‹ Le testament de M. ChauvelinChapitre 2 sur 9 · LA LETTRE · texte numérisé non relu

LA LETTRE

Maintenant, comment monsieur de Villenave avait-il réuni cette belle bibliothèque?

Comment avait-il colligé cette collection d'autographes unique dans le monde des collectionneurs ?

Avec le travail de toute sa vie.

D'abord, jamais monsieur de Villenave n'avait brûlé un papier, déchiré une lettre.

Convocations aux sociétés savantes, invitations de mariages, billets d'enterremens, il avait tout gardé, tout classé, tout mis à sa place. Il possédait une collection de chaque chose, et même des volumes qui, le 14 juillet, avaient été arrachés à moitié brûlés au feu qui les dévorait dans la cour de la Bastille.

Deux chercheurs d'autographes étaient constamment occupés pour monsieur de Villenave; l'un était un nommé Fontaine, que j'ai connu, et qui était lui-môme auteur d'un livre intitulé le Manuel des autographes; l'autre était un employé du ministère de la guerre; tous les épiciers de Paris connaissaient ces deux infatigables visiteurs, et leur mettaient de côté tous les papiers qu'ils achetaient. Parmi ces papiers, ils faisaient un choix qu*ils payaient

as LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELW.

quinze sous la livre, et que monsieur de Villenave leur payait trente sous.

Parfois aussi monsieur de Villenave faisait sa tournée lui-môme. Il n'y avait pas un épicier de Paris qui ne le connût, et qui, en le voyant, ne réunît, pour les soumettre à sa savante investigation, les sacs futurs et les cornets à venir.

Il va sans dire que les jours où il sortait pour les autographes, monsieur de Villenave sortait aussi pour les livres; alors il prenait la ligne des quais, l'infatigable bibliophile, et là, ses deux mains dans les goussets de son pantalon, son grand corps incliné, sa belle tête Intelligente éclairée par le désir, il plongeait son regard ardent au plus profond des étalages, où il allait chercher le tréaor inconnu, qu'il feuilletait un instant, et quand le livre était celui qu'il avait ambitionné, quand l'édition était celle qu'il cherchait, le livre quittait la boutique de l'étalagiste, non pas pour aller prendre place dans la bibliothèque de monsieur de Villenave : dans labibliothèque de monsieur de Villenave il n'y avait plus de place et depuis longtemps, et il fallait que des échanges contre des jdessins ou des autographescréassent cette place pour le moment absente; non, le livre allait prendre place dans le grenier, divisé en trois compartimens : le compartiment des in-octavos à gauche, le compartiment des in-quartos à droite, le compartiment des rn-folios au milieu.

Là était ie chaos dont un jour m<»isieiar de VillefMve devait faire un nouveau monde, quelque choàe comme une Australie ou une NouveUe-SSélande»

LE TESTAMENT DE M. PB CSAHYELINt 91

Su atlendant, il& étaient à torre, yeisé« le». \im sui^ les autres, gisant dans une demi-obscurité.

Ce gpefiier, optaient les limbes où étaJesi reBferméeales âmes que Dieu n'envoie ni en pafadi» ni ea enfeii paiea qu'il a des desseins sur elles.

Un jour, la pauvre maison, sans cause apparente, trembla jusqu'en ses fondemens, jeta un cri, el se lézarda; les habitans, épouvantés, crurent à un trembloBient de terfe, et s'élancèrent dans le jardin.

Tout était tranquille, et dans l*air et sur la terre; la fontaine continuait de couler au coin de la rue; un oiseau chantait dans les plus hautes branches du plus grand arbre.

L'accident était partiel ; il venait d'une eause secrète, ignorée, inconnue.

On envoya chercher l'architecte.

L'architecte examina la maison, la soiida, l'interrogea, et finit par déclarer que l'accident ne pouvait provenir que d'une surcharge.

En conséquence, il demanda à visiter les greniers.

Mais, sur cette demande, il éprouva upe yiye opposition de la part de monsieur de Yillenave.

D'où venait cette opposition, qui dut céder cependant à la fern^eté de l'fiTchitecteî

C'est que monsieur de YillQnciye sentait que son trésor eafoui» d'autant plus précieux qu'il lui était prévue in- <)onQU à lui-môme, courait un grand danger à cette visite.

En effei, dans la seule chambre du milieu, on trouva douze cents in-folios pesant à peu près huit mille livres.

Hélas I ces dottxe cents in-folios, qui avaient fUt peu*

cher la maison et qui menaçaient de la faire écrouler, il fallut les vendre.

Cette douloureuse opération eut lieu en 1822. Et en 1826, quand je connus monsieur de Villenave, il n'était point encore bien remis de cette douleur, et plus d'un soupir, dont sa famille ne connut ni la cause ni le but, allait rejoindre ces chers in-folios, réunis à si grand'peine par lui, et maintenant, comme des enfans chassés du toit paternel, errans, orphelins, et éparpillés sur la terre.

rai dit combien la maison de la rue de Vaugirard m'avait été douce, bonne et hospitalière ; de là part de madame de Villenave, parce qu'elle était naturellement affectueuse; de la part de madame de Waldor, parce que, poëte, elle aimait lespoëtes; de la part de Théodore de Villenave, parce que nous étions du même âge tous deux, et tous deux à cet âge où Ton a besoin de donner une part de son cœur et de recevoir une part du cœur des autres.

