LIVRE III
DE LA Rf:.lLI8ATIO!\i DE LA LIBERTE
CHAriTllE rUEMlER
DES FACULTÉS NtCESSAIRES POUR ÊTRE LIBRE
La liberté ne s' édicté point, ne s'impose point, car on ne peut forcer les gens à être libres; elle ne s'établit point par le despotisme ; on ne la marie pas à qui l'on veut et la grande vierge saxonne n'épousera jamais les noirs petits capitaines latins.
Ce n'est point le pouvoir ni la forme de gouvernement qui la fait, ce ne sont pas les lois ni les constitutions; avant que les institutions qui doivent la garantir s'établissent, il faut qu'elle soit dans les mœurs de l'individu, qu'il agisse comme citoyen isolé ou comme membre des associations^ de la commune et de l'État.
La question n'est donc pas de savoir si vous avez
telles OU telles instilutions, mais si vous avez les mœurs de la liberté, car elle passera de là dans les institutions fatalement et d'une façon plus durable que si vous prétendiez l'y mettre avant le temps et violemment; et ne dites pas que ce sont les institutions qui donnentles mœurs, car ce serait un cercle vicieux et les instilutions, sans les mœurs, ne subsistent pas.
Le signe caractéristique de ce que j'appelle les mœurs de la liberté est dans ce f^iit que le citoyen n'a plus peur des exagéralions delà liberté; s'il en a peur, il se réfugie sous l'égide du pouvoir et il cesse d'avoir les mœurs libérales poiu' i-eprendre celles des esclaves.
L'individu qui a les mœurs libérales ne compte point surl'Elat, mais ne compte que sur lui-même, sur son initiative propre pour établir son droit et le maintenir.
Or cette confiance en soi suppose cbez l'individu certaines facultés ou cerlains sentiments qui sont, je pense, au nombre de trois :
Le sentiment de la dignité, qui fait qu'on a la conscience du droit et d'où découle le respect du droit d'aulnii, ou l'égalité et la justice;
Le sentiment de la responsabilité, qui fait que, agissant au noni de i^on droit, on acce[)te les consc-