‹ Le testament de César Girodot. Comédie en trois actes, en proseChapitre 61 sur 72 · ACTE m, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IV

Peux. — Que veux-tu ?

IsiDOBE. — Je veux savoir pourquoi tu as mis dans Tume un billet blanc.

Félix. ^Mais qui t'a dit ?. . . .

Isidore. — Quel autre que toi se fût amusé à perdre sa "voix? Tu ne pouvais pas me la donner, n'est-ce pas?

Feux. — Ecoute, Isidore

Isidore. — Je n'ai pas besoin de t'écouter, je sais à quoi

'm'en tenir : tu as eu peur de me voir devenir riche,

parce que alors tu n'aurais plus joui de ta supériorité

sur moi î C'est un bonheur que tu savoures à longs

traits depuis que nous sommes au monde.

Félix. — Mais la colère t'égare ; quels affreux senti* zuents me prêtes-tu là?

Isidore. — Je dis ce qui est ! Ah I tu ne sais pas tout cô -que tu m'as fait souffrir depuis que je suis nél

Félix.— Moi?

IsiDOBE. — Toi, oui, toi! quand nous étions petits, ' chacun t'embrassait, te caressait, te gâtait ; moi, on me trouvait laid, grognon .... on me laissait dans mon coin. Au collège, la même injustice ; à toi, tous les prix ; à moi, tous les pensums. Et plus tai'd, dans le monde, chacun me disait : Prends modèle sur ton frère, sois

. sage comme ton frère sois gentil comme ton frère

.... Ton frère, ton frère, toujours ton frère !

Eélix. — Est-ce ma faute, à moi ?

Isidore. — Laisse-moi parler. Nous avons continué - comme nous avions commencé. Tn es sorti le premier -de l'école normale ; moi, je n'ai jamais pu passer même

mon baccalauréat es lettres. Tu es devenu un tiavani dont tous les journaux s*entretiennent ; moi, je vis ignoré, occupé à copier des lettres dans un horrible bureau. Nous avons fait la sottise de nous marier ; toi, tu as épousé une fille que tout le monde trouvait jolie.

Félix. — Pauvre femme I pardonne-lui sa beauté, je l'ai perdue sitôt I

Isidore. —Précisément I Eh bien, moi, j'ai gardé Clémentine, et tu la connais. . . .

Félix. — Mais que puis-je faire à cela?

IsmoEE. — Oh ! rien ; tu as tout simplement accaparé ma part de bonheur; tu m'as pris l'affection de mes parents, les caresses de nos amis, les éloges de nosinaîtres, les succès qu« j'aurais du avoir dans le monde, tu m'as volé ma place au soleiL Voilà tout, mon Dieu ! voilà toutl

Félix. — Mais, voyons, n'ai-je pas toujours été bon pour toi?

IsiDOBE. — En effet, tu as daigné m'humilier de ta compassion ; quand tu m'as vu mourant de faim, tu m'as jeté ton aumône, non par pitié pour moi, mais parce que je portais ton nom Oui, tu m'as comblé de tes bienfaits, mais puisque tu me les reproches, nous sommes quittes.

Feux. — ^Malheureux I . . . . Décidément tu n'as pas de cœur!

IsrooBE {gui avait gagné le fond, se rdoumard), — Insultemoi, maintenant il ne manquait plus que cela. {Il

ë* éloigne.)

Félix [se levant). — ^Isidore .... Isidore I

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