LA MAISON DE I.V RUS DE VAUGIBAED
En allant de la ruo du Cherche-Midi à la rue Notre-Dame-des-Champs, on trouve à gauche, en face d'une fontaine faisant l'angle de la rue du Regard et de la rue de VaugiTard, une petite maison cotée aux registres municipaux de la ville sous le numéro 84.
Et maintenant, avant d'aller plus loin, un aveu que
j'hésitais à faire. Cette maison, où ramitié la plus franche m'a reçu presqu'à mon débotté de province , cette maison qui, pendant trois ans, me fut fraternelle ; cette maison à laquelle j'eusse, dans tous les malheurs ou toutes les félicités de ma vie, été heurter alors les yeux fermés, certain que j'étais de la voir s'ouvrir à mes larmes ou à ma joie ; cette maison, pour bien indiquer sa situation topographique à mes lecteurs, je viens d'êlre obligé de la relever moi-môme sur un plan de la ville de Paris.
Qui m'eût dit cela, mon Dieu I il y a vingt ans?
C'est 4ué, depuis vitigt ms aus^, taùl d'éVênfemens, comme une marée toujours montante, ont dérobé aux hommes de notre génération les souvenirs de leur jeunesse, que ce n'est plus avec la mémoire qu'il faut se souvenir, — la mémoire a son tsr ép usc ul e dans lequel se perdent les souvenirs éloignés, — mais avec le cœur.
Aussi, quand je laisse de côté ma mémoire pour me réfugier dans mon cœur, j'y retrouve, comme en un tabernacle sacré, tous les souveniri intimes qui se sont échappés un à un de ma vie, comme goutte à goutte filtre l'eau par les fissures d'un vase; dans le cœur, pas de crépuscule se faisant de p^à en pfuâ sem^e, àièri* Uftè «i^bè ^e faisant de plus en plus éclatante. La mémoire tend à l'obscurité, c'est à dire au néant ; le cœur tend à la lumière, c'est à dire à Dieu.
Enfin, elle e^ % cette petite maison, enfermée pk trti mur gris, derrière lequel elle se cache à moitié, en venté à ce ^'yjn rtie dit, près d'échapper aux màiîis hospitalières qui m'en ont ouvert les portes, hélas I
Laissez-mo^ vous dire comment j'y suis entré; cela nous
mène, par un détour je le sais bien, à l'histoire que je vous raconte; mais n'importe; suivez-moi, nous causerons pendant la route, et je tâcherai que la route vous paraisse moins longue qu'elle n'est en réalité.
C'est vers la fin de 1826, je crois. Vous le voyez, je ne vous accusais que vingt ans, et voilà qu'il y en « vingtdeuî. Je venais d'en avoir vingt-trois, moi.
A propos du pauvre James Rousseau, je vous ai dit mes rêves littéraires. Déjà, en 182^, ite étaient devenus plus ambitieux. Ce n'était plus la Chasse et l'amour que je faisais en collaboration avec Adolphe de Leuven ; ce n'était plus la Noce et V enterrement que je composais avec Vulplan et Lasaagne^ c'était Christine que je révais seuk Beau rêve I rêve tout rea^^eBdissant qni^ 4ans mes espérances juvéniles, devait m'ouvrir ce jardin d'Hespérus, jardin aux fruits d'or dont la Critique est le dragon.
En attendant, pauvre Hercule que j'étais, la Nécessité m'avait mis un monde sur les épaules. Méchante déesse que cette Nécessité, qui n'avait pas môme, comme pour Atlas, le prétexte de se reposer une heure en m'écrasant.
Non, la Nécessité m'écrasait, moi et tant d'autres, comme j'écrase une fourmilière. Pourquoi? Qui lésait? Parce que je me trouvais sous son pied, et que, les yeux bandés, froide déesse aux coins de fer, elle ne me voyait pas.
Ce monde qu'elle m'avait mis sur les épaules, c'était mon bureau.
Je gagnais 125 francs par mois, et voilà, pour 125 francs par mois, ce que j'étais obligé de faire :
Je venais à mon bureau vers dix heures; je le quittais.
à cinq ; mais l'été j'y re^&enais le soir à sept heures et le quittais à dix.
Pourquoi cet excédant de besogne dans Tété, à cette heure, c'est à dire au moment où il eût été si bon de respirer l'air pur de la campagne ou l'atmosphère enivrante des théâtres?
Je vais vous le dire : Il y avait le portefeuille du duc d'Orléans à faire.
Cet aide de camp de Dumouriez à Jemmapes et à Valmy, ce proscrit de 1792, ce professeur du collège de Reichenau, ce voyageur du cap Hom, ce citoyen de l'Amérique, ce prince ami des Foy, des Manuel, des Laffltte et des I^fayette, ce roi de 1890, ce proscrit de 1848, s'appelait encore à .cette époque « le duc d'Orléans. »
C'était répoque heureuse de sa vie; comme j'avais mon rêve, il avait le sien. Mon rêve à moi, c'était un succès; son rêve à lui, c'était le trône.