Enfin, de la part de monsieur de Villenave, parce que, sans être un amateur d'autographes, je possédais cependant, grâce au portefeuille militaire de mon père, une collection d'autographes assez curieuse*

En effet, mon père ayant occupé, de 1791 à 1800, des grades élevés dans l'armée, ayant été trois fois général en chef, mon père se trouvait avoir été en correspondance avec tout ce qui avait joué un rôle de 1791 à 1800.

Les autographes les plus curieux de cette correspondance étaient ^eux du général Buonaparte, Napoléon n'a pas conservé longtemps ce prénom italianisé. Trois mois après le 13 vendémiaire^ il francise son nom et signe Botsapaifie# Oxt mon père avait reçu, dan» ceHe courld pé«

riode, cinq ou six lettres du jeune général de Pintérieur. Ce futie titre qu'il prit après le 13 vendémiaire.

Je donnai à monsieur de Villenave un de ces autographes, flanqué d'un autographe de Saint-Georges et d'un autographe du maréchal de Richelieu ; et, grâce à ce sacrifice, qui était un plaisir pour jnoi, j*eu8 mes entrées au second étage.

Peu à peu, je devins assez familier dans la maison pour que Françoise ne m'annonçât plus à monsieur de Villenave. Je montais seul au second. Je frappais h la chambre; j'ouvrais sur le mot: Entrez 1 et presque toujours j'étais bien reçu.

Je dis presque toujours, parce que les grandes passions ont leurs heures d'orage. Supposez un amateur d'autographes qui a couvé une signature précieuse, une signature dans le genre de celle de Robespierre, qui n'en a laissé que trois ou quatre; de Molière, qui n'en a laissé qu'une ou deux; de Shakespeare, qui, je crois, n'en a pas laissé du tout ; eh bien ! au moment de mettre la main sur cette signature unique ou presque unique, cette signature, par un accident quelconque, échappe ànotre collectionneur : le voilà tout naturellement au désespoir.

Entrez dans un pareil moment chez lui, fussiez-vous son père, fussiez-vous son frère, fussiez-vous un ange, et vous verrez comme vous serez reçu ; à moins toutefois que cet ange, par son pouvoir divin, ne fasse vivre cette signature qui n'existait pas, ou ne dédouble cette signature unique.

Voilà les cas exceptionnels où j'eusse été mal reçu par monsieur de Villenave. En toute autre circonstance, j'é-

ad IM TESTAMENT DK M. DE CBAUVCUI^

tais sâr de trouver un visage graeieux, un esprit fecite» et une mémoire oomplaisante, même pendant )a semaine*

Je dis « pendant la semaine », parce que le dimanche était, chez monsieur de Villenave, réservé aux visites scientifiques.

Tout ce qu'il y avait de bibliophiles étaangers, d'amateurs d'autographes cosmopolites venant à Paris, n'y venaient pas sans faire leur visite à monsieur de Villenave, comme des vassaux vont rendre hommage à leur suzerain.

Le dimanche était donc le jour des échanges. Grâce à ces écbpges^, mpusi^qf de Yilleijfty^ copiplétait ses cqllections éti'angères pour Ifjsquelles ^es épiciers étaient insuffîsans, en a^^dQî^pwit aux coHectionn^urs Germains, Aiiglais QU 4iftéric^ïis^ gpplques rognures de 503 richesses nationales^

J'étais donc entré dans la maison; j'avai3 donc été reçu au premier d'abord, au second ensuite ; j'y avais obtenu mes entrées tous les dimanches; pu|^ entija j'y avais été admis à ma volonté, privilège que je p^tag^aisavec deux ou trois personnes tout au plus.

Or, un jour de la semaine, c'était tin mawW, je croig, comme je venais prier monsieur de Villenave ée me laisser étudier un autographe de Christine (on sait que j'aime à me rendre compte du caractère des personnages par la forme de leur écriture), un jour, dis-je, où je venais d«ns ce but, c'était vers cinq heures de l'après-midi, au mois de mars, je sonnai à la porte. Je demandai monsieur de Villenave, et je passai.

Comme j'allais entrer dans la maison, Françoise me rappela.

— Qu'y a-t-il, Françoise ? demandai-je.

— Monsieur va-t-ii chez ces dames ou chez monsieur?

— Je vais chez monsieur, Françoise.

— Eh bien ! si monsieur était bien bon, il épargnerait deux étages à mes pauvres jarnbes, et donnerait à monsieur de ViUenave cette lettre que l'on vient d'apporter pour lui.

— Volontiers, Françoise.

Françoise me donna la lettre; je la pris et je monlai. . Arrivé à la porte, je frappai comme d'habitude; mais op ne me répondit pas.

Je frappai un peu plus fort.

Môme silence.

