‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 43 sur 95 · ACTE II. SCKNK \ [II · texte numérisé non relu

ACTE II. SCKNK \ [II

* Aille venger Crassus jusqu'au golfe persique.

* Dans ce pays farouche où l'orgueil l'entraîna, ^ Que sa tête demeure aux mains de Suréna :

* Ce lugubre trophée abaisse-t-il , en somme ,

* La gloire de César et la grandeur de Rome?

CÉSAR

Tu dis vrai. Cette guerre est un prétexte ici ; La véritable cause, écoute, la voici :

(Conduisant Bruhis vers une table ou il déroule une carte géographique.)

Je puis la dire à toi, dont le génie est ferme. Dont l'àme vigoureuse à la crainte se ferme. As-tu parfois, pensif et le cœur soucieux. Sur la carte du monde, ami, jeté les yeux? As-tu suivi du doigt, surtout de la pensée , Cette ligne qu'avec leurs glaives ont tracée, Plus intelligemment que n'eiit fait le hasard , Ces trois hommes : Sylla, Marins et César ?

BRL'TUS.

Oui, souvent.

CÉSAR

Bien. — Après cette ligne, dans l'ombre. Dis, qu'ont vu tes regards? Des nations sans nombre, Où tout semble mystère, et les noms et les mœurs; Océan dont César entend seul les rumeurs ; Peuples tout frissonnants , qui , de leur nuit profonde, Contemplent, éblouis, Rome, soleil du monde! Eh bien ! ce que tu vois sur la carte ébauché, Moi , je l'ai vu réel, du doigt je Tai touché. Un jour(cejour n'est pas loin du tempsoù nous sommes). Ces populations, vaste déluge d'hommes, -

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Uoinpront cette frontière, éclatant baudrier

One Rome, forte encor, noue à son flanc guerrier!

Alors apparaîtront ces multitudes vagues.

Sombres, pressant leurs flots, comme la mer ses vagues :

De l'aurore au couchant, mille fleuves humains

Pousseront devant eux Parthes, Scythes, Germains,

Les races du Midi, peuplades abhorrées.

Et les durs habitants des mers hyperborées ;

Formidables tribus , sauvages conquérants

Qui roulent sur des chars leurs pénates errants ,

Et qui dans nos cités viendront, hôtes funèbres,

Sur les clartés de Rome épancher leurs ténèbres! ! —

Mais ces futurs vainqueurs nous sont-ils inconnus?...

N'a-t-on pas vu déjà les Gaulois de Brennus

Du sacré Capitole envahir les portiques?

N'a-t-on pas vu le chef de ces hordes^cel tiques,

Exigeant la rançon du peuple souverain ,

Jeter son fer pesant dans le plateau d'airain ,

Et nos pères conscrits, chargés d'ans et de gloire.

Impassibles, mourir sur leurs sièges d'ivoire?

N'a-t-on pas vu déjà , l'un à l'autre liés ,

Les Cimbres , se couchant sur leurs grands boucliers ,

Altérés de carnage, affamés de rapines.

Glisser du haut des monts aux plaines cisalpines?

Si Marins, mon oncle, au cœur jeune, au bras fort,

N'eût soutenu le poids de ce torrent du Nord,

Et si , le refoulant jusqu'aux glaces du pôle,

A Rome chancelante il n'eût prêté l'épaule.

Tout périssait: nos lois, nos sciences, nos arts;

Et je ne fondais pas l'empire des Césars!

ACTK 11. SCENIC Mil. • W

(Quittant la tal.le.)

\i\\ bien ! je ne veux pas que Home un jour s'efface , Kt que l'obscurité sur la terre se fasse ! — !.e temps est précieux , le péril est urgent : Aussi j'appelle à moi tout homme intelligent, (^ette expédition, tu me vois l'entreprendre Non pour venger la mort de Crassus, et reprendre (]e que sur nous le Parthe a conquis de draj)eaux ; Mais pour donner au monde un siècle de repos! — Le Parthe anéanti , je disperse , et rejette Dans la mer Caspienne et le Dace et le Gète ; Et, vers le Tanaïs poursuivant mon chemin, Du Caucase au Danube et du Suève au Germain , Dans leurs noires forets, sur leurs montagnes chauves, Je subjugue ou détruis toutes ces races fauves!... Puis , ayant balayé le Nord, avant cinq ans Je reviens par la Gaule aux rivages toscans. — Mais, pendant cette longue et dernière campagne , Qui donc va contenir et l'Afrique et l'Espagne? Toi! Qui va gouverner du Tibre jusqu'au Rhiu:^ Toi, Brutus, toi, le vrai, Tunique souverain 1 César, ne craignant plus les discordes civiles , Sera ton conquérant et ton preneur de villes!

BRUTUS

César, tu m'éblouis; ton langage vainqueur Fait que la volonté chancelle dans mon cœiu- ! . . . Mais, loin de tes clartés , souffre au moins que je sonde Ce ténébreux chaos dont tu veux faire un monde, Et que sur les penseurs mon œil longtemps fixé Éclaire mon cspril au lland)oau du |»assé.

CÉSAR

Consulte donc, Brutus, leurs cendres endormies; Mais, sans prêter l'oreille à des voix ennemies,

(Lui meUant la main sur l'épaule.)

Interroge ton cœur : c'est le bon conseiller!... Celui-là, j'en suis sûr, ne veut pas nous brouiller.

(Il lui donne la main.) RRUTIS.

Adieu .

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