Mon Dieu I faites miséricorde au roi t Mon Dieu I faites paix au vieillard I Mon Dieu I donnez à l'époux et au père tout ce qu'il peut rester pour lui de bonheur paternel et conjugal dans les trésors infinis de votre bonté!
Hélas I à Dreux, j'ai vu pleurer bien amèrement ce père couronné, sur la tombe de ce fils qui devait porter une couronne.
N'est-ce pas. Sire, que votre couronne perdue ne vous a pas coûté tant de larmes que votre enfant mort?
Revenons au duc d'Orléans et à son portefeuille.
Ce portefeuille, c'était le courrier de la journée et les journaux du soir qu'il fallait envoyer à Neuilly.
LE TESTAMENT DE M. DE CHAliVELIN. 5
Puis, le portefeuille envoyé par un coureur à cheval, il fallait attendre la réponse.
C'était le dernier venu au bureau qui élait chargé de cette besogne, et comme j'étais le dernier venu, elle m'était échue en partage.
Mon camarade Ernest Banet était chargé du portefeuille^ du matin.
Nous faisions tour à tour le portefeuille du dimanche.
Donc, un soir qu'entre le portefeuille expédié et le portefeuille qui allait revenir je griffonnais quelques vers de Christine, la porte de mon bureau s'ouvrit; une tête fine, coiffée de cheveux blonds et bouclés, passa par Tentrebâillement, et une voix à l'accent légèrement railleur fit entendre, sur des notes un peu criardes, ces trois monosyllabes:
— Es-tu là?
— Oui, répondis-je vivement ; entre I
J'avais reconnu Cordelier Delanoue, fils, comme moi, d'un vieux général de la République, poète comme moi. Pourquoi, dans la carrière que nous avons parcourue ensemble, a-t-il moins bien réussi que moi ? Je n'en sais rien. Il a certes autant d'esprit que moi, et il fait incontestablement mieux le vers que moi.
Caprice du hasard, tout est heur et malheur en ce monde ; au moment de notre mort seulement, nous saurons qui de nous deux, lui ou moi, a eu l'heur ou le malheur.
C'était une bonne fortune que la visite de Cordelier Delanoue. Comme tous les gens que j'ai aimés, je l'aimais alori» je Vaimo encore aujourd'hui ; seulement, je Taimo
ô LE TESTAMENT DE M. DE CSADVEilK,
davantage, et je suis sûr qu'il en est de même de soij cWé.
II venait me demander si je voulais aller à rAtbjénéçt entendra je ne sais quelle diss^rta^tioQ! swf je ne sai* quoi.
Le di^rtateur était Ku^ieuT: de Villenavç^
Je ne connaissais monsieur de Villenave que^de iiom ; jç^ sav«|i^ q^'il avftit fe^k une t^a^GMoi^ d'Ovide. es.Uwbé^ qui'il avait autrefois été secrétaire de monsieur de Malesherbe» et professeur des enfaus de monsieur leioarquis de Çh^vel^n.
À cette époque, 1^ spectacle et la distraction étaient çikfmsk rares pour moi. To\i^^^ ^^ portes de théâtre et de salQ& qui se sont ouvertes depuis devant V^U^ur de Henri fU et de Christine étaient ferofié^ devant le cornons à quinze cents livres, chargé du portefeuille ^Hsç^r de naonsieur le^ duc d'Orléans. J'acceptai, en priant touteiois Delauo^ d'attendre avec moi le retour du courrier.
En attendant, il |ne lut une ûd^ quUt venait de faire. C'était u^e préparatioa à 1^ séance de l'Athénée.
Le courrier revint ; je fus libre, et iious nous achesû-* nâmes vers 1^ rqe de Valois.
Vo^s dire à qvi^l e^idroit de la rue de Valois l'Athéi^éa tenait ses ^éancesi ine ser^iit chose impossible ; cette fo^ fut, je crois, la seule où j'y allai. Je n'ai jamais beaucoup ainaé ces réunions, où y^e seuje persone parle, 0t où tout le monde écoute. Il faut qu^ la çhpse dont on parle soit bien intéressante ou bien ignorée; il faut que celui qui parle de cette chose soit bien éloquent ou bien pittoresque, pou|* qup je trouve un attrait à ce cliscovirs sans controverse, où la contradiction est une inconvenaûce, la critique une im* politesse*
Je n'ai jamais pu écouter jusqu'au bout un orateur qui parle ou un prédicateur qui proche. Il y a toujouis un an* gle de son discours auquel je m*«xroche, et qui me fait faire une balte dans ma propre pensée, tandis ^ue lui continue son chemin. Une fois arrêté, j'envisage la chose tout naturellement sous mon point de Yue,à moi; de sorte que je fais mon discours ou mon sermon tout bas, tandis que lui le fait tout haut Arrivés tous deux au but, nous sommes souvent à cent lieues d'écartement l'un de Tautre, quoique nous soyons partis du même point.