Enfin je frappai une troisième fois, et cette fois avec une espèce d'inquiétude, car la clef était à la porte, et la présence de la clef à la porte impliquait invariablement la prjésence de nionsieur de Villenave dans sa chambre.

Je pris donc sur moi d'ouvrir la porte, et je vis monsieur de Villenave assoupi dans son fauteuil.

Au bruit que je fis, peut-être à la colonne d'air qui entra et qui rompit certaines influences magnétiques, monsieur de Villenave poussa un espèce de cri.

— Ah I pardon, lui dis-je, cent fois pardon, j'ai été indiscret, je vous ai dérangé.

— Qui êtes-voust que me voulez-vous t

— Je suis Alexandre Dumas.

--Ahl

Et monsieur de Vil lenaife respira*

— En vérité, je suis au désespoir, ajoutai-je, et je me retire.

— Non, fît monsieur de Villenave en poussant un soupir et en passant sa main sur son front, non, entrez.

J'entrai.

— Asseyez-vous I

Par hasard une chaise était vacante; je la pris.

— Vous voyez, dit-il. Oh 1 comme c'est étrange ! je m'étais assoupi. Le crépuscule est arrivé; pendant ce tempslà, mon feu s'est éteint; vous m'avez réveillé, je me suis trouvé sans lumière, ne me rendant pas compte du bruit qui troublait mon sommeil : c'est sans doute l'air de la porte qui a passé sur mon visage ; mais il m'a semblé voir voltiger un grand drap blanc, quelque chose comme un linceul. Comme c'est étrange, n'est-ce pas? continua monsieur de Villenave avec ce mouvement de tout le corps qui indique l'homme qui s'est refroidi. Vous voilà, tant mieux !

— Vous me dites cela pour me consoler de ma gaucherie.

— Non, en vérité. Je suis bien aise de vous voir. Que tenez-vous là?

— Ah! pardon, j'oubliais; une lettre pour vous.

— Ah 1 un autographe, de qui ?

— Non, ce n'est pas un autographe, c'est tout bonnement, à ce que je suppose du moins, une lettre.

— Ah! oui, une lettre!

— Une lettre venue par la poste, et que Franç<îlse m'a chargé de vous apporter : la voici.

LE TESTAMENT DE M. DE CHAUA^XIN, 39

— Merci. Tenez, s'il vous plaît, allongez la main, et donnez-moi...

— Quoiî

— Une allumette. En vérité je suis encore tout engourdi. Si j'étais superstitieux, je croirais aux pressentimens.

Il prit Tallumette que je lui présentai et Talluma à la cendre rouge du foyer.

A mesure qu'il l'allumait, une lumière croissante se répandait dans l'appartement, et permettait de distinguer les objets»

— Oh! mon Dieu! m'écriai-je tout à coup,

— Qu'avez-vous donc î me demanda monsitur de Villenave en allumant la bougie.

— Âhl mon Dieul votre beau pastel, que lui est-il donc arrivé î

— Oui, vous voyez, répondit tristrement monsieur de Villenave, je l'ai mis là près de la cheminée ; j'attends le vitrier, Tencadreur.

— En effet, le cadre est brisé, et le verre en mille morceaux.

— Oui, dit monsieur de Villenave, regardant le portrait d'un air mélancolique, et oubliant sa lettre; oui, eTest une chose incompréhensible.

— Mais il lui est donc arrivé un accident?

— Imaginez-vous qu'avant-hier j'avais travaillé toute la soirée; il était minuit moins un quart, je me couche, je mets ma bougie sur ma table de nuit, et je m'apprête à revoir les épreuves d'une petite édition compacte de mon Ovide, quand mes yeux se portent par hasard sur le por-^

Wiii an iti« pttttvfo «mk« iê lui dti bonmit 4# l« iMf

9i u Ti9TiLia»nr ds m. de- csAUVEiOf .

osmmb d'habiliidei i il f^àmX ub peu de veal par une fenêtre restée entr'ouverte sans doute, le vent fait vaille? 1m flamme de ma bougie, de sorte qu'il me semble q«0 le portmt lae tépeoé s BeouioïKy} pat u» mguy«nAe«l de t^^t^^pa- T»\ au mieB. Yoiis comprottes que. ^ tfailai epUa. visiQii de folie, iiiaisj«ni& sais pi^Ciûimn«ii^ ceta «|j3 failt voilà mon esprit qui se préoccupe, et mes yw% fui i^ pe^veil^t: pk» cpuitftffir la cadM. fianael y^ua la laves» mon anû, ce puM yementa aux psemi^ra jour» de b^ jeunesaet il laa rappelle toutes sortes de souvenirs. Me voilà donc.uaj[eiaut en plein dansL»ea seuveBiyif de vîngt;-eiBq aBS. Je parla à meai pevtMût Ma Biémesre lépood pûur lui, et quoique ce soit ma mémoire qui réponde, il me seifibleque le pa^ remue lealèTfest; il pMi aaimble que 4^ oQulouia «'effaceoit; il me semble que sa physionomie prend une expreas^u tr^te. E» ce mameat, minuit eommeuee k so^^oar èi Valise desGanaaes) à ea Uutement lugubre, la visage de ma pauvre amie prend une expression de plu^ ^ p(u4 dquloureuse. Le v«ut soufflait. Au damiar câun da miuuit« )a fanôtre du cabinet s'ouvre violemment, j'entends passer caiBme une plainte, il me aemèle que laa jeux du portrait se fernuioiit. Le olou qui la aouieoait a^ karisa; le portrait tombe, et ma bougie s'éteint.

