomphante, sûre d'elle-même, elle s'affirme tous les matins et tremble tous les soirs de voir reparaître les fantômes de ce qui n'est plus et ne peut plus être, de voir rétablir, malgré elle, le droit d'aînesse, la dîme, la corvée et autres antiqurs fantaisies.

Elle vit sur des vieilleries, des préjugés et s'en contente ; elle souffre les sinécures, les armées et les traitements monstrueux, elle s'accommode de ne faire elle-même aucune de ses affaires, heureuse qu'on veuille bien les ûiire pour elle, sans qu'elle s'en mêle.

Elle se personnifie tantôt dans un peuple en colère, tantôt dans un maître qui la châtie; elle a oublié, sans doute, ou peut-être ne l'a-t-elle pas encore compris, que ce qui doit caractériser une démocratie dans les temps modernes, c'est avant

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tout la liberté; que l'égalité n'est et ne peut être que le fruit naturel de la liberté, et que là où la liberté n'est pas, l'égalité ne sera pas non plus, à moins qu'on n'appelle de ce nom cet anéantissement uniforme de tous qui est l'idéal des despotes.

Et à la place de l'égalité qu'elle rêve, je vois apparaître chez elle la plus formidalde des inégalités, celle de ceux qui la gouvernent, en sorte qu'elle ne jouit même pas de l'égalité devant la loi, qu'on trouve pourtant chez d'autres peuples qui ne se flattent pas d'être en démocratie, mais qui ont l'esprit d'être libres.

Ah ! vous alléguez que cela n'est pas votre faute ! et qu'il ne tiendrait pas à vous qu'il n'en fût autrement ! Je soup(;onne que ce sont là les hypocrites excuses de votre abdication.

Les peuples qui s'étonnent d'avoir tel ou tel gouvernement, qui se lamentent de l'état où ces gouvernements les réduisent et qui s'en prennent à eux de leurs maux, ont tort de se plaindre et devraient se demander d'abord si le mal dont ils gémissent n'a pas ses racines en eux-mêmes.

Il y a des terres où croissent les arbres funestes; le voyageur s'approche, il est las, il se couche, il s'endort à leur ombre et il meurt. Ne vous en prenez pas à l'arbre qui vous tue ni à son ombre

empoisonnée; prenez-vous-en au sol qui l'a produit, prenez-vous en à vous qui, dans votre paresse, le contemplez et l'admirez et qui vous étendez mollement sous ses branches pour y mourir comme des lâches.

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