Il en est de même des pièces de théâtre : à moins que je n'assiste à une première représentation d'une pièce faite pour Amal, pour Grasset ou pour Ravel, c'est à dire d'un ouvrage qui sorte complètement de mes habitudes et à la confection duquel je reconnaisse naïvement mon impuissance, je suis le plus mauvais spectateur de première représentation qu'il y ait au monde Si la pièce est dUmagi* nation, à peine les perspnnages etfosé^^ Uf ne sont plus ceux de l'auteur, mais les miens. Dans le premier entr'aote, je les prends, je me les approprie. Au lieu de l'inconnu qui me reste à connaître dans les quatre actes, je les introduis dans quatre actes de ma composilion; je tire parti de leurs caractères, j'utilise leur originalité; si l'éntr'acte dure seulement dix minutes, c'est plus qu'il ne m'en faut pour leur bâtir le château de cartes où je les raamène, et il en est de mon château de cartes dramatique comme du discours ou du sermon dont je parlais tout à l'heure. Mon château de cartes, à moi, n'est presque jamais celui de l'auteur ; de sorte que, comme de mon rêve j'ai fait une t^lit^» o'est la réalité qui me semble un rêve, rêve que je
suis tout prêt à combattre, en disant : a Mais ce n'est pas cela, monsieur Arthur;— mais ce n'est pas cela, mademoiselle Honorine. — Vous allez trop vite ou trop lentement ; — vous tournez à droite au lieu de tourner à gauche ; — vous dites oui quand vous devriez dire non. — Oh 1 oh l oh t mais c'est insupportable. »
Pour les pièces historiques, c'est bien pis. J'apporte naturellement ma pièce toute faite sur le titre; et comme elle est naturellement faite dans mes défauts, c'est à dire avec abondance de détails, rigidité absolue de caractères,double» triple, quadruple intrigue, il est bien rare que ma pièce ressemble le moins du monde à celle que l'on représente* Ce qui me fait tout bonnement un supplice de ce qui pour les autres est un amusement.
Voilà mes confrères prévenus: s'ils m'invitent à leurs premières représentations» maintenant, ils savent à quelle condition.
Je fis ce soi««là, poo» monseur de Villenave, ce que je fais pour tout le monde ; cependant, comme j'arrivai aux trois quarts de son diseours, je commençai par le regarder au lieu de l'écouter.
C'était alors un grand vieillard de soixante-quatre à soixante-cinq ans, aux beaux cheveux de pur argent, au teint pâle, aux yeux noirs et vif»; il avait dans sa mise cette espèce de recherche distraite des hommes de travail qui s'ha* billent une ou deux fois la semaine, voilà tout, et qui pendant le reste du temps demeurent avec un vieux pantalon à pied, une vieille robe de chambre et de vieilles savates, dans la poussière de leur cabinet. Cette toilette des grands Jour» avec la «bon^ plissée à peiHn pUSf avee to jabotf
avec la cravate blanche pliée au fer, c'est la femme ou la fille, la ménagère de la maison enfin, qui est chargée de Tapprêter. De là l'espèce de protestation que prononce cette toilette bien battue, bien brossée, contre la toilette de tous les jours, de toutes les heures, qui a horreur, elle, de la baguette de jonc et de la brosse de chiendent.
Monsieur de Villenave avait un habit bleu à boutons dorés, un pantalon noir, un gilet blanc, une cravate blan* che.
Singulière mécanique que la pensée, rouage intellectuel qui marche ou s'arrête malgré nous, parce que c'est la main de Dieu qui la remonte, pendule qui sonne, à son caprice, les heures du passé et parfois celles de l'avenir.
Sur quoi ma pensée s'était-elle arrêtée en voyant monsieur de Villenave t était-ce, comme je le disais tout à l'heure, à un angle de son discours? non c'était à un angle de sa vie.
J'avais lu autrefois, où ? je n'en sais rien, une brochure de monsieur de Villenave, publiée en 1794, intitulée : Re^ laHon de voyage de 132 Nantais.
G*était à cet épisode de la vie de monsieur de Villenave que mon esprit s'était accroché en voyant pour la première fois monsieur de Villenave.
En effet, monsieur de Villenave avait habité Nantes en 1793, c'est-à-dire en même temps que Jean-Baptiste Carrier, de sanglante mémoire.