Je me lève pour la rallumer, n'ayant aucunement peur, mais yivemant impressionné cependant) le malheur veut que je ne retrouve paa une allumette, il était trop tard pour appeler, je ne savais pas où an aller prendre; je re<» ferme la fenêtre de mon eabinel, et me recouche sans lu* mière.

Tout cela m^avaîi ému, j'étais iristei je me sentais une

incroyable envie de pleurer; il me semblait entendre comme le froissement d'une robe de soie par la chambre. Plusieuw fois je demandai : Y a-t-il quelqu'un là? Enfin Je m'endormis, mais tard, et, en me réveillant, je trouvai îtton pauvre pastel dans l*état oh vous le voyez.

— Ohl la dîose étrange, M dis-je; et avez-vous reçu votre lettre hebdomadaire?

*-tîuèlleïettïe?

— Celle que vous écrivait ToTiginal du poftratt.

^ ï?ôn, et voilà ce <ïuî minquiète, Voiîà pourquoi J'avais dit à Françoise de monter ou de faire «lOîiterîiaAis Retard les lettres qui arriveraî^ût pôUr îfKà.

— Eh bien! celle-ci, t}ue je vous apporte..,

— Ce ti'est pas sa tttâtiièfè dé îêS pSer. -

— Ah!

— Mais n'importe, elle est d'Angers.

^ là J}é¥sonne hàbifett Angeîis?

— Oûî, ah î mon fiieu! CadSiet^ tfe W!t! Wutf© -amlé, lui serait-il arrivé malheur?

Et monsieur de VilîehaVe pâlit en décachetant la lettre.

Aux premiers mots qu'il lut, ses yeux se remplirent de larmes.

Il prit une seconde lettre interrompue à sa quatrième ligne et contenue éon» la («entière*

Il fxirta cette iellM iaterroB^^Me à ses lèvres et me pré-^ senta l'autre.

— Lisez, dit-il.

Je l«s f

te LE TESTAMENT DE M. DE CIIAUVELIN.

a Monsieur,

» C'est avec ma douleur personnelle, augmentée de ccllo que vous aile? éprouver, que je vous annoncé que madame *** est morte dimanche dernier, comme sonnait le dernier coup de minuit.

» Elle avait, la surveille, au moment où elle vous écrivait, été prise d'une indisposition que nous crûmes légère d'abord, et qui alla s'aggravant toujours jusqu'au mofiiient de sa mort.

» J'ai l'honneur de vous envoyer, tout incomplète qu'elle est, la lettre qu'elle avait commencée pour vous. Cette lettre vous prouvera que, jusqu'au moment de sa mort, lessentimens qu'elle vous avait voués sont restés les mêmes.

» Je suis, monsieur, bien tristement, comme vous pensez, mais me disant toujours votre très humble servante.

» THiBBSB MIRAND. »

Monsieur de Villenave suivait des yeux mes yeux qui lisaient.

— A minuit! me dit-il, vous voyez, c'est à minuit que le portrait est tombé à terre et s'est brisé. Non-seulement il y a coïncidence de jour, mais de minutes.

— Oui, répondis-je, c'est cela.

— Vous croyez donc? s'écria monsieur de Villenave.

— Mais sans doute que je crois.

— Oh! bien alors, venez un jour, mon ami, un jour

que je serai un peu moins troublé, n'est-ce pas, et je vous raconterai quelque chose de bien autrement étrange.

— Une chose qui vous est arrivée à vous?

— Non, mais dont j'ai été le témoin.

— Quand cela?

— Oh I il y a bien longtemps. C'était en 1774, du temps où j'étais précepteur des enfans de monsieur de Chauvelin.

— Et vous dites?

— Oui, que je vous conterai cela; en attendant, vous comprenez...

— Je comprends, vous avez besoin d'être seul. Je me levai et m'apprêtai à sortir.

— A propos, dit monsieur de Villenave, dites en passant à ces dames que Ton ne soit pas inquiet de moi ; je ne de^ cendraipas.

Je fis signe que la commission serait faite.

Alors monsieur de Villenave fit tourner son fauteuil sur un pied de derrière, de manière à se trouver bien en face du portrait; puis, tandis que je refermais la porte :

— Pauvre Sophie! murmura-t-il.

Maintenant, l'histoire qu'on va lire est celle que plus tard me raconta monsieur de Villenave.

LE MÉDECIN DU ftOI.

Le 25 août 1T74, le roi Louis XV était couché à Versailles dans la chambre Bleue; auprès de son lit, sur un lit de sangle, dormait le chirurgien Lamartinière.

