‹ Le testament de Jean MeslierChapitre 1 sur 23 · Le testament de Jean Meslier · texte numérisé non relu

Le testament de Jean Meslier

A L A L 1 H R A 1 IM i: l' r II \ S (; h il K BAlsoN H. C. MEIJER, Kalvarstraat, S 246.

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LXXIU.

(Suite.)

Haïs ce qui surpasse encore celle croîance el toule intelligence humaine est, que [>our qu un seul être particulier loul-puissant et întiniment sage et éclairé puisse produii*e ainsi tous les eflets de la nature^ et qu'il puisse iiiiprimer et ré|J:ler, comme je viens de dire, le mouvement de toutes les parties de la matière, dans quelques corps et dans quelque endroit de quelque corps que ce puisse être, il faut nécessairement eneuie que ce seul être prétendu tout-puissant^ infinimeot sage et éclairé, qui produiroit ainsi tous ces mouvemens et tous ces effèts<*là, pénétrât entièrement tous les corps, dont il remueroit ainsi toutes les plus petites parties, c'est-à-dire qu'il laudroit, par exemple, que celui, qui formeroit les corps des animaux, qui en ^•^reraueroit, qui en conduiroit et gouverneroit toutes les plus déliées el les plus subtiles parties, il faudioit, dis-je, qu*il pénétrât entièrement toute la substance * de leur corps, il faudroit, qu'il pénétrât toutes leurs <3r chans, tous leurs os. toute leur moelle, tous les ^libres de leur cliair, tous leurs muscles» toutes leurs ^ entrailles, leur coeur, leur cerveau, leurs veines, leur sang et généralement tout ce qui entre dans la composition de leurs corps: car comment pouroit-il Ibi-

mer, remuer, régler et conduire séparément toutes m. 1

ces parlies-Ià^ s'il ne les pénétroil pas toutes? Comment pouroil-il former et remuer dans les nerfs et dans les veines les esprits auiiuaux et mémo diriger, comme il faut, le cours de leur mouvement dans toutes les parties du corps, s'il ne travaîlloît immédiatement par iui-iiièine à leuj lunuaLiuii el s'il ne leur imprimait immédiatement par lui-même et à chacun d'eux le mouve* ment qui leur est propre et particulier^ pour produire tel ou tel cirél dans telle ou telle partie du corps? I) est constant que tout cela ne se pouroit faire, sans que celui qui en seroit l'auteur ou le premier moteur ne voïe^ ne discerne et lie touche immédiatement par lui-mêuie toutes les plus déliées et les plus subtiles parties de tous les corps qu'il formeroit. Et comment les verroit-il et les discerneroit-il, puisqu'il n'a ni yeux pour les voir, ni doigts, ni niiiins pour les manier, ni pour les toucher et les ranger, ni pour les lier, les joindre et les attacher, comme il faudroit les unes aux autres? Va quand même ce prétendu premier moteur et cet habile ouvrier auroiL la vue assez fine pour les discerner toutes et les mains el les doigts assez déliées pour faire et façonner si adroitement tant de si belles el si admirables choses grandes^ petites et moiennes, il faudroit nécessairement, comme j'ai dit, qu'il pénétrât entièrement toute la substance de tous les corps qu'il formeroit, et s'il la pénéti'oit entièrement, il faudroit donc qu'il fut luimême, non seulement tout entier dans tout le corps, mais aussi tout enlier dans cliaquo partie de tous les corps, c'est-à-dire tout entier dans le coeiu* de chaque animal^ tout entier dans la tête^ tout entier dans

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l^esloidae^ tout «Rtier dans les intestins^ toat eniitr dans lès yeux^ toet entier dans le fo!e^ tout entier dans les poiiiiuons^ tout entier dans les piés, tout entier dans les mains et enfin tout entier dans chacône des parties de ces parties-là; en sorte qa^il se** roit mémo (oui entier dans chaque atome de matière, c'esi-à-dire tout entier daos chacune des plus peliles parties de la matière^ et c'est en quelque façon comittie si en disoit, qu'il y anroît autant de Dieux que d'atômes de lualière, ou que chaque atùme de matière seroit Dieu ou contiendroit en soi toute la nature et toute la substance d'un Dieu. Et comme tous ces atomes, qui sont les plus petites parties de la matière, sont infinis en nombre^ c'est comme si on disoileoeore^ qu'il y auroit des nombres infinis de Dteui, tous lesquels Dieux néanmoins ne feroient et ne seroient tous ensemble qu'un seul et même Dieu, lequel, sans avoir aucune étendue^ ni aucune partie en lui-même, ne hisseroit pas que d'être infiniment étendu et souverainement tout-puissant partout. Qu'y a-t'-il de plus ridicule et de plus absurde que toutes ces imaginatioos-ià?