Là, il avait vu le proconsul, trouvant les jugemens trop longs et la guillotine trop lente, supprimer les procès inutiles d'ailleurs, puisqu'ils ne sauvaient jamais lecoupable, •t substituer à la guillotine les bateaux à soupape ; peut-
être était-il sur le quai de la Loire lorsque, le 15 novem*» bîe 1793, Carrier, comme premier essai de ses haignades républicaines et de ses déportations verticales (c'étaient les noms qu'il donnait au nouveau genre de supplice inventé par lui), fît embarquer quatre-vingt-quatorze prôtr©«^5ous prétexte de les transporter à Belle-Isle ; peui-ôtr^ était*«il sur ies bords du fleuve, lorsque le fleuve épouvanté rejeta sur ses bords les quatre-vingt-quatorze cadavres des honfH mes de Dieu ; peut-être alors se révolta-t-il à ce spectacle qui, au bout de quelque temps, avait corrompu, en se renouvelant chaque nuit, l'eau du fleuve, à ce point qu'on défendit de la boire ; peut-être, plus imprudent encore, aida-t-il à donner la sépulture h quelqu'une de ces pr»» mières victimes qui devaient être suivies de tant (Je victimes ; mais il était arrivé ceci, qu'un matin monsieur de Villenave avait été arrêté, jeté en prison et destiné, lui aussi, comme ses compagnons, à aller porter sa part do corruption au fleuve, lorsque Carrier s'était ravisé. Il avait fait choix de cent trente-deux prisonniers, tous condamnés, et les avait expédiés sur Paris, comme un hommag© des échafauds de la province à la guillotine de la capitale ; puis, une fois partis. Carrier s'était ravisé encore : l'hommage sans doute ne lui avait point paru suffisant, et il avait envoyé l'ordre au capitaine Boussard, commandant de l'escorte, de fusiller ses cent trente^ieux prisonniers en arrivant n Ancenis.
Boussard était un brave homme, qui n'en fit rien, et continua sa route vers Paris.
Ce qu'apprenant Carrier, il envoya Tordre au conventionnel Hentz,qui était proconsulà Angers, d'arrêter Bou»-
sard en passant, et de jeter à Teau les cent trente-deux Nantais.
Hentz fit arrêter Boussard ; mais quand il s'agit de noyer les cent trente-deux prisonniers, Tairai» de son cœur révolutionnaire, qui n'était point triple à ce qu'il paraît, se fondit, et il ordonna aux victimes de continuer leur roule vers Paris.
Ce qui fit dire à Carrier, en secouant la tête de mépris : « Petit noyeur que ce Hentz, petit noyeur I 9
Les prisonniers continuèrent donc leur route. Sur cent trente-deui^, trente-six périrent avant d'arriver à Paris, et les quatre-vingt-seize qui arrivèrent, arrivèrent, heureusement pour eux, tout juste à temps pour déposer comme témoins dans le procès de Carrier, aiu lieu de répondre comme accusés dans leur propre procès.
C'est que le 9 thermidor était venu, c'est que le jour des représailles s'était levé, c'est que le tour d'être jugés arrivait pour les juges, et que la Convention, après un mois d'hésitation, venait de omettre en accusation le grand noyeur.
Il en résultait qu'au souvenir de cette brochure que monsieur de Villenave avait publiée il y avait trente-quatre ans dans sa prison, j'avais remonté la chaîne du passé, et que ce que je voyais, ce que j'entendais, ce n'était plus un discours littéraire, prononcé par un professeur de l'Àtliénée, mais une accusation terrible, véhémente» mortelle, du faible contre le fort, de l'accusé contre la juge, de la victime œntre le bourreau.
Et telle est la puissance de l'imagination, que salle, spectateurs, tribune, tout s'était transformé ; que la salle
de l'Athénée était devenue la salle de la Convention ; que les auditeurs pacifiques étaient changés en vengeurs irrités, et que l'éloquent professeur, aux mielleuses périodes, tonnait une accusation publique, demandant la mort, et se plaignant que Carrier n'eût qu'une seule existence, insuffisante à payer les quinze mille existences qu*il avait tranchées.
Et je voyais Carrier, avec son regard sombre, foudroyant l'accusation de son regard, et je l'entendais, criant de sa voix stridente à ses anciens collègues ;
« Pourquoi me blâmer aujourd'hui de ce que vous me commandiez hier? Mais, en m'acrusant, la Convention s'aocuse. Ma condamnation, c'est votre condamnation à tous; songez-y 1 tous vous serez enveloppés dans la proscription qui m'enveloppera. Si je suis coupable, tout est coupable ici ; oui, tout, tout, tout, jusqu'à la sonnette du président. »
Et, malgré cela, on allait aux voix; malgré cela, il était condamné. La môme terreur qui avait poussé dans l'action poussait dans la réaction, et la guillotine, après avoir bu le sang des condamnés, buvait, impassible, le sang des juges et des bourreaux l
J'avais laissé tomber ma tète dans mes mains, comme s'il m'eàt répugné, tout effroyablement homicide qu'était cet homme, de lui voir donner la mort qu'il avait si libéralement répandue sur l'humanité.