Cinq heures du matin sonnaient à l'horloge de la grande cour, et le mouvement commençait dans le château.

Mouvement d'ombres inquiètes qui ménageaient le som* meil du prince à cette heure, où depuis quelque temps Louis XV, fatigué par les veilles et les excès, trouvait un peu de repos acheté par l'abus de rinsomnie, et par les narcotiques quand l'abus de l'insomniene suffisait pas.

Le roi n'était plus jeune : il entrait dans sa suxante* cinquième année. Après avoir épuisé jusqu'à la lie les plaisirs, les jouissances, les louanges, il n'avait plus nan à connaître : il s'ennuyait.

C'était la pire de ses maladies que la fièvre de l'ennui; aiguë sous madame de Ghâteauroux, elle était devenue intermittente sous madame de Pompadour, et chronique sous madame Du Barrj.

A ceux qui n'ont plus rien à connaître, il reste parfois quelque chose à aimer; c'est une souveraine ressource contre la maladie dont était atteint Louis XV. Blasé sur

LE T£STAà(^NT DE M» DE GHAUVELIN. 99

l-amour individuel par celui qu'il avait inspiré à tout un peuple, et qui avait été poussé jusqu'à la frénésie, cette habitude deTûme lui avait paru trop vulgaire pour qu'un roi de France s'y abandonnât.

Louis XV avait donc été aimé par son peuple, par sa femme et par ses mattresses) mais Louis XV, lui, n*avaii jamais aimé personne.

Il reste aussi à ceux qui sont blasés une préoccupation excitante t c'est la souffrance. Louis XV, à part les deux ou trois maladies qu'il avait faites, n'avait jamais souffert; et| mortel favorisé, il n'épnmvait, comme pressentiment de la vieillesse, qu'un eommeneement de fatigue, que les médedns loi présentant comme un signal de retraite.

Quelquefois, à ces fameux soupers de Ghoisy, où les tar blés sortaient toutes chargées du parquet, où le service était fait par les pages des petites écuries, quand la comtesse Du fiarry provoquait Louis XV aux rasades, le duo d'Ayen au gros rire et le marquis de Chauvelin à Tépicurienna gaîté» Louis XV, surpris» s'apercevait que sa main était paresseuse à lever ce vwre plein do la liqueur pétil* lante qu'il avait tant aimée, que son front refusait de se contracter pour ce rire inextinguible que les saillies de Jeanne Vaubemier avaient parfois fait éclore comme des fleurs d'autoome aux frontières de son âge mûr, enfin, que son cerveau demeurait glacé aux peintures séduisantes dé cette vie bienheureuse que procurent le souverain pouvoir, la suprême richesse et l'excellente santé.

Louis XV n'était point d'un caractère ouvert, il concentrait en lui joie et tristesse; peut-être eût-il été, grâce à cette absorption iatéiieuie de ses sentimens, un grand

politique, si, comme il le disait lui-même, le temps ne lui eût manqué.

Aussitôt qu'il s'aperçut du changement qui commençait a s'accomplir en lui, au lieu dé prendre son parti et de respirer philosophiquement ces premières brises de la vieillesse qui rident le front et argentent les cheveux, il se replia sur lui-môme et s'observa.

Ce qui fait tristes les plus enjoués des hommes, c'est l'analyse de la joie ou de la souffrance; l'analyse est un silence jeté entre les rires ou les sanglots.

On n'avait vu jusque là le roi qu'ennuyé, on le vit triste. Il ne rit plus aux gravelures de madame Du Barry, il ne sourit plus aux méchancetés du duc d'Ayen, il ne s'engourdit plus aux amicales caresses de monsieur de Ghauvelin, son ami de cœur, l'Achate de ses escapades royales.

Madame Du Barry se plaignit particulièrement de cette tristesse, qui pour elle dégénérait particulièrement en froideur.

Ce changement moral fit dire aux médecins, que si le roi n'était pas encore malade» il allait bien certainement le devenir.

Aussi, le 15 avril précédent, Lamartinière, son premier chirurgien, après avoir fait avaler au roi sa médecine mensuelle, se hasarda-t*il à lui faire des observations qu'il croyait urgentes.

— Sire, lui avait donc dit Lamartinière, comme Votre Majesté ne boit plus, comme Votre Majesté ne mange plus,

comme Votre Majesté ne s'amuse plus, que va-t-elle

faire?

— Dame I mon cher Lamartinière, avait répondu le roi|

LE TESTAMENT DE M. DE CHAIjVELIN. 41

ce qui pourra me paraître le plus divertissant en dehors de tout cela.

— C'est que je ne connais pas grand'chose de nouveau h offrir à Votre Majesté. Votre Majesté a fait la guerre, Votre Majesté a essayé d'aimer les savans et les artistes, Votre Majesté a aimé les femmes et le vin de Champagne. Or, quand on a tâté de la gloire, de la flatterie, de l'amour et du vin, je proteste à Votre Majesté que je cherche inutilement un muscle, une pulpe, un ganglion nerveux, qui me révèle l'existence d'une autre aptitude à quelque distraction nouvelle.

