‹ Le Testicule Dans La Syphilis HéréditaireChapitre 36 sur 43 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

De RS ee ce com

Au point de vue du diagnostic de l’orchite interstitielle diffuse, la rareté des maladies du testicule chez l'enfant nous facilite la tâche: les oreillons ne frappent pas, chez lui, cet organe. Le traumatisme a son histoire qui permet de le reconnaître. Le carcinome, le cancer encéphaloide, l’adénome, le sarcome et l’enchondrôme sont chez lui fort rares et ne diffèrent pas de ceux de l'adulte. Ces tumeurs sont parfois énormes, molles par places, augmentant rapidement de volume, sont douloureuses, avec adénopatie inguinale, et entrainent toujours la mort.

Au contraire la tuberculose du testicule n’est pas très rare chez l'enfant, et le diagnostic différentiel d’avec l’orchite syphilitique héréditaire reste parfois fort délicat. Il est facile, dans la forme aiguë de la tuberculose testiculaire où « presque toujours il s'agit d’un sujet atteint d'une tuberculose intestinale et péritonéale et c’est au milieu d’une poussée péritonitique qu'apparait l’orchite » (1). Le ventre est alors gros, empâté, douloureux, sillonné de larges veines. Quant au serotum, il est rouge, empâté ; le testicule est volumineux, douloureux ; il peut y avoir adhérence aux téguments et ramollissement. Il y à en outre adénopathie inguinale.

Dans la forme chronique de la tuberculose testiculaire les lésions se font, au contraire, à froid, lentement, sourdement, comme dans l’orchite syphilitique, et c’est par hasard qu’on s’en aperçoit. Dans les deux cas, même âge de l’enfant (la tuberculose du testicule peut exister chez des sujets âgés de quelques semaines, de quelques jours, voire même à la naissance), même coexistence d’hydrocèle.

(4) Archives générales de médecine. 1891. Vol. 1, p. 257. Tuberculose du testicule chez les enfants, — MM. Hurinéc et DEscHAMes.

dE on 0)

I n’est pas jusqu’à la localisation de la lésion qui ne puisse induire en erreur. Dans les quelques cas qu’à vus M. le Prof Hénoch (1) « le gonflement, dans la tuberculose testiculaire, affectait ordinairement un seul ou les deux épididymes qui étaient durs et bosselés ; rarement elle finissait par envahir le testicule lui-même, d’où résultait une tumeur noueuse, du volume d’une noix, jusqu’à celui d’une pomme ». Or, l’épididymite existe aussi dans la syphilis héréditaire. |

À propos de la tuberculose : autre difficulté, MM. Hutinel et Deschamps ajoutent : « chez l’homme c’est habituellement dans l’épididyme que la lésion prédomine, et il est absolument exceptionnel de voir le testicule pris en dehors de l’épididyme. Chez l'enfant les choses ne se passent pas de la même façon. Souvent le testicule est lésé profondément sans que l’épididyme soit touché ; de même on peut trouver des noyaux caséeux dans l’épididyme, le testicule étant absolument sain. Le testicule est plus souvent atteint que l’épididyme. Les deux portions de la glande peuvent être envahies simultanément par l'infection bacillaire, mais il n'existe pas entre elles la subordination que l’on a notée après la puberté ». M. le D° Carpenter admet aussi ces conclusions.

On ne pourra même pas se fier aux lésions de la prostate et des vésicules séminales dans la tuberculose, car les deux auteurs précédents ajoutent : « nous avons cherché inutilement dans la plupart des cas de tuberculose testiculaire chez l'enfant s’il existait, comme chez l’adulte, des lésions de la prostate, des vésicules séminales ou de la vessie. Seul le cordon nous a paru malade dans deux cas ». ependant M. le D Carpenter rapporte, dans son mémoire, deux cas pour démontrer que les vésicules sont quelquefois intéressées chez les jeunes enfants.

D'autre part, la syphilis, romme la tuberculose, peut aboutir à l'évacuation d'une véritable gomme avec ou sans fongus, ou à la guérison spontanée par l'atrophie sclérosique de l'organe.

Enfin, dans les deux cas, le testicule, l’épididyme, le canal déférent peuvent être intéressés.

(1) Leçons cliniques sur les maladies des enfants. 1885, p. 495.

Il nous semble qu'on pourra toutefois se baser, pour le diagnostic différentiel, sur ce fait que, le plus souvent, dans la tuberculose, la lésion est généralement uni-latérale ; — l’épididyme est le plus souvent atteint en premier lieu ; — le cordon est fréquemment envahi, gros, moniliforme ; — la prostate et les vésicules séminales peuvent être lésées en même temps que la vessie et le rein ; — il y a multiplicité des ulcérations et adhérences scrotales ; — enfin il y à coexistence fréquente d’autres manifestations tuberculeuses.

Dans la syphilis, au contraire, il y a bilatéralité fréquente de l'affection : — le plus souvent orchite sans épididymite ; — canal déférent ordinairement indemne ; — rareté des gommes ; —\coexistence fréquente de maniféstations syphilitiques.

Dans un cas que nous avons observé, où le diagnostic était douteux, l’iodure de potassium, loin d'améliorer les lésions, parut en moins de huit jours provoquer une rapide poussée. L’épididyme seul était pris, volumineux, noueux, et le canal déférent fut rapidement intéressé sous nos yeux sur une longueur de près de trois centimètres. Quelques mois après, il y eut plusieurs ulcérations scrotales. On fit le diagnostic de tuberculose, qui se confirma. Ne serait-on pas autorisé à voir, à propos de ce fait, un moyen de déceler la tubereulose testiculaire par le coup de fouet que donne l’iodure de potassium ? (le D' Bryson (1) avait observé déjà des cas analogues). D'autre part l’on sait que M. le Prof Landouzy (2) enseigne depuis une dizaine d'années que nous avons dans l’iodure de potassium un agent capable de nous aider à dépister la tuberculose pulmonaire et de déterminer autour de lésions qui passeraient inaperçues, des phénomènes congestifs révélateurs. Il est cependant des cas où un sujet peut être à la fois hérédo-syphilitique et tuberculeux, et l'embarras est alors fort grand. Exemple :

Obs. 41%. - (M. le D' FurNEeAux-Jorpan) Medical Times, 1861, T. I. p. 646. (Résumée).

Sujet de 30 ans, — hérédo-syphilis ; — dents typiques de la syphilis, les plus typiques que j'aie vues, — tête déformée couverte de nodosités

(4) Médical journal de New-York, 18 nov. 1855. {2) D° Cauquer. Hygiène des tuberculeux. 1878.

Page 1