‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 85 sur 95 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANTOINE , seul. (Il va prendre le corps de César qui est tombé derrière la statue, et l'apporte en sanglotant sur le devant du théâtre, près des marches du portique. — Pendant les vers suivants, le théâtre, vide un instant, se remplit peu h peu.)

(Mettant un genou en terre.)

Oh! ne crois pas qu'Antoine aujourd'hui t'abandonne,

Pauvre cadavre encor saignant ! Ami , pardonne :

J'attendais leur départ , afin de pouvoir seul

Étendre ma douleur sur toi comme un linceul !

Aussi vrai que tous deux souvent nous triomphâmes.

Oh ! je te vengei^ai 1 . . . Malheur à ces infâmes

Qui , sombres , éblouis sous ton rayon sacré ,

S'entre-blessaient aux flancs du héros massacré ! —

Sur notre siècle impie où tout va se confondre ,

La malédiction des siècles viendra fondre !

(7est toi qui retenais dans l'antre souterrain

La Discorde et le Meurtre avec ton bras d'airain :

Mais la destruction et les guerres civiles

Vont, comme un noir volcan, s'épandre dans nos villes,

Et (le ce feu lugubre , attisé par le vent ,

Pas \m de tes bourreaux ne sortira vivant ! !

VALENS

Qui donc pour le tyran a de pareilles larmes?

ANTOINE

Moi, l'ami de César, moi, son compagnon d'armes! C'est l'ami que je pleure , et non pas le tyran.

UN CITOYEN

Marc-Antoine ?

UN AUTRE

ïl aimait César. ]\Toi , je comprend.

FABER

Moi de même.

VALENS

Les pleurs, qui veut les interdire;^ Personne. — ■ Mais surtout qu'il ne vienne pas dire Que ces grands citoyens , nés pour notre bonheur, Cassius et Brutus , ne sont pas gens d'honneur! Je n'aurais plus alors de pitié , pas la moindre ; Et l'ami de César pourrait bien le rejoindre !

ANTOINE

Oh ! ce n'est pas que j'aie ici l'intention

De blâmer cette grande et terrible action . . .

Ceux qui l'ont accomplie étaient purs , au contraire.

Mais vous savez, toujours l'ami, le fils, le frère,

Dit quelques mots sacrés sur le frère endormi ,

Sur le morne cercueil du père ou de l'ami !

Pour le suprême adieu, l'hommage funéraire.

César n'a qu'un ami. . . point de fils ! point de frère!

Et ce dernier tribut, de la tombe espéré.

Quand vous l'aurez permis, c'est moi qui le paierai !

IG2 LE ÏESTAiMENT DE CESAR

FABER

C'est juste î

Oui

l'N AL'TRE CITOYEN.

VALENS , a Antoine.

Parle donc ! . . Mais pas un mot (i'onlrage Contre ces hommes purs , la gloire de notre Age!

ANTOINE

Non; je viens, mes amis, — cela peut s'avouer, —

Pour inhumer César, et non pour le louer.

Le mal que nous faisons nous survit : le bien tombe ,

Et disparaît souvent avec nous dans la tombe ! —

Tout à l'heure Brutus, l'esprit judicieux .

Vous a (lit que César était ambitieux '

TOUS

Oui ! oui !

ANTOINE

Puisque Brutus Ta dit, cela doit être; Car Brutus est un honune honorable! — Peut-être César eut-il ce tort*

VALENS

!1 l'eut assurément !

La faute est grave , mais grave est le châtiment ! — J'aimais César, César m'aimait. Je me rappelle Qu'il fut toujours pour moi juste, bon et fidèle ; Mais Brutus dit qu'il fut ambitieux : Brutus Est un homme d'honneur, sage , plein de vertus ! — Il est vrai que César, pauvre débris qu'on foule,

(Le peuple s'aperçoit seulement alors que César est à terre. —Doux

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