— Ah I ah ! fît le roi, vraiment, vous croyez, Lamartinière ?

—Sire, songez-y bien, Sardanapale était un roi très intelligent, presque aussi intelligent que Votre Majesté, quoiqu'il vécût quelque chose comme deux mille huit cents ans avant elle. Il aimait la vie, et s'occupa beaucoup de la bien employer. Je crois savoir qu'il rechercha minutieusement les moyens d'exercer le corps et l'esprit à la découverte des plaisirs les moins connus. Eh bien ! jamais les historiens ne m'ont appris qu'il eût trouvé autre chose que ce que vous avez trouvé vous-mêmç.

— Oui-dà I Lamartinière.

— J'en excepte le vin de Champagne , sire, que Sardanapale ne connaissait pas. Il avait au contraire pour boisson des vins épais, lourds et pâteux de l'Asie-Mineure, ces flammes liquides qui filtrent par la pulpe des raisins de l'Archipel, vins dont l'ivresse est une fureur, tandis que l'ivresse du vin de Champagne n'est qu'une folir.

— C'est vrai, moo^cher Lamartinière, c'est vrai ; le vin

4a LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELTN.

de Champagne est un joli vin, et je l'ai beaucoup aîmé. Mais, dites-moi, est-ce qu'il n'a pas fini par se brûler sur un bûcher, votre Sardanapale?

— Oui, sire, c'était le seul genre de plaisir qu'il n'avait pas expérimenté encore; il le réserva pour le dernier.

— Et ce fut sans doute pour rendre ce plaisir aussi vif que possible, qu'il se brûla avec soa palais, ses richesses, sa favorite?

— Oui, sire^

— Est-ce que vous me conseilleriez, par hasard, mon cher LamartinièrB, de brûler YersailLes, et, en même temps que Versailles, de me brûler moi-même avec madame Du Barry?

— Non, sire; vous avez fait la guerre, vous avez vu des incendies, vous avez été envelo|»pé vous-môme dans la canonnade de Fontenoy, La fla^une ne serait pas par coa^ séquent un divertissement nouveau pour vous* Voyous» récapitulons vos moyens de défense contre l'ennui.

•— Oh I Lamartinière, je suis bien désarmé.

•—Vous avez d'abord monsieur de Ghauvelin, votre ami..* un homme d'esprit... un...

— Ghauvelin n'a plus d*esprit, mon eher«

— Depuis quand?

— Depuis que je m'ennuie, pardieu!

— Bah I fit Lamartinière, c'est comme sî vous disiez que madame Du Barry n'est plus belle depuis...

— Depuis quoi ?... fit le roi, en rougissant un peu.

— Oh I je m'entends, répliqua le chirurgien brusque^ ment*

LK TESTAMENT DE M. DE CHAUVEUN. m

— Enfin, dit le roi en poussant un soupir, il est décidé que je vais être malade.

— J'en ai peur, sire.

— Un remède alors, Lamartinière, un remède ; pféy^ nons le mal.

— Le repos, sire; je n'en connais point d'autre.

— Bien I

— La diète.

— Bien!

— Les distractions.

— Je vous arrête là, Lamartinière.

— Comment cela ?

^Oui, vous m'orâoands les distractions, et vous ne me dites pas comment je dois me distraire. Et) bien I j^ vous fépute ignorant I îgnprantissim<^ eptendez-vous ^ mon ami?

— Et vous avez toirt» nire» Ges\ votfe faute et non la miwne,

— Commenterai

— On ne distrait pas ceux qui s*ennuîent ayant monsieur de Gbauv^Iin pour ami et madame Du Barry pour maîtresse.

Il y eut un silence par lequel le roi semblait avouer que ce que venait de dire Lamartinière n'était pas dépourvu (le raison.

Puis le roi reprit :

— Eh bien ! Lamartinière, mon ami, puisque nous parlons maladie, raisonnons au moins. Vous dites que je me suis apfiusé de tout en ce monde^ n'est-ce pas?

— Je le dis, et cela est.

— De la guerre 1

— Pardieu 1 quand on a gagné la bataille de Fontenoyl

— Oui, avec cela que c'était un spectacle divertissant, des hommes en lambeaux, quatre lieues de long et une lieue de large détrempées de sang; une odeur de boucherie à faire lever le cœur.

— La gloire, enfin.

— D'ailleurs, esirce que c'est moi qui al gagné la bataille ? est-ce que ce n'est pas monsieur le maréchal de Saxe? est-ce que ce n'est pas monsieur le duc de Richelieu? est-ce que ce n'est pas surtout Pecquigny avec ses quatre pièces de canon?...

— N'importe ; à qui en a-t-on fait te triomphe, en attendant ? à vous.