Delanoue me frappa sur l'épaule.
— C'est fini, dit-il.
— Ah ! répondis-jo, il est donc exécuté?
— Qui Gel*'*'>
LE TESTA^MLNT DE M. DE CHAUVELIN. iS
— Cet abominable Carrier.
— Oui, oui, oui, dit Delanoue, et voilà tantôt trentequatre ans que ce petit malheur lui est arrivé.
— Ahl lui dis-je, que tu as bie» fait de- me réveiller; j'avais le cauchemar.
— Tu dormais donc?
«— Je rêvais, du moins.
— Diabliftl je ne dirai pas cela h monsieur de Villenave, chez lequel je t'emmène prendre une tasse de thé.
— Ah! tu peux le lui dire, va! je lui raconterai mon rêve, efil ne m'en voudra point.
Sur ce, Delanoue, encore incertaine j'étais bien ou mal réveillé, me tira de la salle vide et m'emmena dans un salon d'attente, où monsieur de Villenave recevait les félicitations de ses amis.
Arrivé le, je fus d'abord présenté h monsieur de Villenave, puis à madame Mélanie Waldor, sa fille, puis à monsieur Théodore de Villenave, son fils.
Puis, tout le monde s'achemina à pied, par le pont des Arts, vers le faubourg Saint-Germain.
Après une demi-heure de marche, nous étions arrivés, et nous disparaissions, les uns après las autres, dans cette maison d^ la rue de Vaugirard dont j'ai parlé au commencement oe cet article, et dont je vais essayer de donner une description intérieure, après en avoir dessiné le croquis extérieur.
UN PASTEL DE i4T0U1|«
La maiflon avait sofi earaoïere a elle, mpmPtâ^ftu ca* ractère de celui qui l'habitait
Nous avons dit que les murs en élmnt gm$ W^ jurions dû dire quiils étaient noirg.
On entrait par une grande porte ti^uanlJ^ umh^ placée à côté de la maison du concierge ; alp¥§ ç^ §^ trouvait dans un jardin sans plaies-bandea, p^U^i P^Ftput, aveo des treilles sana raisin, des tonnelles mm PQïbïdt des arbres presque sans feuillage. Si par hasard imege^r poussai^ dans un eoin, c'était une de ces Seurs jiauY§ges. presque honteuses de se montrer dans la ville» et qui, ayant pris cet endos sombre et humide pour un petij désert, y avait poussé par erreur, se croyant pltt§ \Qm q](o\\p n'était en réalité de l'habitation des hommes» et qui ét#it cueillie aussitôt par une charmante enfant rose, auf Cb^ veux blonds et bouclés, qui: semblait un obérubip ^ipl^ du ciel et perdu dans ce coin de la terre.
De ce jardin^ qui pouvait avoir quarante ou cinquante pieds carrés, et qui se terminait par une large bande de pavés attenante à la maison, on passait dans un corridor carrelé.
Sur ce corridor, au fond duquel était un escalier, quatre portes s'ouvraient : d'abord, à gauche, celle de la salle à manger, puis, à droite, celle d'une petite pièce.
Puis, à gauche encore, celle delà cuisine^ et, à droite, celle du garde-manger et de ^office.
Ce rez-de-chaussée, sombre et humide, n'était guère habité qu'à l'heure des repas.
La véritable habitation, celle ou nous fâmes introduits, était au premier.
Ce premier se composait du palier, d'un petit salon, d'un grand salon, de la chambre à coucher de madame Waldor, et de la chambre à oouoher de madame de Yillenave.
Le salon était remarquable par sa forme et son ameublement.
C'était un carré long, ayant à chacun de ses angles une console et un buste.
Un de ces bustes était celui de monsieur de Villenave.
Entre les deux bustes, au fond, sur une console faisant face à la cheminée, était la pièce d'art et d'archéologie la plus importante du salon.
C'était l'urne de bronze dans laquelle avait été enfermé le cœur de Bajard; un petit bas-relief courant, à sa circonférence, montrait le chevalier sans peur et sans repro* ohe baisant la croix de son épée.
Deux ^rrands tableaux venaient ensuite ; un d'Holbein, représentant Anne deBoleyn; l'autre de Claude Lorrain, représentant un paysage dltalie.
Je prois que les deux cadres qui faisaient face h ces ta*bleaux renfermaient, l'un unpc^rait de madame deMoo-
tespan, et l'autre un portrait de madame de Sévigné ou de madame de Grignan.
