ACTE I. SCÈNE Y
Depuis cent ans, parmi nos guerriers, entre mille, Trois honmies seulement Tout porté : Paul Emile, Pompée, et moi.
CYTHÉRIS.
Vraiment?
CÉSAR
C'est l'anneau du soldat.
Il fallait bien que Rome enfin me l'accordât.
CYTHÉRIS.
Des bracelets de cuivre?
CÉSAR
Oui ; c'est la récompense Qu'aux plus braves soldats un général dispense.
CYTHÉRIS.
Mais comment se fait-il que César? Pardonnez.. .
CÉSAR
Ce sont mes vétérans qui me les ont donnés.
CYTHÉRIS.
César, vous êtes bon , vous êtes grand !
CÉSAR
J'essaie ! — Où trouver pour ce jour une assez blanche craie, Ma belle Cythéris?...
V Oh! oui , oui, grand et bon!
CÉSAR
La vie a tant de jours que l'on marque au charbon! — Dites-moi, Cythéris, comme j'entrais, un homme Sortait d'ici ?
30 LE TESTAMENT Di: CÉSAU,
CYTHÉRIS.
Faut-il, César, que je le nomme?
CÉSAR
Non, je l'ai reconnu; c'est Cassius.
CYTHÉRIS.
C'est lui.
CÉSAR
Alors je l'ai fait fuir!^
CYTHÉRIS.
Il ne s'est pas enfui ; €'est moi qui l'ai prié de nous laisser ensemble.
CÉSAR
Il s'occupe (le vousi'
CYTHÉRIS.
Beaucoup trop, ce me semble.
CÉSAR
Il vous aime:^
Il le jure.
CÉSAR
Et VOUS l'aimez aussi ?
CYTHÉRIS.
Si je l'aimais , César serait-il donc ici ?
CÉSAR
(] est juste; et moi je suis un ingrat lorsque j'ose Vous dire... Mais, pardon, savez-vous une chose?
CYTHÉRIS.
Laquelle ? vous riez; laquelle, s'il vous plaît?
CÉSAR
Cassius! il sera furieux.
ACTI-: I. SCÈNK V. ;}|
CYTHÉRIS.
Non, il Testi
^:ÉSAR.
Ce pauvre Cassius, c'est cruel, je l'avoue :
Quand nous jouons ensemble, il perd tout ce qu'il joue !
Mon génie a le pas sur le sien, j'en répond.
Il rassemble une flotte un jour dans l'Hellespont,
N'ingt galères, je crois : je lui prends ses galères.
Plustard, voulantdonner quelques jeux populaires, —
.le vous parle du temps de ses rébellions , —
Il achète à grands frais cinquante beaux lions.
(]e pauvre Cassius ! — mon navire s'égare...
Et je prends ses lions tout en prenant Mégare.
GYTHÉRIS.
\ oilà ce qu'on appelle un homme malheureux !
CÉSAR
(^e n'est pas tout, oh non ! — Il devient amoureux , Amoureux comme un fou, d'une femme si belle. Qu'elle rendrait pensif un prêtre de Cybèle... Mais dites, me faut-il poursuivre, ou m'arrêter? Triompherai-je encore, et dois-je me vanter D'avoir sur Cassius, pour couronner l'histoire, Remporté, Cythéris, une triple victoire?
GYTHÉRIS.
César, le nombre trois, vous savez, plah aux dieux !
CÉSAR
Vous dites que je puis vous aimer?
CYTHÉRIS.
Je fais mieux , Je vous aime.
CÉSAH.
Et pourquoi m'aimez-vous?
Pour trois causes.
CÉSAH .
D'abord?
CYTHÉRIS.
x\'êtcs-vous pas César?
CÉSAR
Restent deux choses.
CYTHÉRIS.
Je suis Grecque.
CÉSAR
On le voit !
CYTHÉRIS.
Les dieux nous ont trahis, César; et vous aimez la Grèce mon pays.
CÉSAR
C'est tout simple : j'ai fait mes études à Rhode, Ce jardin lumineux qu'un flot d'écume brode. Si je vaux quelque chose, île au beau ciel vermeil , C'est que j'ai dans le cœur un peu de ton soleil !
CYTHÉRIS.
Nos villes n'étaient plus que des ruines sombres ; Par vous, Corinthe sort blanche de ses décombres ; Vous relevez Athène, et, sur le Partliénon, De Phidias encore on peut lire le nom.
Ce brave Mummius, bon soldat, chef vulgaire. Démolissait toujours quand il faisait la guerre.
A( VPK I . SCÈNK V. 33
Sylla, c'est différent, il n'était pas sans art , Et lisait quelquefois Homère, — par hasard ; Il aimait les tableaux, les livres, les statues : Mais il aimait aussi les villes abattues ! César paye une dette, et répare en cela Les torts de Mummins, le crime de Sylla.
CYTHÉRIS.
Oh ! vous êtes lui dieu !