— Je le veux bien; voilà donc la raison pour laquelle vous supposez que je dois aimer la gloire. Ah I mon cher Lamartinière, ajouta le roi en poussant un soupir, si vous saviez comme j'ai été mal couché la veille de Pontenoy l

— Eh bien I soit, passons sur la gloire; vous pouvez, ne voulant pas l'acquérir vous-même, vous en faire donner par les peintres, les poètes et les historiens,

— Lamartinière, j'ai horreur de tous ces gens-là, qui sont ou des faquins plus plats que mes laquais, ou des colosses d'orgueil à ne point passer sous les arcs de triomphe de mon aïeul. Ce Voltaire, surtout ; le drôle, un soir, ne m'a-t-il pas frappé sur l'épaule, en m'appelant Trajan? On lui dit qu'il est le roi de mon royaume, et le maroufle croit cela. Je ne veux donc pas de l'immortalité que ces gens-là pourraient me donner, il la faudrait payer trop

cher en ce inonde périssable, et peut-être même dans l'autre.

— En ce cas, que voulez-vous, sire ? dites-le.

— Je veux faire durer ma vie le plus longtemps que je pourrai. Je veux que, dans cette vie, il entre le plus possible de choses que j*aime; et pour cela, ce n'est ni aux poètes, ni aux philosophes, ni aux guerriers que je m'adresserai ; non , Lamartinière, après Dieu, voyez-vous bien , décidément je n'estime que les médecins, quand ils sont bons, bien entendu.

— Parbleu !

— Parlez-moi donc franchement, cher Lamartinière.

— Oui, sire.

— Qu'ai-je à craindre?

— L'apoplexie.

— On en meurt?

— Oui, si l'on n'est pas saigné à temps.

— Lamartinière, vous ne me quitterez plus.

— C'est impossible, sire; j'ai mes malades, moi.

— Fort bien ! mais il me semble que ma santé, à moi, est aussi intéressante à la France et à l'Europe que celle de tous vos malades ensemble; on fera tous les soirs votro lit près du mien.

•»- Sire I...

— Que vous importe de coucher ici ou de coucher ailleurs ? Et vous me rassurerez par votre seule présence, mon cher Lamartinière, et vous ferez peur à la maladie, car la maladie vous connaît, et elle sait qu'elle n'a pas de plus rude cnnenii que vous.

Voilé pourquoi le chirurgien Lamartinière se trouvait, le

25 avril 1T74, couché sur un petit lit dans la chambre Bleue, à Versailles, (Jormant d'un profond sommeil rers cinq heures du matin, tandis que le roi, lui, ne dormait pas.

Louis XV, qui ne dormait pas, comme nous venons de le constater, poussa un gros soupir; mais, attendu qu'un soupir n'a de signification positive que celle que lui donne le soupiroat, Lamartinière, qui ronflait au lieu de soupirer, l'entendit tout en ronflant, mais n*y fit, ou plutôt ne parut y faire aucune attention.

Le roi, voyant que son chirurgien ordinaire était insensible à cet appel, se pencha sur le bord du lit, et, à la lueur de la grosse cire qui brQlait dans le mortier de marbre, il contempla son surveillant, qu'une couverture épaisse et moelleuse, montant jusqu'à la fontange de son bonnet de nuit, dérobait au? pin^ pb^Upés regards*

— Àïe! fittorQi.Hélasl

Lamaitinière étendit et^re; mais ccwme une interj^dioB peut échapper quelquefois à un homme endormi, ce n'est pa« une raison pour qu'elle en réveille un autii^

Le (^iru^ea eontinua donc de ronfler,

■— Est-il heureux de dormir ainsi I murmura Louis XV.

Puis, il ajouta :

— Que ces médecins sont matériels!

Et il prit sur lui d'attendre encore; mais, pendant un quart d'heure, ayant attendu vainement : -* Hé I Lamartinière I dit-il enfin.

— Voyons, qu'y a-t-il , sire? demanda en grognant le médecin de Sa Majesté.

LE TESTAMENT DE M. DE GHÀUVELIN. Vt

— Ah ! mon pauvre Lamartinièrel répéta le roi en geignant le plus lamentablement qu'il put.

— Eh bien! quoi?

Et le docteur, tout grommelant, comme un homme qui est sûr qu'il peut abuser de sa position, le docteur se laissa glisser hors de son lit.

Il trouva le roi assis sur le sien.

— Eh bien I sire, vous souffrez? lui demanda-t-il. —Je crois que oui, mon cher Lamartinière, répliqua Sa

Majesté.

— Oh I oh ! vous êtes un peu ému.

— Très ému, oui.

— De quoi t

— Je n*en sais rien.

— Je le sais, moi, murmura le chirurgien, c'est de la peur.

— Tâtez mon pouls, Lamartinière.

— C'est ce que je fais.

— Eh bien?

— Eh bien! sire, il marque quatre-vingt-huit pulsations à la minute, ce qui est beaucoup chez les vieillards.

— Chez les vieillards, Lamartinière?

— Sans doute.

— Je n'ai que soixante-quatre ans, et à soixante-quatre ans on n'est pas encore vieux.

— On n'est déjà plus jeune.

— Voyons, qu'ordonnez-vous?

— D'abord, qu'éprouvez-vous?

— J'étouffe un peu, ce me semble.

— Non, VOUS avez froid au contraire.

— Je dois être rouge?

— Allons donc, vous êtes pâle. Un conseil, sire, •

— Lequel ?