11 est visible que cela ne peut nullement être, ear

si un tel être lout-[>yissanl étoit, coumie ou le supose, tout entier dans tous les corps et tout entier dans chaque partie des corps, ce seroit, ou sans division de lui-même^ ou par division de lui-même: ni l'un ni i autre ne peut être. 1^. Ce ne pouroit être sans division de lui-même; car comment pouroit-il être tout entier dans tant de différens corps si distingués et si éloigues les uns des autres, sans division

de lui'-méme? Cela o'est pas coDce?able^ cela ne peut être. Ce ne pouroit être avec division de lui-même;

car il est assez évident que rien ne peut être divisé de soi-même et demeurer toujours dans sou entier; il faudroit néanmoins que cet Etre tout-puièsant^ qui pénétreroit ainsi tous les aiitres êtres, fût autant de fois divisu de lui-même^ qu'il y auroit de substances diOérenles^ ou même autant de fois qu'il y auroit d'atômes séparés les uns des autres dans toute l'étendue de la matière. Or que peut-on imaginer de plus vain, de plus ridicule et de plus absurde que cela; il faut vouloir fermer les yeux à toutes les lumières de la Kaisoit puin pouvoir se laisser persuader telles choses.

Mais comment est-ce encore qu'une pénétration si

guiiùrale et si intime et qu'une si souveraine force el puissance d'agir ne se feroient point sentir, ni apercevoir nulle part? Il faudroit assurément que la substance de cet être, qui pénétreroit ainsi tous les autres, fût bien flne, bien déliée et bien subtile^ puisqu'elle se glisseroit et s'insinueroit si imperceptiblement et si insensiblement partout, sans tenir aucune place nulle part, et sans vSe faire sentir, ni apercevoir en aucun endroit. Mais comment est ce encore que la force de sa puissance pouroit être si souveraine et si efficace, puisqu il n'y a personne qui la jiuisse sentir ou qui puisse sentir l'impression de sa force. 11 est visible, pour peu d'attention qu'on y fasse, que toutes ces choses-là ne sont que des imaginations creuses et des chimères^ qui surpassent non seulement toute intelligence, mais aussi toute possibilité; et il faut.

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comme j'ai dît, renoncer entièrement aux lumières de

la raisun, pour se vouloir persuader telles ciioses. Dailleurs si c'est un être tout-puissant^ infiniment sage et éclairé^ qui forme et qui dirige dans nousmêmes et dans tous les autres êtres lous les ujouvcuieus internes et citernes qui se font dans les corps èt dans toute la nature^ comment peut*il y avoir dans nous et dans tous les autres êtres aucuns mouvemens qui soient tant soit peu déréglés et irréguliers P Certainement il ne pouroit y avoir aucun dérèglement^ ni aucune irrégularité dans les mouvemens qui se forment dans nous, ni dans les niouveuieus (jui se forment dans toute la nature, puisque ce seroit un être tout-puissant, infiniment sage et éclairé qui les foriiieioit et qui les dingeroit lous. Or il est constant et évident qu il se fait tous les jours dans nous et dans toute la nature mille et mille sortes de mouvemens déréglés et irréguliers, qui causent une intinité de maux partout; donc on ne peut dire quils soient formés^ ni qu'ils soient dirigés par un être tout-puissant^ infiniment sage et éclairé.

Si d'un autre coté on dit, qu'un seul pi omier moteur ne suCBroit véritablement pas pour remuer ou imprimer le mouvement à toute Tétenduê de la matière, qui est infinie et sans bornes, et par conséquent fprun seul premier moteur ne suiliroit pas» ou seroit tropembarassé pour pouvoir règlement mouvoir tous les corps qui sont composés de matière; mais qu'il y auroit plusieurs pienners moteurs qui leur donneroient leur mouvement et que ce seroit même de-là principalement que viendroient toutes les contrariétés^ toutes

les oposiiions 6t toutes les antipathies naturelles ou casuelles qui se volent entre plusieurs espèces de

