‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 61 sur 95 · ACTE ni , SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE ni , SCÈNE VIII

Seul aujourd'hui César est-il dépositaire? César! lui confident de la sœur de Caton... Ombres d'Harmodius et d' Aristogiton , Affermissez mon cœur ! . . . Cette page inconnue , Venant de toi, ma mère, elle est la bienvenue!

(Il baise la lettre.)

Qu'elle brille, clarté céleste ou noir flambeau , — Salut , ô messagère auguste du tombeau ! . . . Salut, toi qui m'emplis d'une sainte épouvante!... Salut!

(Au moment (l'ouvrir la lettre, il hésite.)

Hélas ! tu sais si je t'aimais ! . . . Vivante, Tu m'as vu sur la terre , avec docilité , -

M'incliner, fils pieux, devant ta volonté; Morte, couchée au fond du sépulcre insensible, Ne me demande pas une chose impossible ! . . . Car, désobéissant à l'ordre maternel , .l'aurais dans ma poitrine un remords éternel ! — Courage , allons , Brutus !

(Il déplie la lettre, et jette les yeux dessus.)

Mon père ! il est mon père !

(11 laisse tomber la lettre.)

Non, j'ai mal lu... Mensonge... illusion... j'espère!

(Il ramasse la lettre, et se rapproche de la lampe. Apres avoir relu :)

Ainsi donc ces rumeurs que m'apportait le vent. Ces mots à mon approche interrompus souvent, Conversation vague , obscure et mal suivie , Que si longtemps je crus étrangère à ma vie, Tout cela voulait dire alors, confusément : La mère de Brutus eut (^ésar pour amant !

Il osl mon père!... 01» ! loul devient compréhensible :

Cet ineffable amoiii-, cette force invincible

Qui vers lui, dans ses bras, m'a toujours emporté;

Ces luttes de mon cœur contre ma volonté,

0 César! et devant ta splendeur éternelle

Cet éblouissement de ma faible prunelle!

Oui , César est mon père , et j'allais. . . Malheureux ! . . .

Ces quatre mots : // est mon jH're. , — c'est affreux !

La blessure qu'ils font dans mon àme est profonde!

Mais en quoi changent-ils l'équilibre du monde?

Certe , en les prononçant tout mon cœur est brisé ,

Mon bras qui se levait tombe paralysé;

Mais à Rome qui meurt , sous le joug avilie,

Qu'importe que César ait aimé Servilie?

Est-ce que l'univers s'informe, par hasard,

Si mon père est Marcus Brutus , ou bien César ?

Ta famille , Brutus , c'est d'abord la patrie !

Que ta gloire égoïste à jamais soit flétrie,

Si, condamnant César, destructeur du sénat.

Tu crus pouvoir frapper sans que ton cœur saignât!

Non, l'âme chez Brutus, forte, calme et sereine.

L'âme soumet le corps; elle est maîtresse et reine! —

Ton fils t'a pardonné, ma mère; tu vois bien!

(Approchant la Icllie de la nainmo.)

Toi, pardonne à ton fils! — Flamme et cendre ! plus rien. Ma mère fut toujours de son honneur jalouse : C'est de Marcus Brutus l'irréprochable épouse !

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