SCÈNE V
PAULINE, LUCIEN; puis HORTENSE.
Lucien fpoursuivarU Pauline, qui le fuit). — Pauline, de
çrace, écoute-moi Depuis la journée que nous avona
passée à la campagne de monsieur Lehuchoir, toute& les fois que je me suis présenté chez ton père, tu as prétexté quelque migraine pour ne pas quitter ta chambre, et je n'ai pu ayoir aucune explication avec toL La froideur que tu me montres succédant à l'amitié que tu voulais bien me témoigner, m'a vivement affecté, mais j'ai cru comprendre le motif qui te faisait agir ainsi, et si j'ai souffert, je ne t'ai point blâmée I
HoRTENSE {qui vient d'entrer). — Que lui dit-il? {Elle
Teste à Vécarty à droite, et assiste à cette scène sans être vue.)
Lucien (à Pauline). — Accusée par ta cousine de pensées cupides, de vues intéressées, tu as voulu lui prouver <}u'elle ayait été injuste enyers toi, tu as bien fait, mais aujourd'hui le vote a eu lieu ; loin d'avoir hérité, noua ■avons eu, toi et moi, la même pensée, celle de voter pour Hortense, et de lui donner cette fortune qu'elle te re^ prochait de convoiter.
Hortense {à part). — Voilà comme ils se sont vengés!
Lucien. — ^Aucun soupçon ne peut plus désormais t'at« teindi'e ; rends-moi donc ton amitié, qui m'est si précieuse, et qui semble s'être retirée de moi. Tu ne réponds pas, tu te détournes. Qu'as-tu donc ? que t'ai-je iait?
Pauline {allant s'asseoir à gauche), — Oh I bien du mal ; j'ai le cœur bien gros, Lucien.
Lucien. — Pourquoi ? Voyons, parle, Pauline, parle, je t'en conjure ; n'ai-je plus même droit à ta confiance ?
Pauline. — ^Hé bien ....
Lucien. — Hé bien ? . . . .
Pauline. — Tu ne m'aimes pas, Lucien, tu aimes Horiense.
Lucien. — ^Moi ? qui te fait penser
Pauline. — Oh! je sais ce que je dis ; je ne suis plus une petite fille, je comprends bien des choses. J'ai beaucoup réfléchi au sujet de ce qui s'est passé entre Hortense et nous. Ma cousine a été bien mauYaise pour moi, mais je ne saurais être injuste envers elle, je la <;onnais, elle est grande et généreuse plutôt qu'intéressée .... Ce n'est point la crainte de me voir hériter qui l'a poussée à me faire cette vilaine scène qui m'a tant affligée.
Hortense. — Comme elle me juge.
Pauline. — C'est le dépit qu'elle a éprouvé à t'entendre me parler d'amour.
Lucien.— ^Mais Pauline. . . .
Pauline {uivement), — Me diras-tu qu'elle ne t'a pas ^mé?