SCÈNE IX
CESAR, st'ul. Il cli'sceiul lentement les maiclie».;
Rois, puissants de la terre, oh ! quel sort est le nôtre ! C'est poin'iuevoir mourir qu'ils venaientrunetrautre! Mais comment Cléopâtre a-t-elle pénétré Un secret qu'à toi seul , Antoine , j'ai livré? Dans ce coffre blottie, elle entendait, je pense... Allons, de faire un choix Jupiter me dispense. — ■ Brutus! Brutus! hélas, quel espoir j'ai perdu! Moi qui t'ai vainement jusqu'au soir attendu... Sous le monde penchant lorsque ma tète plie, Oh! quelle œuvre à nous deux nous aurions accomplie! Sans doute elle pesait trop pour des bras humains, Et l'énorme colosse est tombé de tes mains 1 Mais pour le ramasser quelqu'un déjà se courbe... C'est Octave! — Dieux bons, si la ruse et la fourbe Suppléaient au génie , un semblable héritier Empêcherait César de mourir tout entier ! Voilà comme toujours la gloire humaine expire; C'est faute dune main que s'écroule un empire! — Qu'est-il resté de vous, ô géants! vieux Rhamsès, (Jyrus, Sardanapale, Alexandre, Xerxès/... Avoir, dur travailleur que la sueur inonde, Fait une gerbe, avec tous les peuples du monde; Avoir au-dessus d'eux , comme un soleil plus beau. Civilisation, secoué ton flambeau , Pour fonder, se courbant sous des lai)curs sans lrè\e.
138 LE TESÏAiMENT DE CESAR.
I/eni[)ire universel que tout grand homme rêve; Avoir amoncelé tant de marbre ! et sentir Qu'avec le fondateur tout va s'anéantir ! . . . Dieux cléments! et laisser la terre encore esclave, L'ébaiichede mon œuvre immense aux mains d'Octave! Je ne le voulais pas ; mais il le faut, Brutus ! Ses vices feront moins de mal que tes vertus ! . . . Mais d'où part cette voix, lamentable harmonie? On vient en m'appelant.
CALPURNIE , au loin.
César!
CÉS.4R
C'est Calpurnie.
CALPURNIE
Cesai- !
CÉSAH.
Vous m'ap[)olez?
CALPURNIE
César!
SCÈJNE X.
Cil^SAU, (^.VLPUUNIE, les vêtements en désordre , tout
(Vhevclée.
CALPURNIE
Dieux souverains !
Je le vois ! . . . Sur mon cœur c'est donc lui que j'étreins !
CÉSAR
Poin (juoi cette pâleur qui voile ton visasse ?