choses tant animées qu^inanimées^ les premiers moteurs de telles choses^ se trouvant pour lors d'humeur ou de nature incompatibles ensemble^ les uns ne pouvant s'accorder à mouvoir chacun leur portion de matière dans le uiéoie sens que les autres leur portion de matière^ mais la mouvant dans un sens contraire et oposé au mouvement des autres. J'avouerai bien, suivant celte dernière suposition, que Ton pouroil rendre par-là une raison assez plausible de la contrariété, de roposition et de ranli[>athie qui se trouvent entre plusieurs corps naUirols, mais je nierai néanmoiiib toujours qu'une telle suposition puisse subsister, I". parce qu'il est inutile de recourir à la pluralité et à la contrariété des premiers moteurs, pour expliquer cette oposition et cette autipathie, (pu se trouvent naturellement entre plusieurs corps, parceque la pluralité de ces prétendus premiers moteurs ne répugne pas moins que Tunité d'nn seul.

. Car 1"^. Pour ce qui scroil de leur nombre, à quel nombre les fixeroit-on? Combien en admettroit-on?

Deux? (Jualrc? Un ceiil? Deux cent? Plusieurs milliers, ou plusieurs millions? Où se lixera-t-on si un seul ne suffit pas pour faire tout ce qui se fait dans la nature? Il n'est pas possible aussi de se rimaginer. Ni 2, ni 5, ni 4, ni même une centaine, ni un millier, ni un million de tels prétendus êtres ne suffiront pas non plus, puisqu'il ne faudroit pas qu'une puissance et (ju une connoissance inlinie pour faire sciemment et volontairement, avec connoissance

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de cause^ lout ce qui se fait dans la nature^ et que plusieurs milliers et millious de connoissauces bornées

et liiuilees ne pouiuieut faire cnsernhlr une [niiss.uiecî et une connoissance infinie. En admeiua-i -on autant qu'il y a de corps naturelsouautant qu'il y a d'atèmes liaus toute rélendue de la matière? Il faiidroit <lonc ea admettre une infinitéi puisqu'il n'y a pas moins qu'une infinité de. corps et une infinité d'atèmes dans toute la nature? Or ne j^eroît-iJ pas ridicule et absurde d'aduRviire aussi une inlimté de plusieurs moteurs.

'io. Pour ce qui seroit de la nature de tous ces prétendus prémiers oaoteurs, elle seroit telle, qu'ils auroient tous dVux-nièmes la fprce de se mouvoir, ou qu'ils ne Tauroieut pas tous. Si un prétend qu'ils aient tous d'eux-mêmes la force de se mouvoir, pourquoi la matière elle-même et tous les atomes de la matière ne pouroient-ils par Tavoir aussi d eux-mêmes? Il n'y a certainement pas plus d'inconvéniens à suposer qoe les atômes aîent d'eux-mêmes la force de se moiivoif, qu'à vouloir l'attribuer sans nécessité à des êtres iuiaginaires^ tels que sont ces premiers mo-* teurs; il est au contraire bien plus convenable de ialLiibuer à la matière même; car enlin il est sur qu il y a de la matière et que cette matière se peut diviser en une infinité de parties, que Ton peut, si Ton veut, apeller des atômes; et il est sûr encore que les parties de la matière se meuvent, mais quelle assurance a-t'-on de leur nature et de leur existence? Quelle connoissance a-t'-on de leur force, de leur puissance, de leur industrie et de leur intelligence? Poiui du tout, puisque 1 on ne peut pas se lot*mer

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aucune véritable idée de leur étre^ ni de leur manière d*étre.

De plus je demanderoîs volontiers, si tous ces pré-

tciulus prémiers moteurs sont disseialilables ou do dill'érente nature^ s'ils sont de force ou de puissance égale ou s'ils sont plus forts ou plus puissans les uns que les autres, is'ils se connoisseiit les uns lesautr«s ou s ils ne se connoissent pas, s ils ont du plaisir et du contentement à remuer ainsi de côté et d'autre chacun leur portion de matière, s'ils sont amis ou s'iU $onl ennemis les uns des autres et plusimrs autres questions que Ton pouroit légitimement fairi sur leur sujet; auxquelles questions il seroit ridicule de vouloir seuleitieat entreprendre de répondre qaelque chose de positif^ parceque ce seroit s'engager manifestement à dire sans fondement mille choses, dont on n aiiroit nulle connoissance et qui, pour cette raison, quand il n'y en auroil point d'autres^ «nériteroient d'être rejettées et ne seroient nullement croiables. Il est donc bien plus convenable et plus sur d'at-* . tribucr à la matière même la force qu e.ie a de se mouvoir^ que de s'embarasser vainement et sans nécessité dans tant de difficultés insurmontables, pour chercher hors d'elle-même un principe faux de son mouvement. Ainsi je ne m'amuserai pas davantage à réfuter cette opinion de la pluralité de ces prétendus premiers moteurs, qui se détruit assez d'elle-même: c'est pourquoi, comme nos Déicoles ne s'arrêtent plus maintenant à cette opinion de la pluralité des Dieux et qu'ils ne reconnoissent ordinairement tous qu'un seul premier moteur, au(juel ils attribuenl une Irës-

