‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 60 sur 95 · CÉS.VR · texte numérisé non relu

CÉS.VR

Ainsi tu veux mourir?

BRUTUS

Je veux vivre , et je vis !

CÉSAR

Je n ai donc point reçu, Brutus, un faux avis?

BRUTUS

Quand?

CÉSAR

Ce soir. On m'a dit : Crains Brutus!

BRUTUS

Qui?

CÉSAR, lui monliaal une feuille de laurier.

Regarde.

BRUTUS

Ce laurier! que veul-il dire?

CÉSAR

' « César, [)ren(is garde ! »

BRUTUS

A qui donc?

CÉSAU.

A Gurgès , à (Nimber, à (]asca, Au jaloux Cassius (jui toujours se masqua , Et dont la sourde haine, au fond d'une ànie obscure. Se voile gauchement sous les fleurs d'Épicure ; A Cinna le poëte, à Ruga le changeur, Qui raclerait le casque en or de Mars vengeur ; A tous ces chevaliers, flétris par ma censure; C'est-à-dire, Prends garde à Tcnvie, à l'usure, A la gloutonnerie, à la brutalité.

Ces reptiles fangeux de la société ! — Où sont les gens de bien, et qu'est-ce que nous soiiunes. Puisque Brutus se ligue avec de pareils hommes; Puisque, pour voir enlin le tyran abattu , 11 faut qu'avec le mal conspire la vertu? Sous leur austérité je voudrais que tu visses Ces faux Cincinnalus, au c(Kur rongé de vices! Prends garde à toi, Brutus! près d'eux voile ton front... Tu veux les rendre purs.. . c'est toi qu'ils souilleront !

BRUTUS

Puisque de nos complots César a connaissance , Pourquoi n'use-t-il point de sa toute-puissance? Cicéron, que jamais Rome ne couronna.

Sut bien , de nos remparts chassant (^atilina ,

ACTK lïl, SCÈNE VII. 10*>

Donner aux conjurés, pour loml)os clandestines, Los mornes profondeurs des voûtes manjertines !

CÉSAR

Pourquoi César consul, dictateur, souverain,

Ne vous ouvre-t-il pas le cachot souterrain, j

Ce noir Tullianuni aux sourdes agonies ,

{y où riionime soil cadavre et roule aux gémonies?

Tu demandes pourquoi ?. . . Je te réponds ! — D'abord ^

César a bu la vie et la gloire à plein bord ;

Et jamais ce tyran , c'est ainsi qu'on le nomme,

Pour conserver ses jours ne prendra ceux d'un homme ;

Puis Brutus, égaré dans ses âpres vertns.

Peut tout contre César, lui rien contre Brutus!

BRUTUS

Que dis-tu ^ "

CÉSAR, tirant une lettre de son sein.

Cette lettre...

BRUTUS. '

Eh bien?

CÉSAR

Qui Ta tracée?'

BRUTUS , reconnaissant l'écriture.

Ma mère Servilie !

CÉSAR

Oui.

BRUTUS

Grands dieux ! . . . . Adressée . . .

CÉSAR

A Brutus.

BRUTUS

Quand ma mère a-t-elle écrit cela:^

no LK TESTAMENT DE CÉSAR,

Parle:'

CÉSAR

A son lit (le mort.

BRUTUS

Ma mère ! . . .

CKSAR , lui donnant la lettre.

Écoute-la.

Réjouis au tombeau celle à qui tu dois l'être ! . . . Je te laisse, Brutus, seul avec cette lettre.

BRUTUS

Un dernier mol, César. . . Tes gardes , n'est-ce pas , Ont jusqu'à l'atrium accompagné tes pas?

CÉSAR

Non , je suis venu seul. Quand je frappe à ta porte, Quand je viens chez Brutus, ai-je besoin d'escorte?

BRUTUS, appelant Straton qui paraît.

Straton , va, je remets cette épée en ta main ; Du noble Julius protège le chemin.

Tu me réponds de lui sur ta tête. . . Prends garde ! — Adieu , César.

CÉSAR. V

(Au moment de sortir.)

Adieu. ■ — ■ Ta mère te regarde !

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