ACTE V, SCÈNE H
UN AUTRE
Aux pieds du G;raud Pompée!
CASSIUS
La tyrannie est morte ! .
CASCA
Oui , nous l'avons frappée !
VOIX , dans la foule.
Au secours ! au secours !
BKUTUS.
Citoyens ! sénateurs !
A vos places restez comme vos deux préteurs... Mais pourquoi cette foule en désordre, effrayée? Rome est libre! voilà notre dette payée.
(Bas à Cassius.)
Il nous faut joindre, ami, l'action au discours :
Vite , prends la moitié des nôtres , — et parcours ,
Du Tibre au Quirinal , du Cœlius au Tibre ,
Tous les quartiers de Rome, en criant : Rome est libre l
Moi, pendant ce temps-là, pour tout pacifier,
Je vais expliquer l'œuvre, et la sanctifier!
CASSIUS
J'y vais ! — Gourons , amis !
BRUTUS , aux conjurés.
Aucune violence ! — Citoyens...
TOUS
Écoutons! Brutus parle. — Silence!
BRUTUS
Les glaives au' fourreau maintenant sont remis. Écoutez jusqu'au bout sans m'interrompre, amis!
158 \Ai TKST4MENT DE CESAH,
Je vais plaider ma cause !.. .elle est sainte et profonde
C'est la cause de Rome et la cause du monde!
Citoyens, jugez-moi froidement , sagement ,
Et ne vous hâtez point dans votre jugement ;
Car c'est une sentence auguste et solennelle,
Qui dans l'âge futur va descendre , éternelle !
Ainsi ne donnez rien au caprice, au hasard.
Si parmi vous se trouve un ami de César,
Je lui dis , — et d'un cœur où la pitié frissonne : —
Bru tus aimait César autant, plus que personne!
Peuple , si maintenant tu demandes pourquoi
Brutus vient de frapper César, je réponds, moi
Qui donnerais mon sang pour celui qui m'arrose :
C'est que Brutus aimait Rome avant toute chose ! —
* Depuis que Rome est libre et que César est mort,
* Ayant fait mon devoir, je n'ai plus de remord.
* Citoyens maintenant , esclaves tout à l'heure ,
* Regrettez-vous César? — Il m'aimait : je le pleure!
* Il fut grand : je l'honore entre tous les humains!
* Il fut ambitieux : je l'ai tué ! ■ — Romains ,
* S'il est sur ce pavé , qu'un sang précieux lave ,
* Un homme assez abject pour vouloir être esclave ;
* Un homme à ce point lâche , à ce point insensé,
* Qu'il parle celui-là ! . . . car il est offensé.
TOUS
*Non! — Personne!
BRUTUS
* Je n'ai donc offensé personne,
* Et mes intentions aucun ne les soupçonne.
* Compatriotes, vous qui m'avez entendu,