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parfaite connoissance de toutes choses, avec une souveraine toute-puissance^ pour faire tout ce qu'il lui

plaiL et par conséquent pour mouvoir la matière et pour faire d'elle tout co qu'il veut, il faut, quoique ropÎDÎon et la supositton de cette prétendue puissance et couiinissarK r infinie ail dt'jà été siillisamment réfutée et démonti'ée fausse, il faut ajouter encore ici une autre raison qui en fera d'autant plus voir la fausseté !

C'est que de l'aveu même de nos Déicoles ce seul prétendu prémier moteur, qu'ils apellent Dieu, et au- . * quel ils attribuent une puissance et une connoissance

infinie^ est* un être qui, suivant leur Doctrine, est non seulement sans corps et sans forme et sans étendue aucune y mais est encore entièrement immobile, iiiiiimabin dans sa nature, imniuililc en lui-même, immuable en ses pensées, immuable dans sa connoissance, immuable dans ses desseins et immuable dans ses volontés; en sorte qu'il ne peut nullement être sujet à aucun cbangement et à aucune vicissitude de tems. Cela suposé, il est clair et évident qu'un tel être, quand il serait véritablement; ne pouroit nullement remuer la matière. Je le prouve ainsi: Un être, qui est entièrement immuable en lui-même, qui est même de sa nature tout-a-fait immuable, ne peut rien mouvoir hors de soi; cnr comiuciil pouroit-il remuer quelque chose, lorsqu'il no pouroit se remuer lui-même, il n'est nullement possible de concevoir, qu'un être qui demeure immuable et qui est même de sa nature immuable^ puisse jamais mouvoir aucune chose:. il n'y a point de liaifon entre Tidée d'un être

— iO —

immuable et le mouTeaneot d aucun autre être qui se nnèvHf et il ne peul jr en avoir Or, suivant ia doclrine de nos Déicoles, leur [)ieteii(lii piémier nioLeur, qu'ils apellent Dieu^ est immuable en iui-mème et iuimuable de sa nature; donc il ne peut rien mouvoir et par conséquent il ne peut remuer la matière^ ni être le premier auteur de son mouvement, et ainsi il faut nécessairement reconnoitre que ia matière a d'elle* même son mouvement et qu'il est entièrement inutile de recourir à Texistence d'un Dieu lout-puissant, qui ne l'est pas pour la faire remuer; et non seulement il est inutile à nos Déicoles de vouloir attribuer le principe du mouvement de la matière à la prétendue toutepuissance d un Dieu, puisque, quaud il seroit, il ne pouroit lui<Hiiéoie se moufoîr, puisqu'il est immuable de sa nature; mais pour cette même raison il est encore toui-à-fait inutile à eux de le prier et de i'adorer, et il est inutile à eux de lui offrir des sacrifices, comme ils font, afin d'obtenir de lui par ce moien quelque grâce ou quelque faveur que ce puisse être, dont ils auroieut besoin. Car puisqu'il est imffluable de sa nature, •comme ils le prétendent, et que toutes ses pensées, que tous ses désirs, (jue tuules • ses volontés sont prises de toute éternité, il est sûr qu'il ne changera pas de pensée et de volonté à leur égard pour toutes les prières qu'ils sauroient lui faire, ni pour toutes les adora tiuas qu'ils pouroienl lui reudi'e, non plus que pour tous les sacrilices qu'ils pouroient Itti offrir; rien ne pouroit le Oécbir, ni le faire pancher plutôt d'un coté que de l'autre; et ainsi, soit que Ton prie ou que l'on ne prie pas un tel être, soit qu'on

