OBSERVATION XIII
Professeur SABRAZÈS et LAPAUZE,
Femme de 35 ans ayant eu ses dernières règles normales le 25 juillet. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, elle a eu une métrorragie abondante. Une sage-femme conseilla aussitôt l'entrée à l'Isolement de la Maternité. Elle y est admise le 18 septembre à 10 heures du matin. Elle déclare ne s'être livrée à aucune manœuvre abortive, mais une enquête nous a prouvé qu'il y avait eu avortement provoqué.
A son arrivée, la température est de 36°9.
Pouls : 88. Traces d'albumine dans les urines.
Le 22, les lochies étant très fétides et le col entr'ouvert, on donne
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une injection intra-utérine avec une solution iodo-iodurée qui ne ramène aucun débris. |
Le 23 septembre, le trismus apparaît avec raideur de la nuque, céphalée, élancements douloureux aigus dans le cou.
On l'évacue sur l'Isolement des contagieux avec le diagnostic de tétanos, |
La malade présente une raidéur généralisée permanente, un lrismus très marquée, des sueurs profuses. |
On note des spasmes généralisés de courte de durée, mais fréquents. Ils sont très accusés sur la région abdominale. Température 37°4. é
Les réflexes sont vifs. La recherche du réflexe plantaire entraine des spasmes, les orteils sont en flexion. Pas d'inégalité pupillaire, myosis. La malade, quoique raidie, peut s'asseoir sur le lit.
Le pouls est régulier, bien frappé, 82 à la minute.
Le réflexe oculo-cardiaque est inversé : 82-88-92.
Tension artérielle : 16-6-7.
L'utérus est dur, très Lendu, le col légèrement entr'ouvert. Les lochies sanguinolentes sont très fétides. On y trouve, à l'examen microscopique, de nombreux microbes : cocci, streptocoques, bâtonnets ressemblant au bacille tétanique. |
Traces d'albumine dans les urines.
Pas de purpura, ni la moindre trace de blessure nulle part.
Lâ ponction lombaire pratiquée est très difficile, la malade étant en opisthotonos. £
Le liquide céphalo-rachidien est clair, hyperteñndu. On n'y a pas trouvé de réaction cytologique. :
La cullure et la séro-précipitation pour le diagnostie de méningococcie ont été négatives.
Injection sous-cutanée de 30 cc. de sérum antlitélanique. Sous la peau, toutes les deux heures, injection de 2 ce. d'une solution d'acide phénique à 5 p. 100. Injections vaginales à l'eau oxygénée diluée. Goutte à goutte rectal avec une solution de chloral et de morphine.
Dans la nuit du 2 mai, des spasmes fréquents ont apparu dans les muscles massétérins, respiratoires et dorsaux. Le trismus est accentué. La malade ne peut plus déglutir les liquides.
Température 37°8. Pouls 122. Le réflexe oculo-cardiaque est toujours inversé : 122-198-196.
Tension artérielle : 42-3-5
À 9 heures, la malade ayant un spasme laryngé violent avec cyanose, on lui fait la respiration artificielle et la menace d'asphyxie disparaît. La ponction lombaire est pratiquée à nouveau. Il s'écoule un liquide clair, hypertendu n'ayant pas présenté de réaction cytologique.
Urée par litre : 0 gr. 40; albumine par litre : 0 gr. 06 dans le liquide céphalo-rachidien.
On injecte dans la cavité sous- os dienne 50 cc. de sérum antitétanique.
On établit un lavage utérin permanent au PER NENE à
Dans la journée, les spasmes glottiques deviennent très fréquents.
Température 39°8. Pouls 140. \
La malade meurt dans un spasme laryngé violent par asphyxie.
Nécropsie : L'utérus est volumineux : hauteur 13 centimètres, épaisseur maxima de la paroi 2 centimètres, largeur 11 centimètres.
On ne trouve pas extérieurement de trace de perforation, le col est béant, mou, fétide. À l'ouverture, l'utérus est’ bourré de caillots, pas de traces visibles de placenta, pas d'érosion de la paroi.
L'ovaire droit montre un corps jaune. A lui seul, il ne serait pas décisif au point de vue de la grossesse.
Pièces en main, l'utérus ouvert contenant des villogités choriales, nous concluons cependant, avec M'e Dupuch, maîtresse sage-femme de la clinique obstétricale de la Faculté de Bordeaux, qu'il s'agit bien là d'un utérus distendu par une grossesse interrompue, probablement, au moment de l'hémorragie. Les caractères du corps jaune de l'ovaire ne permettent pas toujours, à eux seuls, de tirer cette conclusion.
A l'examen du pus de la cavité utérine, on trouve énormément de microbes en bâlonuets trapus, du type perfrigens, des diplocoques, des bâtonnets prenant le Gram avec des spores terminales en baguettes de tambour (bacilles tétaniques). Pas de chaînettes de streptocoques, peu de globules de pus, grandes cellules en cytolyse.