— Tâchez de vous rendormir , ce serait bien gentil.

— Je n'ai plus sommeil.

— Voyons, que signifie cette agitation-là 1

— Dame l il me semble que vous devez le savoir, Lamartinière, ou ce ne serait pas la peine d'être médecin.

— Est-ce que vous auriez fait un mauvais rêve ?

— Eh bien I oui.

— Un rêve I s'écria Lamartinière en levant les maitls au ciel; un rêve I

— Dame l reprit le roi, il y a des rêves.

— Eh bieni voyons, racontez-le, votre rêve, sire.

— Oela ne se raconte pas, mon ami.

— Pourquoi donc? tout se raconte.

— Au confesseur, oui.

— Alors, envoyez-moi chercher votre confesseur bien vite; en attendant, je remporte ma lancette.

— Un rêve, c'est parfois un secret.

— Oui, et même aussi c'est parfois un remords. Vous avez raison, sire, adieu.

Et le docteur commença de tirer ses bas et de passer ses culottes.

— Voyons, Lamartinière, voyons, ne vous fâchez pas, mon ami. Eh bien! j'ai rêvé... j'ai rêvé que l'on me portait à Saint-Denis.

— Et que la voiture était mauvaise... Bah I quand vous ferez ce voyage-là, vous ne vous en apercevrez pas, sire.

— Comment pouvez-vous plaisanter sur de pareilles choses? dit le roi tout frissonnant. Non, j'ai rêvé que Ton me portait à Saint-Denis, et que j'étais tout vivant enseveli dans le velours de mon cercueil.

— Vous scntiez-vous gène dans ce cercueil î

— Oui, un peu.

— Vapeurs, humeurs noires, digestions lourdes.

— Oh 1 je n'avais pas soupe hier.

— Vide, alors.

— Vous croyez?

— Ah I j'y songe, à quelle heure avez-vous quitté madame la comtesse, hier?

— Voilà deux jours que je ne l'ai vue.

— Vous la boudez ; humeur noire, vous voyez bien.

— Eh non ! c'est elle qui me boude. Je lui avais promis' quelque chose que je ne lui ai pas donné.

— Donnez-lui vite ce quelque chose, et remettez-vous l'esprit en joie.

— Non, je suis noyé de tristesse.

— Ah! une idée.

— Laquelle?

— Déjeunez avec monsieur de Chauvelin.

— Déjeuner I s'écria le roi; c'était bon du temps où j'avais de l'appétit,

— Ah çà mais ! s'écria le chirurgien en se croisant les bras, vous ne voulez plus de vos amis, vous ne voulez plus de votre maîtresse, vous ne voulez plus de votre déjeuner, et vous croyez que je souffrirai cela? Et bieni sire, jo vous déclare une chose, moi, c'est que si vous changez vos habitudes, vous êtes perdu.

— Lamarlinière I mon ami me fait bftiller , ma maîtresse m'endort , mon déjeimer m'étouffe,

— Bon! décidément vpus êtes malade i^lors,

— Ah I Lamartiiiièîrç, s'écria fe roi, j'ai été bien longtemps heureux.

— Et vpus vpus plaignez de c^laî yoilà les hommes.

— Non, je ne me plai|^3 pas du jfa^; certes, m^is du présent ; à force de rouler, le char s'use.

Et le roi poussa un soupir.

— C'est vrai, il s'u^^ répète çi^Jeftcîeusement le chirurgien.

— De sorte que les respprt3 t^ YWt pl^?, soupira te roi, et j'aspire au repQ».

• — Eh bieo I ftlors, da^m^z dpnç I s'éqri^ I^mwtinière en se recouchant.

— Lais^^j»o| OQOttB^er ma ,«iét^pb«rp, fmn bQn docteur.

— Me seraîs-je trompé 9t (}6vîefîdn^-y0i^ poëte, sire ? Encore une vilaine maladie, celle-là.

— Non, au contraire, vous savez que je les déteste, les poètes. Pour faire plaisir à madame 4e Ppmpadour, j'ai fait ce croquant de Voltaire gentilhomP^e ; vfiàis du jour où il s'est permis de me tutoyer en m'appelant Titus, ou Trajan, je ne sais plus lequel, c'a été ûm. Je voulais donc dir^, sans poésie, que je croiç qu'il ^t temps que j'enraie.

— Vous voulez savoir mon avw, §ireî

— Oui, mon ami.

— Eh bien ! n'enrayez pas, sire, dételez,

— C'est dur, murmura Louis XV,

— C'est comme cela, sire. Quand je parle au roi, je l'ap-

pelle Votre Majesté; quand je retourne mon malade, je ne lui dis pas même monsieur. Ainsi donc, sire, dételez, et vivement. Maintenant que la tftoseest convenue, nous avons encore une heure et demie à dormir, sire, dormons donc. Et le chirurgien se rejeta sous sa couverture, où, cinq minutes après, il ronflait de façoil si roturière, que les voûtes de la chambra Weua ep pinçaient d'indignation.

LE TESTAMEiNT DE M. DE CHAUVELIN,

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