C. Les éditions annotées
C'est par ces oscillations constantes de Rousseau que s'expliquent les éditions annotées qui nous sont par-
1 Sur ces manuscrits cf. pp. 18 et p. 1 10.
2 III, 16, p. 90.
^ IV, II, p. 194.
* De même 1763 (II, 16): Puisse le ciel les combler des biens [1761, du bonheur']^ confirmé par la copie Luxembourg — Je ne crois pas qu'il y ait de souverains (IV, 10) [1761, des souverains], confirmé par le deuxième brouillon et la copie Luxembourg — Un ciel serein, la frai-
venues et qui sont importantes pour l'établissement du texte. On en possède trois, dont deux incomplètes. La bibliothèque de la Chambre des députés garde un exemplaire de l'édition Duchesne in-8^, 1764, tomes I, III, IV, qui porte cette indication : « Toutes les notes et corrections sont de la main de J.-J. Rousseau. Cet exemplaire m'a été donné par M. Coindet de Genève, neveu de Tami de J.-J. H. de Chateaugiron, » A la bibliothèque de Genève nous avons identifié un exemplaire complet de la même édition ^, sans indication d'origine, mais évidemment destiné à d'Ivernois. La feuille de garde porte de la main de Rousseau : De la part de l'auteur^ et les quatre feuilles de titre portent également de sa main le nom de d'Ivernois. Enfin nous avons signalé précédemment le t. III de l'édition de Rey 1769 qui a été légué par le docteur Ch. Coindet en 1876 à la même bibliothèque de Genève^.
Les annotations de l'édition du Palais-Bourbon sont évidemment postérieures à 1764. Elles en sont vraisemblablement voisines. Leur ressemblance est presque absokie avec celles de l'exemplaire d'Ivernois. Or nous avons de d'Ivernois deux lettres, du i5 août et du 24 septembre 1764^, où il demande à Rousseau les qua-
cheur de lair, les doux rayons de la lune (IV, 17) [1761, un ciel serein^ les doux rayons de la lune] est la leçon définitive d'un texte que Rousseau écrit d'abord tel que l'édition de 1761, puis surcharge la fraîcheur de la nuit, puis corrige la fraîcheur du soir.
1 Hf. 2018.
~ Il serait logiquement possible que l'édition de Dupeyrou (Genève, 1782) représentât un autre exemplaire annoté. Nous avons discuté l'hypothèse (p. 83 et sq.) Pratiquement l'on verra que cet exemplaire serait identique à celui de la Chambre des Députés.
•■* Bibliothèque de Neuchâtel.
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ne volumes ^ de la Nouvelle Hélo'ise et où il en accuse réception.
Les corrections et additions de Jean-Jacques sont assez nombreuses. Duchesne, pour établir ses quatre volumes, avait supprimé la division en six parties et numéroté à nouveau les lettres. Rousseau demande par deux notes qu'on rétablisse les parties; il y revient au cours des volumes lorsque chaque partie devrait commencer. Duchesne avait ajouté après le titre de chaque lettre un sommaire reproduit en table des matières. Jean-Jacques efface ces sommaires, efface la table des matières des deux premiers volumes, puis se ravise : « Ces tables peuvent être bonnes à conserver avec les sommaires des lettres pour y trouver au besoin ce qu'on cherche ^. » Les corrections typographiques sont constantes et méticuleuses. Il faut, par exemple, imprimer vues sans accent circonflexe. La note et les citations italiennes du t. IIL p. 228^ mal comprises et mal disposées par Duchesne sont rétablies. Une note de la première partie est supprimée. Toutes les citations italiennes sont traduites, sauf deux^ où Rousseau inscrit (( reste à traduire y). Trois des additions de
1 L'édition Duchesne est à cette date la seule en quatre volumes. Dans une lettre à Rey du 27 avril 1769 (Bosscha, p. 288), Rousseau écrit: « Je me souviens que dans une de vos éditions de la Julie pour égaliser les volumes et les mettre en quatre tomes vous les avez coupés différemment». Nous ne connaissons d'éditions de Rey qu'en six ou trois tomes. Probablement Rousseau confond-il avec cette édition Duchesne.
