ACTE m, SCÈNE IL
Clémentine (haussant les épaules). — ^Voyons, Isidore, calme-toi, de grâce.
Isidore {au comble de CexaspéraUon), — Non, je ne veux pas me calmer. {Seœuant le bras de Clémentine.) Oui, c'est toi qui m'as trahi ; toi, qui as vécu vingt ans du pain que je gagnais par mon travail ; toi, qui as passé vingt ans à m'aigrir le caractère par ton humeur acariâtre, à remplir mon cœur du fiel qui gonflait le tien I
Clémentine {avec componction), — Du fiel dans mon cœur I moi qui demande tous les jours au ciel le bonheiu: de mes ennemis.
Isidore. — Oh I il ne faut pas m'en conter â moi ; je te connais, sainte n'y touche !
Clémentine. — Sainte n'y touche 1 sainte n'y touche, moi!
Isidore. — Oui, toi I oui, toi I
Clémentine. — Soit, mon ami, accable-moi ; j'aurai fait mon purgatoire sur la terre.
Isidore. — Ce qui ne t'empêchera pas d'aller tout droit en enfer ! C'est ainsi que sont punies les femmes qui trompent leurs maris!
Clémentine. — Je t'ai trompé, moil.... quand? avec qui?
Isidore. — Oh I tu m'entends bien tu sais que je
ne parle pas de cela. Beau mérite que tu as eu à rester vertueuse I
Clémentine. — ^Mais, certainement I
Isidore. — Allons doncl.... Personne ne t'a jamais fait la cour.
Clémentine {piquée), — Ah 1 vous croyez I
Isidore. — On t*a fait la cour? alors, pour la rareté
du fait, tu as dû te laisser éblouir Tu m'as déshonoré I . . .A genoux ! femme criminelle !
Clémentine. — Mais, Isidore, tu perds la tête, cette élection te rend fou ! . . . . je te jure que j'ai voté pour toi ... .ce n'est pas moi qui t'ai trahi I
Isidore. — Qui, alors? Qui? . . . .
Clémentine. — Je ne sais pas mais. . . .
Isidore. — ^Voudrais-tu dire que luit. . . lui, mon fils!
pourquoi pas ? tout est possible dans m»
famille. {Courant à Célestin qui vient d'apparaître au/bnà et Ventraxnant sur le devant du théâtre,)