‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 94 sur 95 · TITINIUS · texte numérisé non relu

TITINIUS

Il s'est tué lui-même. — Mais j'entends le fracas des armures : oh! fuis!.. Il en est temps encor, Brutus!

BRUTUS

Va, je te suis.

SCÈNK II.

BRUTUS, seul.

(^est l'ombre de César qui , parmi les temj)étes, Secouant l'épouvante au-dessus de nos têtes, Semblable à Némésis, déesse du remord, Une torche à la main va promener la mort ! De tous les meurtriers de César, moi je reste Le seul et le dernier vivant!... Je suis Oreste. — Vingt-trois ont disparu. Le feu, l'onde ou le fer, Les a jetés, râlant, aux ombres de l'enfer! Ce que nous avons pris, d'un accord unanime, Pour une action juste , et sainte , et magnanime , Oh! ce n'est qu'un forfait, — tellement odieux , Que, pour le châtier, il faut la main des dieux ! Oui, la nature semble elle-même le dire!...

EFILOGUK. i7r;

Depuis doux ans, toujours aidonU^ a nous maudire, Elle pleure ("ésar dans la tombe enfermé! Et, comme s'il était son enfant bien-aimé, Dans la création jetant sa plainte amère , Elle porte le deuil, inconsolable mère ! — Maintenant c'est à peine encor si nous voyons Le soleil, qui, versant quelques pâles rayons, Ne mûrit même plus, feu triste et monotone, Ni les moissons d'été, ni les pampres d'automne. Quoi ! le flanc de la terre est-il donc épuisé?. . . Non ; le sang de César avait tout arrosé ! . . . Lorsque César vivait , la plaine était fertile ! — Action Fuonstrueuse ! . . . hélas ! crime inutile ! . . . Quand nous avions le monde à reconstituer, * Ce n'était pas César qu'il nous fallait tuer : C'était, puisqu'on lambeaux la république tombe, La morte qu'il fallait ranimer dans sa tombe!... Le passé, l'avenir se dressent contre nous. — Serait-il vrai — -je sens frissonner mes genoux — Que, perdant une cause ou la faisant immonde. Le meurtre politique est sans fruit pour le monde .' Et , tout couvert de sang , me faut-il avouer Que l'infâme poignard tranche sans dénouer?

* S'il en était ainsi..., meurtriers que nous sommes !

* Toutes mes notions sur les dieux , sur les hommes ,

* N'étaient rien qu'un vertige , un éblouissement ;

* Et moi je reconnais , à mon dernier moment,

* Que ce flambeau des temps passés, tremblant dans l'omlM'c,

* A la lueur duquel j'ai lu mon devoir sombre,

* N'était qu'un feu trompeur, guide fourbe qui nuit.

* Et nous pousse à l'abîme où s'engouffre la nuit !

Oh! (le ta liberté, Rome, je désespère !

Ainsi j'aurais mieux fait de l'appeler mon père,

Cet homme, astre mimortel qui sur notre âge a lui ,

Et mieux fait de courber le genou devant lui ! —

A Sardes , une fois , vers cette heure nocturne ,

N'ai-je pas vu marcher son ombre taciturne,

Qui , vers moi soulevant ses regards abattus ,

Dis : « Tu me reverras à Philippes, Brutus ! »

Nous sommes à Philippe : aux champs de Macédoine,

V^aincu , je fuis devant Octave et Marc- Antoine !

Je n'ai plus qu'un lien sur terre : Porcia,

Qu'à mon sombre destin l'hymen associa!

Viens , spectre formidable , et que ta voix profonde

Dise le dernier mot des choses de ce monde :

Car je l'ai demandé jusqu'ici vainement

A la philosophie , oracle impur qui ment ! —

Je t'en conjure, ô toi que la nuit lourde enferme,

Apparais! je t'attends, l'ame sereine et ferme!...

Viens, tel que je t'ai vu, dans mes rêves, souvent :

Je serai calme et froid comme près d'un vivant !

(Il attend immobile; mais Straton seul paraU derriore lui.)

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