CÉS.VR
Ainsi tu veux mourir?
BRUTUS
Je veux vivre , et je vis !
CÉSAR
Je n ai donc point reçu, Brutus, un faux avis?
BRUTUS
Quand?
CÉSAR
Ce soir. On m'a dit : Crains Brutus!
BRUTUS
Qui?
CÉSAR, lui monliaal une feuille de laurier.
Regarde.
BRUTUS
Ce laurier! que veul-il dire?
CÉSAR
' « César, [)ren(is garde ! »
BRUTUS
A qui donc?
CÉSAU.
A Gurgès , à (Nimber, à (]asca, Au jaloux Cassius (jui toujours se masqua , Et dont la sourde haine, au fond d'une ànie obscure. Se voile gauchement sous les fleurs d'Épicure ; A Cinna le poëte, à Ruga le changeur, Qui raclerait le casque en or de Mars vengeur ; A tous ces chevaliers, flétris par ma censure; C'est-à-dire, Prends garde à Tcnvie, à l'usure, A la gloutonnerie, à la brutalité.
Ces reptiles fangeux de la société ! — Où sont les gens de bien, et qu'est-ce que nous soiiunes. Puisque Brutus se ligue avec de pareils hommes; Puisque, pour voir enlin le tyran abattu , 11 faut qu'avec le mal conspire la vertu? Sous leur austérité je voudrais que tu visses Ces faux Cincinnalus, au c(Kur rongé de vices! Prends garde à toi, Brutus! près d'eux voile ton front... Tu veux les rendre purs.. . c'est toi qu'ils souilleront !
BRUTUS
Puisque de nos complots César a connaissance , Pourquoi n'use-t-il point de sa toute-puissance? Cicéron, que jamais Rome ne couronna.
Sut bien , de nos remparts chassant (^atilina ,
ACTK lïl, SCÈNE VII. 10*>
Donner aux conjurés, pour loml)os clandestines, Los mornes profondeurs des voûtes manjertines !
CÉSAR
Pourquoi César consul, dictateur, souverain,
Ne vous ouvre-t-il pas le cachot souterrain, j
Ce noir Tullianuni aux sourdes agonies ,
{y où riionime soil cadavre et roule aux gémonies?
Tu demandes pourquoi ?. . . Je te réponds ! — D'abord ^
César a bu la vie et la gloire à plein bord ;
Et jamais ce tyran , c'est ainsi qu'on le nomme,
Pour conserver ses jours ne prendra ceux d'un homme ;
Puis Brutus, égaré dans ses âpres vertns.
Peut tout contre César, lui rien contre Brutus!
BRUTUS
Que dis-tu ^ "
CÉSAR, tirant une lettre de son sein.
Cette lettre...
BRUTUS. '
Eh bien?
CÉSAR
Qui Ta tracée?'
BRUTUS , reconnaissant l'écriture.
Ma mère Servilie !
CÉSAR
Oui.
BRUTUS
Grands dieux ! . . . . Adressée . . .
CÉSAR
A Brutus.
BRUTUS
Quand ma mère a-t-elle écrit cela:^
no LK TESTAMENT DE CÉSAR,
Parle:'
CÉSAR
A son lit (le mort.
BRUTUS
Ma mère ! . . .
CKSAR , lui donnant la lettre.
Écoute-la.
Réjouis au tombeau celle à qui tu dois l'être ! . . . Je te laisse, Brutus, seul avec cette lettre.
BRUTUS
Un dernier mol, César. . . Tes gardes , n'est-ce pas , Ont jusqu'à l'atrium accompagné tes pas?
CÉSAR
Non , je suis venu seul. Quand je frappe à ta porte, Quand je viens chez Brutus, ai-je besoin d'escorte?
BRUTUS, appelant Straton qui paraît.
Straton , va, je remets cette épée en ta main ; Du noble Julius protège le chemin.
Tu me réponds de lui sur ta tête. . . Prends garde ! — Adieu , César.
CÉSAR. V
(Au moment de sortir.)
Adieu. ■ — ■ Ta mère te regarde !