Un ameublement de velours d'Utrecht offrait aux amis de la maison ses grands canapés à bras blancs et maigres, et aux étrangers ses fauteuils et ses chaises.
Cet étage était tout particulièrement le domaine de madame Waldor, c'est là qu'elle exerçait sa vice-royauté.
Nous disons sa vice-royauté, parce qu'en réalité, malgré l'abandon qui lui avait été fait par son père de ce salon, elle n'en était que la vice-reine. Aussitôt que monsieur de Villenave y entrait, il en reprenait la royauté, et dès-lors les rênes do la conversation lui appartenaient.
Monsieur de Villenave avait quelque chose do despotique dans le caractère, qui s'étendait de la famille aux étrangers. On sentait, en entrant chez monsieur de Villenave, qu'on devenait une partie de la propriété de cot homme, qui avait tant vu, tant étudié, qui savait tant enfin. Ce despotisme, tout tempéré qu'il était par la courtoisie du maître de la maison, pesait cependant d'une façon gênante sur l'ensemble de la société. Peut-être monsieur de Villenave présent, la conversation éimUéile mieux menée, comme on disait autrefois, mais à coup sûr elle était moins libre, moins amusante, moins spirituelle, que lorsqu'il n'y était pas.
C'était tout le contraire du salon de Nodier. Plus Nodier était chez lui, plus chacun était chez soi.
Heureusem^t que monsieur de Villenave descendait rarement au salon. Monsieur de Villenave se tenait habituellement chez lui, c'est-à-dire au second étage, et, dans les Jours ordinaires^ n'apparaissait que pour dîner; puis
nbuBp, après le dîner, il avait causé un instant, quand il avait un peu moralisé avec son fils, un peu gron/ié avec sa femme, il s'étendait dans son fauteuil, fermaiCrcs yeux, se faisait mettre ses papillottes par sa fille, st remontait chez lui.
Ce quart d'heure pendant lequel la dent du peigne lui grattait doucement la tête, était le quart d'heure de béatitude journalière que se permettait monsieur de Villenave.
Mais pourquoi ces papillottes? demandera le lecteur.
D'abord, peut-être, n'était-ce qu'un prétexte pour avoir la tête grattée.
Puis ensuite monsieur de Villenave, nous l'avons dit, était un magnifique vieillard qui avait dû être autrefois un admirable jeune homme, et son visage aux traits fortement accentués trouvait un cadre merveilleux dans ces flots de cheveux blancs qui faisaient ressortir l'éclair puissant de ses grands yeux noirs.
Enfin, il faut l'avouer, quoique savant, monsieur de Villenave était coquet, mais coquet de sa tête, voilà tout.
Le reste lui importait peu. Que son habit fût bleu ou noir, que son pantalon fût large ou étroit, que le bout de sa botte fût rond ou carré, c'était TafTaire de son tailleur, de son bottier, ou plutôt de sa fille, qui présidait à tous ces détails.
Pourvu qu'il fût bien coiflfé, cela lui sufBsait.
Quand sa fille lui avait mis ses papillottes, opération qui s'exécutait invariablement de huit à neuf heures du soir, monsieur de Villenave prenait donc son bougeoir ol remontait chea \\xU
H Le TESTAMENT DE M. DE CHAUVEUN.
C'çst ce chez l^i de monsieur de Villenave, œt qt hom des Anglais, que nou^ allons essayer de peindre, sans es-. poir d'y réussir.
Ce second étage, divisé en infiniment plus de çompartimens que le premier, se composait d'abord d'un palier orné de bustes en plâtre, 4'une anticbambra et da quatre chambres.
Nous ne diviserons pas ces quatre çbambres en saloi^,, chambre à coucher, cabinet de travail, cabinet de toiletUi» etc., etc., etc.
Il s'agissait b^e^ de toutes oç& superflviités ç^ez monsiQur de Yillenave ! non : il y avait cinq chambres à Uvres> et ^ cartons, voilà tout.
Ces ci^q chambres pouvaient contenir quarantf\ mille vplumes et quatre nielle cartons.
L'antichainbre fprmait déjà à elle s^eule une énorme b|hJiotUèque; elle avait deux puvertures; ces deux puYeçtures donnaient, cdle de droite, dans la çh whre à çûi^cl^er de oxonsieus 4^ Yillenave, laquelle, chambre ^ cpuclier donnait elle-métoe, par un couloir longeant l'alcôve^ 4ai^i un grand cabinet éclairé par des jouri^ de souffrance.
