LE CARDINAL DE PELLEVÉ
oNsiEUR le Lieutenant, si J'eusse trouvé en France les affaires avoir réussi selon les praticques et intelligences que j^ay menées avec les Espagnols à Romme depuis vingt-cinq ans, je voirrois maintenant feu Monsieur vostre frère assis en ce throsne roial, etaurois assez d^occasion de chanter, avec ce bon patriarche Simeon : Nunc dimittis servum tuuml etc. Mais, puisque ce n'a poinct esté la volonté de Dieu, patience. Si vous diray-
je, en passant, que certainement il vous faict fort bon veoir, — oui, Monsieur le Lieutenant, il vous faict beau veoir, — et avez fort belle contenance. Il ne vous advient poinct mal à faire le Roy. Vous n'avez faute que d'une bonne cheville pour vous bien tenir ; vous avez toute autre façon, sauf l'honneur que je doibs à la Saincte Eglise, qu'un Sainct Nicolas de village a fe de Dio. Il me semble que nous célébrons la feste des Innocens ou bien le jour des Rois. Si vous aviez maintenant un plain voirre de bon vin, et qu'il pleust à la Majesté de vostre Lieutenance boire à la compagnie, nous crierions tous : Le Roy boit! Si vous eussiez esté icy à ceste mi-caresme, nous eussions tous chevauché avec vous par les rues : je dis toute ceste catholique Assemblée, à laquelle je veux maintenant addresser mon propos :
ce Messieurs, ne me tenez point pour homme bien Catholique, si, à la maladie de France (je n'entends parler de m.a.\J'rance:{e, j'entends parler de vos misères), je ne me suis comporté en vray hippocrite... je veux
dire Hyppocrate... catholique. Ce grand médecin, voiant son païs assaillydMne peste cruelle qui y exterminoit tout, s'advisa de faire allumer force feux par toutes les contrées, pour corrumpre le venin de Tair pestilent. Et moy, tout de mesme, pour venir à bout de noz desseings Catholiques, et pour antidote à nostre Saincte Union, qui a la peste, j'ay esté, je le dis sans vanterie, un des principaux autheurs de ceste saincte et Catholique combustion et des feux Zélés qui balaient et repurgent maintenant Tair de nostre France. Si le feu Cardinal de Lorraine, mon bon maistre, vivoit, il vous seroit tesmoing si, par mon chappeau rouge, il ne m^obligea poinct à acheminer ceste révolution icy à sa perfection, comme en seront aussy tesmoings les presidens Vêtus et Janin. Il faudroit bien estre Catholique Zélé pour sçavoir comme tout cecy s^est manigeancé. Ceux qui ont veu les mémoires de mes collègues preudhommes David et Pilles en sçavent bien un tantinet, mais non pas tout.
M Me voicy donc à vostre commande-
ment, à vendre et à despendre, pourvu que, comme bons Catholiques Zélés, vous adhériez, voire mesme, si le besoing estoit, vous vous submettiez aux Lorrains ou archi- Catholiques Espagnols qui vous aiment tant Catholiquement, et qui ont si grand soin du salut de voz âmes Catholiques, que c'est pitié d'en parler ! Cancaro pour ceux qui vous diront que les Espagnolz sont empiriques trop dangereux et qui ressemblent au Loup qui voulloit guérir la Brebis ! Cela est faux, et tout bon Catholique doit croire, à peine de censure ecclésiastique, que ce pieux Roy d'Espagne voudroit avoir perdu ses royaumes deNaples, de Portugal et de Navarre, voire le duché de Millan et la comté de Roussillon, que luy et les siens ont Catholiquement usurpez, et que les François fussent tous bons Catholiques, tant ce bon et Catholique Roy des Arsacides est Catholique Zélé
« Les meschans Politiques relaps disent que ce bon Roy et les Lorrains veuUent empoisonner de leur faux Catholicon la France, pour en estre héritiers après sa
mort. Ma de si, et quand ainsy seroit^, et qu^elle....' à estre exterminée par feu, fer et faim catholique, ne serez-vous poinct bien aises d'estre assis en Paradis au-dessus des Confesseurs et Patriarches, et de vous mocquer de ces Maheustres qui seront au-dessoubz de vous? Mourez, mourez quand il vous plaira, nous avons assez d^Espagnolz et Vallons pour mettre en vostre place! Tuez, massacrez et bruslez hardiment, pervertissez et prophanez toutes choses, au nom de FUnion de Lorraine! Je suis icy venu en intention de vous absoudre et de vous servir de Père Confesseur, et à la France aussy, si elle a Pesprit de se laisser mourir bonne Catholique et faire ces nouveaux Chrestiens Catholiques Espagnolz ses héritiers, comme je vous en prie tous, en gênerai, vous asseurant, après Monsieur le Légat, que voz âmes ne passeront point par le feu de Purgatoire, estant assez purgées par les feux que nous avons allumez aux quattre coings de la France pour la Saincte
I viendroit... Il y a ici quelque omission du copiste.
Ligue, et par la pénitence que nous vous [faisons] faire en ce monde.
« Et quant à l'élection d'un Roy, je donne ma voix au Marquis de Chausseins. Il n'est lippu ny camus, ains bon Catholique, Apostolique et Romain. »
HARANGUE