Fadore ou quVm ne Tadore pas^ mi qii*on lui oflni

• des sacritices^ ou qu'on ne lui en offre pas, il ne fferoit jamais, ni en bien ni en mal, que ce que de toute éternité il auroit résolu de foire; c'est ce qui est marqué même dans leurs prétendus Pro[jlièles, lorsque, faisant parler leur Dieu, ils lui tout dii'e absolument que son conseil et que son dessein demeure ferme cl que tout ce qu'il aura résolu de fi^ire, se fera *; Conailinm ineum slabit et amnis voluntas mea fiei et ainsi c'est en ?ain et inutilement que nos super^itieui Déicoles prient Dieu. C'est en ^ain quHls l'adoieul et qu ils lui olîrent des sacrifices, pour lâcher d'obtenir de lui, par ce moîeu, quelque grâce, dont ils aoroiehl besoin, qu'ils pensent qu'il ne leur accorderait [)OinL sans cela. Si on savoâl, j>ar exemple, qu un lioi puissant eut pris une certaine résolution et qu il ne dAt jamais changer de sentiment, ni de volonté pour quoique ce soit, ne seroit-il pas inutile dans ce caslà de prier une telle personne, un tel Roi de faire autrement ou de foire autre chose que ce qu'il auroit résolu de faire? Certaioement ifseroit inutile et ce seroil une es[)èce de folie de vouloir entreprendre de lui faire changer de volonté. Puis donc que nos Déicoles savent bien que leur Dieu est immuable et qu'ils * savent que toutes ses volontés sont fjrises de toute Eternité et qu'ils savent encore qu'il ne chaogera janais de volonté, pourquoi que ce puisse être, puisqu'il est de nature immuable, il est clair et évident qu'il leur est inutile et que c'est même une espèce

* Isaie 46: 10.

de folie à eux de Tespérer et de prétendre poavoir

crao^ner quelque cliose sur lui par leurs prières, IrMirs adorations et leurs sacriiices, puisquUl est sur que cela ne le fera point changer de volonté, et que tout cela ne leur servira de rien, pour VeKi qu^ils en prétendent.

Hais, dira-t'~on, c'est Dieu lui-même qui veut être prié et qui commande aux hommes de le prier, de

l'adorer et de lui offrir des sacrifices, afin de leur accorder ensuite, par le mérite de leurs prières et de leurs sacrifices^ les grtces qu'ils demandent^ et quHl a résolu de toute éternité de leur accorder. Mais je dirai aussi, qu'ils parlent aveuglement des ciiuses qu'ils ne savent pas, et dont ils ne sauroient donner aucune véritable preuve. S*ils disent que Dieu leur a révélé ses pensées et ses volontés là-dessus, je dis aussi qu'il n*y a pouU de mensonge, ni d'erreur en matière de religion que les superstitieux Déicoles ne prétendent fonder sur la parole et sur l'autorité de leur Dieu: ainsi ils ne méritent pas delre crus sur leur parole ou d'être écoutés dans ce qu'ils en disent^ sans preuve convaincante^ puisqu'il n*y a point dHmposteur qui n'en puisse dir*' Mutant. 2**. Si Dieu ivoit lait, comme disent nos Déicoles, de tels comniandemens aux hommes^ de le prier^ de l'adorer et de lui offrir des sacrifices, il auroit sans doute, ou au moins il devroit avoir plus d'égard à ceux qui observent tidélement ses commandemens, qu'à ceux qui ne les observent point, et il seroit sans doute, ou au moins il devroit être plus tavuiiiblc à ceux qui le prieroient, qui Tadoreroient et qui lui ollriroient dévotement des

sacrificeg, qu'à ceux qui ne le prieroient points qui De radoreroient point et qui ne lui oflTriroient point

de sacrifices. Or uuils voïons manifestement tous les jours qu il n'a pas plus d'égard, ni de considération pour les uns que pour les autres, et que les biens et les maux vionnent et arrivent indifîéremmenl aux uns comme aux autres. Il n'y a donc nulle apaience que Dieu ait fait de tels commandemens aux hommes. 5<*. Nous voïons encore manifestement tous les jours qu une infinité de ceux et celles qui prient et qui ofiBrent des sacrifices et qui servent devôtement leur Dieu, et qui l'invoquent et le réclament de tout leur coeur et de toutes leurs forces dans leurs pressans besoins, n'obtiennent cependant pas reiîét de leur demande^ ni de leurs prières, mais périssent souvent misérablement dans leurs besoins ou languisseuL dans leur misère jusqu'à la fin de leurs jours. Pourquoi leurs prières ne sont<^lles pas exaucées? Pourquoi n'obtiennent-ils pas reffèt de leurs demandes? C'est, suivant nos Deicoies, parcequ'il ne plaisoit pas à Dieu de les exaucer, ni de leur accorder l'effèt de leurs demandes, ce n'étoit pas sa volonté et ce ne l'avoit jamais été. Si donc Dieu leur commandoit, dans ces occasions*là, d'avoir recours à lui par la prière et de lai demander les grâces et Fassistance dont ils auroient besoin^ il leur commanderoit de lui demander par des iwiéres et par des sacrifices des grâces et des faveurs qu'il n'auroit pas la volonté, ni le dessein de leur ac-^ corder et qu'il auroit même résolu de ne jamais leur accorder, ce qui n'est nullement croïable d'un Dieu qui seroit infiniment bon et infiniment sage.