Celle de gauche, dans une grsjnde chambre donnait elle-même danç une chambre plus petite,
PeUe grande chambre donpant dan^ une chambre plus petite avait, non-seulement, ainsi que sa voisine, ses quatre faces garnies de ^rps ()e bibliothèque tapissés de (ivres et supportés par des soubassemens de partons, mais enpore une construction fort ingénieuse avait été établie au milip^ dp ces deux chambres, construction pareille aux bornes que l'on met au centre des salons, afin que Ton pui^ift
LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELIN. i9
s'asseoir tout autour. Grâce à cette construction, le milieu de la chambre, qui présentait une seconde bibliothèque dans une première, ne laissait plus de libre qu'un intervalle quadrangulaire dans lequel une seule personne pouvait agir librement. Une seconde personne eût gêné la circulation; aussi était-il très rare que monsieur de Villenave introduisH quelqu'un, fût-ce un ami mtiaie» dans ce Mneium saneêorum.
Quelques privilégiés aisaîenl piasflé leur tête par la poste, et, à travers la sava»*e p««58iè?ei qui pouçlroyç^^t i^cpsisamment en atomes luinmeux 4^m les rares rayons de soleil qui pénétraient dan§ oe talpi^R^ctft, \\s^ ^^wet^i pu apercevoir les mystèB6s l>ibUPgl^pl^\^ 4§ iponsieur ^e yiUqnave, comme Glauçlii|£^, a^c^ ^ ijK^i ^é$u\sement féipjp^, 9iya\\ pu, de r^tri^ii 4^ temple isiftçme, surprendra quelques-uns des mystères de la bonne déesse.
C'est \h qu'étaiept le§ autp^aRtjes ; Iç). siècle de Louis XIV seul occupait cinq cents catytons.
C'est là q^'çjçiientîçs papiers de Louis- XVI, la correspondance de Malesherbes, quatre) cents autographes de Voltaire, deux cents de Rousseau. C'est là qu'étaient les généalogies de toutes les familles nobles de France, avec leurs alliances et leurs preuves. C'était là qu'étaient les dessins de Raphaël, de Jules Romain, de Léonard de Vinci, d'André del Sarte, de Lebrun, de Lesueur, de David, de Lelhière; les collections de minéraux, les herbiers rares, les manuscrits uniques.
C'est là enfin qu-était le labeur de cinquante ans, occupés jour par jour d'une seule idée, préoccupés heure par heure d'une seule passioni cette passion à la fois li douce
et si ardente du collectionneur, et dans laquelle le collectionneur met son intelligence, sa joie, son bonheur, sa vie.
Ces deux chambres étaient les chambres précieuses. Bien certainement monsieur de Yillenave, qui plus d'une fois avait failli donner sa vie pour rien, n'eût pas donné ces deux chambres pour cent mille écus.
Restaient la chambre à coucher et le cabinet noir, situés à la droite de l'antichambre, et s'étendant de façon parallèle aux deux chambres que nous venons de décrire.
La première des deux chambres était la chambre à coucher de monsieur de Yillenave, chambre à coucher dans laquelle le lit était bien certainement la chose la moins apparente, enfoncé qu'il était dans une alcôve sur laquelle se refermaient deux portes en boiserie.
C'est dans cette chambre que monsieur de VilUenave recevait.
Aussi, à la rigueur, on pouvait y marcher; aussi, à la rigueur, on pouvait s*y asseoir.
Voici comment on pouvait s'y asseoir, voici dans quel cas on pouvait y marcher.
La vieille bonne, je ne me rappelle plus son nom, annonçait à monsieur de Yillenave une visite en entrebâillant la porte de sa chambre.
Cette entrebâillement surprenait toujours monsieur de Yillenave au milieu d'un classement, d'une rôverie ou d'un assoupissement.
— Heinl qu'y a-t-il, Françoise? (Supposons qu'elle s'appelât Françoise.) Mon Dieul ne peut-on pas être un instant tranquille?
LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELlN. 2i
— Damel monsieur, répondait Françoise, il faut pourtant que je vienne...
— Voyons, dîtes vite : que me voulez-voust Comment se fait-il que ce soit toujours dans les momens oii je suis le plus occupé?... enfin!
Et monsieur de Villenave levait ses grands yeux au ciel avec une expression désespérée, croisait ses mains et poussait un soupir de résignation.
Françoise était habituée à la mise en scène; elle laissait faire à monsieur de Villenave sa pantomime et ses à-parte. Puis, quand il avait fini :
— Monsieur, disait-elle, c'est monsieur tin tel qui vient vous faire une petite visite.
— Je n'y suis pas; allez.
Françoise tirait lentement la porte ; elle connaissait scm affaire.
— Attendez, Françoise, reprenait monsieur de Villenave.
— Monsieur?
Françoise rouvrait la porte.
— Vous dites que c'est monsieur un tel^ Françoisef
— Oui, monsieur.
«— Eh bien ! voyons, faites-le entrer, puis, s'il reste trop longtemps, vous viendrez me dire qu'on me demande. Allez, Françoise.
Françoise refermait la porte.
