‹ Le Tétanos Utérin Post-AbortifChapitre 20 sur 38 · OBSERVATION VIT · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIT

SCHERB.

Avortement provoqué par la tige du pétrosélinum savitum. * Tétanos mortel.

Appelés à voir en consultation, deux très distingués confrères et moi, en août dernier, une jeune femme d’une trentaine d'années, nous nous sommes trouvés en présence d'un syndrome tétanique remontant à vingt-quatre heures environ el caractérisé par du trismus, des spasmes laryngés, de la dysphagie avec sensation de contraction et d'étouffements à la gorge, de la dyspnée, de la tachycardie. Les spasmes laryngés paraissent avoir contribué le premier signe. La raideur de la nuque et l'opisthotonos fugace ne survinrent que quelques heures avant la fin. Nous nous arrêtons au diagnostic de tétanos. Restait à découvrir la porte d'entrée. Malgré des investi-

gations répétées et minutieuses, nous ne trouvons aucune plaie, aucune égratignure des téguments, et à raison de l'âge de notre malade et des signes du début (larynx, œsophage, diaphragme, cœur), qui rappelaient le Létanos splanchnique expérimental de Binot, je me mets en devoir d'orienter notre examen du côté de l'appareil génital. >

Après bien des réticences, nous obtenons l’aveu d'un avortement provoqué au troisième mois par l'introduction dans la cavité utérine d'une tige de pétrosélinum savitum, cinq jours auparavant. L'œuf avait été expulsé deux jours après très aisément et il n’y avait pas eu de métrorragie notable. Cette tige de pétrosélinum savitum n'est autre que ce que dans un monde spécial, quicommence à la Meretrix

pour finir à la Säga (européenne, juive ou mauresque), on appelle ici, à Alger, la « queue de persil ».

- La tige est employée uniquement à titre de corps étranger élastique ferme et mousse. | :

= La malade noûs affirme que la « queue de persil » débarrassée de ses feuilles a bien été lavée sous le robinet (2?) et qu'elle est absolument sûre de la propreté de l'opératrice (?) qui est rompue à ce genre d'introductions.

Pour le médecin, qui n'ignore pas qu'une ombellifère comestible pousse dans un terreau abondamment pourvu de fumier, une queue de persil est dans toutes les conditions requises pour être souillée de terre et infestée de spores ou de bacilles de Nicolaïer.

Chose curieuse, notre malade n'a pour ainsi dire pas de fièvre, et il en sera ainsi jusqu'à la fin — très proche. Il faut dire que les crises de contracture musculaire ontété rares et discrètes. Des crises d'étouffements par contracture du diaphragme apparaissent et la malade ne peut bientôt plus prendre la moindre dose de chloral, tant à cause du trismus qu'à raison de la dysphagie angoissante. Elle supplie qu'on ne lui donne rien, rien à boire, c'est absolument le spectacle de l'hydrophobie.

Nous mettons sans retard en œuvre : 1° La médication par le chloral à haute dose (20 grammes) et le salicylate d'ésérine (0 gr.004) en vingt-quatre heures ; | |

20 La saignée de 350 grammes, qui est répétée le lendemain, est

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suivie chaque fois de l'injection de sérum artificiel (500 grammes); 3° La méthode de Bacelli, qui consiste à injecter 0 gr. 05 d'acide phénique, toutes les deux heures sous la peau; Ë

4° Les injections répétées d'antitoxine tétanique.

Notre pronostic reste donc des plus sombres malgré que nous ayons mis en œuvre tous les moyens thérapeutiques, moyens dont chacun, pris isolément, compte déjà un nombre respectable de succès.

Notre malade mourait quarante-huit heures après, malgré les soins assidus de mes confrères. Il y avait eu cinq jours d'incubation et trois jours d'évolution, celle-ci avait été, pour ainsi dire, apyrétique et l'opisthotonos comme les spasmes musculaires des membres

étaient survenus par crises rares et frustes.

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