Si m seigneui, fiîir exemple, ou un Uoi se mettoit fantaisie^ par ^ueiqu esprit bizare, de commander à 868 serviteurs ou à ses sujets^ de lui venir bire tous les jours des humbles [iniiics, poui lui demander quelques certaines grâces et faveurs particulières^ qu'il auroil résolu de ne jamais leur accorder, nedirott-on pus que ce serait une folie dans un seigneur ou un Roi de iaire un tel commijadeuient? Oui certainement^ on le diroit et on auroit raison de ie dire; il en seroit de niéme de Dieu^ si, comme disent nos Déicoles, il cujiiinandoit aux liouimes de Tadoier, de le servir et de lui demander par des humbles prières et par des saeritices, des gràcea qu'il ne voudroit pas leur accorder, et qu'il auroit même résolu de ne jamais leur accorder; et on peut dire même que c'est une folie à nos Déicoles d'attribuer une tel lé folie à un Dieu, e'est-é-dire à un être qui seroit infiniment parfait, iniiniinent bon et inliniment sage. Ainsi de quelque manière qu'ils s'y prennent, ils se confondent euxniâmes dans leurs erreurs et dans la vanité de leurs pensées.

Mais revenons à cette prétendue immutabilité qu'ils attribuent à leur Dieu, il est, suivant leur dire, tellement immuable en sa nature et en ses opôiaLions que, quoiqa iLdiui attribuent toutes les différentes affections et passions qui se trouvent dans tes hommes, qu'ils lui attribuent par exemple Tamour et la haine, b douceur et la colère, la fureur et la vengeance, la tristesse et la joîe, le plaisir et la douleur, le désir et le contentement, la jalousie et le déplaisir, le regrèt et la repentance et telles autres semblables

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affeciioDs^ n'est-ce néonnmiiis qu'ils veulent (|ue tour* tes ces afiCBctions-U soient dans leur Dieu sans aucune

passion, sans aucune altération el sans aucun i liaiigement en lui. Voici couiiàie leur grand Mirmadoiin S. Augustin parle sur ce suiét^ en s'adressent lui* même à son Dieu: »Mon Seigneur^ lui dît-il^ vous m'avez déjà dit d une voix forte à Toreilie niisleneuse de mon coeur, que vous êtes éternel, parce que jamais vous ne changez^ ni par Timpression d'une nouvelle forme, ni pai la vicissitude d'aucun mouvemcjit; votre volonté pareillement n'est pas sujéte à Tinconstance du teœs, d'autant qu'une volonté qui varie dans ses résolutions, de quelque façon que ce soit, ne peut être immortelle dans sa durée. Je vois, dit-il *, clairement cette vérité en votre présence; les mêmes lumières, que vous m'aves communiqué, continue^t'^ il, me montrent que la désolii;iss;iiK o d'aucune de vos créatures ne nuit à votre personne, ni no trouble^ l'ordre de votre empire, soit dans le ciel, soit sur la terre." Voici encore ce qu^il dit dans un autre endroit, couQOie en parlant encore à sun Dieu: Vous êtes jaloux, lui dit-il, quoique vous soiez toujours en sûreté; vous vous repentes, mais sans aucun sentiment de douleur, vous vous mettez en colère, mais vous êtes toujours tranquille. Zeias el securus es, poenitet tê sed non doles, irasceris et tranquMus es. Il faut en effet qu'il soit bien tranquille et bien paisible, puisque parmi tant de disputes et de débats, qu il y a parmi les hommes i son sujet, et qu'il y en a tant qui le

* Àugiwt. Coufess. 12. Chap. IL

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