— Ahl mon Di3u! mon Dieul est-ce croyable? murmurait monsieur de Villenave; je ne vais pourtant jamais déranger personne, moi, et il faut toujours qu'on me dérange.
22 LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELlN.
Françoise rouvrait la porte et introduisait le visiteur.
* — Ah I bonjour, mon ami, disait monsieur de Villenave, soyez le bienvenu, entrez, entrez. Comme il y a longtemps qu'on ne vous a vu! asseyez-vous donc,
— èur quoi? demandait le visiteur.
— Mais sur ce que vous voudrez, pardieu !.•. sur le canapé.
— Volontiers, mais...
Monsieur de Yiilenave jetait les yeux sur le canapé.
— Ahl oui, c'est jusèel il est eacombré ëe livres^ éiaeà^ il. Eh bien! avancez un fauteuil;
^— Ge«âniit avec ^Nknsir, bMâs.^.^
Monsieur de Villenave passait fe ffevUè 'de ^SWs ftititevâlii;
— C'est vrai, disait-il ; mais, qèé Vouîièfi-vôtiS, taoû tHer? Je tiè *ll} ^ ^éf^ Wiês liv^. Wètez une îchasèt
— Je ne demanderais pas mieux, mais...
- — Iwàlè qûiStWùsItel^tèSsé^
— Non, mais je ne vois pas plus de chaise vacante que de fauteuil libre.
— C'est incroyable, disait monteur de Villenave en levant ses cteux bras au ciel ; c^esX incroyable... ! attendez.
Et il quittait sa place en gémissant, allait enlever avec précaution de dessus une chaise les livres qui la mettaient hors de service, déposait ces livres sur le plancher, où ils ajoutaient une taupinière à vingt ou trente taupinières pareilles qui hérissaient le sol de la chambre, puis, il apportait cette chaise près de son fauteuil, c'est-à-dire à Tangle de la cheminée.
Je viens de dire dans quel cas on pouvait s'asseoir dans
fcE TESTAMENT DE M. OE CHAUVEUN. Hà
cette chambre, je vais dire dans qtiel cas on pouvait y marcher.
Il arrivait parfœs qu'au moment où le visiteur entrait, et, après le préambule indispensable que nous venons do dire, s'était assis, ilarrivaitparfois^ dis-je^quëjparune double combinaison du hasard^ la porte de l'aloôve et la porte du couloir qui conduisait au cabinet situé derrière l'alcôve étaient ouvertes; alors, par cette double combinaison des deux portes ouvertes en même temps, ^ double effet se (mxluisait) que l'on pouvait voir dans l'alcôve un pastel représentant une jeune et jolie femme tenant une Mtre à la i»ain^ pastel qui se trouvait édairé par le t«|on du jour qui valait de k fenêtre dH ooulon^k
Alors^ ou le visiteur n'avait auoi&e idée d'art, et il était rare que c^x qui venaient chez naonsi^fr de YiUenavetie fussent point artistes par quelque point, «u il se levait ea f'écriant :
— Ahl monsieur! l'adorable pastel!
Et le visiteur faisait un mouvement pour aller de la cheminée à l'alcôve.
— Attendez I s'écriait monsieur de ViH<^ave, attendes I En effet, on s'apercevait que deux ou trois taupinières
de livres, écroulées les unes sur les autres, faisaient une espèce de contrescarpe à la forme bizarre, qu'il fallait franchir pour arriver à l'alcôve.
Alors monsieur de Villenave se levait, marchait le premier, et, comme un mineur habile fait la tranchée, il ouvrait à travers la ligne typographique un boyau qui permettait d'arriver en face du pastel, qui était lui-môme en face de son lit*
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Arrivé là, le visiteur répétait :
— Ohl l'adorable pastel I
— Oui, répondait monsieur de Villenave avec cet air d'ancienne cour que je n'ai connu qu'à lui, et à deux ou trois vieillards élégans comme lui; oui, c'est un pastel de Latour; il représente une vieille amie à moi, qui n'est plus jeune, car, autant que je puis me le rappeler, elle était, en 1784, époque où je la connus, mon aînée de cinq à six ans. Depuis 1802, nous ne nous sommes pas revus, ce qui ne nous empêche pas de nous écrire tous les huit jours, et ^e recevoir nos lettres hebdomadaires avec un égal plaisir; oui, vous avez raison, le pastel est charmant, mais l'original était bien plus charmant encore. Ah!
Et un rayon de jeunesse, doux comme un reflet de soleil, passait sur le visage épanoui du beau vieillard, rajeuni de quarante ans.
Et bien souvent, dans ce second cas, Françoise n'avait pas besoin de venir faire une fausse annonce, car si le visiteur était de bonne compagnie, il laissait au bout de quelques instans monsieur de Villenave tout h la rêverie que venait de faire naître en lui la vue de ce beau pastel de Latour.
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