‹ Le Testament de BalzacChapitre 2 sur 2 · G. B. DE R · texte numérisé non relu

G. B. DE R

Ayant cédé, du gré de mon père et de ma mere^ vne partie de ce qui rae deuoit eschoir par leur succession en faveur de Monsieur de Roussines , mon frère (I), et cette partie n'estant gueres moins de la moitié, i'ay cru auoir suffisamment satisfait à tout ce qu'exige de moy de ce costé là le sang et la parenté, et pouuoir disposer sans scrupule du reste de mon petit bien. J'en ay desia asseuré quelque chose à Madame de Forgues, ma nièce (2) ; mais les

(1) François Guez, d'abonl seigneur de Roussines, puis de Balzac ot du Puy-de-Neuville.

(2) Marie Patras de CampaignoUes, fille de François Fatras de CampaignoUes, capitaine au régiment des Gardes, mort au siège de Montauban, et de Anne Guez, sœur de Balzac. Elle avait épousé, ])ar contrat du 9 février 1640, Bernard de Forgues de Lavedan, seigneur de Neuillac et de La Rochaiidry, maréchal de camp des armées du roi en Guienne. La famille de CampaignoUes est eycore représentée-

obligations que i'ay à ma sœur, Madame de Campagnol sont telles, elle m'a rendu des soins si assidus et si passionnés, dans la continuité de mes maux, que si ie n'auoiiois qu'après Dieu ie luy dois la vie, ie serois aussi ingrat que ie luy suis obligé. Je voudrois bien pouuoir reconnoistre cette fidèle et constante passion : et voicy la première tentation d'auarice qui m'est venue depuis que ie suis au monde. Je voudrois estre riche pour auoir de quoy luy donner. Mais n'ayant iamais eu l'inclination portée à l'espargne, et ne me re.stant pas un teston de plus de vingt cinq mille escus que i'ay receus à diuerses fois des bienfaits du Roy et de Monsieur le cardinal de la Vallete, je conjure cette bonne sœur de me pardonner mon riiauuais mesnage et de continuer jusques à la fin à m'aymer sans interest. Je n'ay rien qui ne soit à elle : mais ce que i'ay est si peu de chose, et le nombre de mes péchés est si grand, que quand i'aurois cent fois davantage, ie n'aurois pas assés pour les racheter. Qu'elle agrée donc, (ie l'en prie de tout mon cœur), les aumosnes et autres œuures de piété que ie désii'e faire ù ses despens, et faisons elle cl nioy ce sacrifice à nuslrc Seigneur. Il le bénira, s'il luy plaist, par sa sainte grâce, et le receuant pour l'expiation de mes fautes, comme ic l'en supplie les larmes aux yeux, cette bonne et chère sœur pouira dire qu'en quelque façon elle a snuué son frère deux fois,

(le nos jiiurs, iKilaiimiont par M. le marquis .Ipan de Canipaigno, aiir\on maire df la ville de Toii'nusp, aiuirii dfj.ulf de la Ilan!«' Oaniiiae an Corps léf;islatif.

puisqu'en cette rencontre elle Ji'aura pas moins contribué eaux moyens de mon salut qu'elle a eu de part jusques icy à la conseruation de ma vie.

Jean Louis de Ttuez.

Fait au monastère des Pères Capucins d'Angoulesme et escrit de ma main, ce dixiesme septembre mil six cens cinquante trois.

11 y a vn homme qui dit dans l'Antiquité profane : « Qiàd juval frugalitate vitro mortem prœcurrerc, et qakquid iila nhlatura est jam sibi interdicere? Quanta demenlin hccredi suo procurare et sibi negare omnia, vt tibi inimicum magna facial hœreditas? Plus enim yaudebit tua morte quo plus acceperit. »

Il y a vu autre homme qui dit dans l'histoire de l'Eglise: « Chrislus et pauperes mihi hœredes sunto. »

Le premier est vn prodigue qui se veut perdre auec son bien; le second vent perdre son bien pour se sauner, et on l'appellera comme on voudra; mais pour moy, io trouue qu'il y a grande différence entre ces deux hommes; entre manger tout et donner tout; entre les débauches et les aumosnes. Celles cy ne sont pas seulement dans la Morale des actions de vertu, elles sont aussi des offrandes et des victimes dans la religion chrestienne.

Mais que ie crains, A mon Dieu, de vous pre.senter mon sacrifice avec des mains sales et vn cœur souilh'' ; de mesler de la vaine gloire et de l'amour prnjirr dans le .nOcouj's que je veux l'ondiY' ,-i ;nitrui;

de gaster le bien que ie fais, lors mesme que ie le fais. Il n'y a que vostre seule grâce, () mon Dieu, qui puisse remédier à tout cela. J'espère qu'elle purifiera mes mains et mon cœur; qu'elle rectifiera ce qui ne sera pas droit dans mon action ; qu'elle empeschera que le bien de la chose ne se corrompe par le mal qui est en moy ; qu'elle donnera la vie à mes œuvres mortes. Ainsi soit il par l'intercession de la glorieuse Vierge Marie, qui est la distributrice de cette grâce.

Bel astre de la Mek, nostke asselré support, Fais nous trouler le calme ai: plus fort de l'orage; SAINTE MERE, a\de nous a nous conduire au port, En nous montrant TON FILS suit le bord du kiuage.

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i du ïealament olographe de J.-Loms GUEZ de BALZAC. ( 10 Septembre 1653 ).

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