'L'idée d'une pareille table plaisait certainement à Rousseau puisque dans un Mémoire relatif à l'édition générale de ses Œuvres envoyé à Rey en mars 1764, il propose une Table des matières qu'il fera luim.éme (Bosscha, p. 207.)
^ Partie IV, lettre 11, p. 237 du texte 1761.
* I. 20, 21, pp. 106, 112 (de 1761.)
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l'édition de 1763 sont reprises: la fraîcheur de l'air ^^ la note III, p. 207 sur le mot hôte^^ la note II, p. 892 sur le rapport entre les situations et les vertus ou les vices ^. L'exemplaire de Genève a des annotations moins nombreuses que celui de Paris. Mais comme il est complet il permet de constater que l'addition signalée par Rousseau pour la troisième partie, dans l'exemplaire de la Chambre des députés, comme très importante, est bien la note III, lettre 20, p. 117 de l'édition de 1763, copiée par lui sur un feuillet et collée dans cet exemplaire.
Enfin Texemplaire de Paris comporte trois corrections de Rousseau qui confirment cette tendance maladive à suspendre et alterner son choix pour les moindres détails de style: « Peu lire et penser beaucoup à nos lectures — si le charme de mes jours est le supplice des tiens — ô charme et bonheur de ma ine^y)^ corrigent les leçons de Duchesne « beaucoup méditer — tourvnefit — gloire et bonheur. » Or Rousseau ne fait ainsi que revenir au texte de 1761, texte qui lui avait déplu et qu'il avait fait corriger par l'errata de Rey ^ tel que Duchesne s'est cru légitimement autorisé à l'imprimer en i 764, ainsi que Rey en 1763.
D. Conclusion.
Les exigences d'une édition critique s'établissent donc clairement. Que Rousseau n'ait pas voulu s'en tenir au
1 IV, 17, p. :-!69 (1763.) - IV, 1 1, p. 293 (1763.)
3 II, p. 117 (1763.)
* t. I, pp. 122, 147, 21 1 (lettres 12, 19. 3i .) , J
^ Sur cet errata. Cf. pp. 6 et 48. ^ ^
texte corrigé pour l'édition de 1763, c'est ce que prouvent évidemment ses renvois répétés à la première édition, le soin qu'il a sur une édition de 1769 de rétablir, pour les parties 5 et 6, toutes les notes alors supprimées. C'est donc la première édition qui devra servir de texte de base. On y fera entrer les additions de l'exemplaire annoté de Duchesne 1764 (connu, nous le verrons, par les éditeurs de Genève en i 780, et utilisé par eux.) L'insistance de Rousseau qui en indique l'importance et qui reproduit sur deux exemplaires celles qui sont essentielles y autorisent amplement. Les très rares et très minimes corrections seront utilisées en signalant la variante de 1761. Enfin toutes les variantes de l'édition de i 768 seront soigneusement notées. Elles intéressent d'abord l'histoire de la pensée et la connaissance du style de Rousseau. Surtout il n'est pas sûr qu'il n'ait voulu conserver parmi elles que les additions transcrites sur les exemplaires Duchesne de Paris et de Genève. 11 n'aurait pas rétabli l'erreur d'Aulu-Gelle, par exemple, qu'il corrige par Macrobe. Dans l'exemplaire des parties V et VI corrigé par lui en 1769 il laisse subsister, donc il semble accepter telles leçons différentes de celles de la première édition et de l'édition Duchesne, la remarque par exemple sur Bonnivard auteur d'une chronique de Genève ^ Or nous n'avons de cette édition de i 769 annotée que le tome IIL Rien ne prouve que dans les tomes I et II, les annotations de Rousseau, les dernières en date^ ne laisaient pas subsister des variantes analogues ou même plus nombreuses et plus importantes.
» VI, 8, p. 3ii (1763).
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