‹ Le Texte primitif de la Satyre MénipéeChapitre 14 sur 21 · POUR LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

POUR LE CLERGÉ

propos par Texclaination pathétique de ce prophète roial David :

Qiiam tei^ribilia jiidicia tua! etc. « Dieu que vos jugemens sont terribles et admirables! » Ceux qui prendront garde de bien prés au commencement et progrés denostre saincte Union auront bien occasion de crier, les mains joinctes au ciel : « O Dieu, que vos jugementz sont incompréhensibles ! Combien vos grâces sont-elles plus admi-

râbles! » et de dire avec TApostre : Ubi abimdavit delictum, ibi super abundabit et gratia. N'est-ce poinct chose bien estrange, Messieurs les Zélateurs, de veoir nostre Union, maintenant si saincte, si zélée et dévote, avoir néanmoins, presque en toutes ses parties, esté composée de gens où, auparavant les Barricades, y avoit quelque tare digne de reprehension , et par ainsy voir Fignorance, Favarice, Patheisme, la concussion et le vice, sitost convertis en sagesse, générosité, saincteté, pieté, zèle et relligion. Ce sont coups du Ciel, comme dit Monsieur le Lieutenant : je dis si beaux que les François doibvent ouvrir les yeux de leurentendement pour profondement considérer ces miracles,'et doibvent, certes, là-dessus rougir tous les gens de bien, et de biens, de ce Royaulme, presque toute la Noblesse généreuse, la plus saine partie des Prelatz et du Magistrat, et les plus clervoians qui abhorrent et détestent ceste sacro-saincte Union. Quelle plus saincte synderese peut saisir un dévot Chrestien que celle [qui] a faict [que] messieurs les Zélateurs de la

Chastre, de Rosne, de la Bourdaiziere, le Chevalier Bretton, Maudreville, Grand- Maistre des Monoies de Normandie, le baron d'Hermanville, Boisdaulphin, Brissac, La Motte Serrand, et cinquante autres de nos cappitaines zélés, après avoir politiquement porté les armes en Flandres, emploie leurs substances contre les archi-Catholiques Espagnolz en faveur des Politiques, voire des Hérétiques des Pays-Bas, se sont si catholiquement rengez tout à coup au gyron de la saincte Ligue Catholique , Apostolique et Romaine ! O enfans prodigues, revenuz à résipiscence ! O devotz enfans de la Messe de minuit ! O Penitens gris ! O Catholicon composé, qui es cause qu'en France il n'y a plus de perfides, de rebelles, de renegatz, de volleurs, d'incendiaires, de faulçaires, de couppegorges et brigantz^ puisqu'ils sont tous maintenant methamorphosez en Catholiques Zélés ! O savon deifique d'Espagne, qui efface toute tache!

« Certainement il me semble revoir ce bon temps auquel les Chrestiens, pour expier leurs crimes, se croisoient pour aller faire

la guerre, comme pèlerins, contre les mescreans d^outre mer. O sainctz pèlerins de Lanssac, et ton bon frère bastard, Evesque de Comminges ! Vous y eussiez alors veu enrooller à la foulle les banquerouttiers, paricides, fleurdelizés, et toutes gens qui n'estoient poinct bien venuz aux escohues. Je ne daignerois icy comprendre les Gentilzhommes et autres qui, par obligation à leurs maistres, ou pour estre jeunes, se seroient nécessitez d'embrasser nostre Union. Ceux-là ont fort peu de mérite et [sont] en danger de faire un jour banqueroutte à la saincte et catholique Espaigne. Je ne puis, sans larmes catholiques, référer icy une exemple de saincte conversion et pieté à tout jamais remarquable de ce sainct pèlerin converti et Catholique Zélé, Monsieur de La Motte Serrant, qui, estant es prisons de Tours pour la foy, refusa de disner et prendre sa réfection, un jour de vendredy, craignant ce pillier de la Saincte Ligue qu'on eust mis de la gresse en sa souppe. Et protesta ce champion de la foy, ce Machabée, ce martyr d'Angleterre, de

choisir plus tost la mort que de manger autre souppe que catholique ! O coup du Ciel! O révérends bastisseurs de Loy fondamentalle! Nos Estatz ne finiroient d^un an, si je vous racontois par le menu les faictz catholiques héroïques des Senaulds, des Louchards, des Bussis, Caboches de Paris, Rouen, Thoulouze et autres villes de rUnion, où les bouchers, bastelliers, coustelliers, et autres artisans, ont la première voix au Conseil après messieurs les prescheurs et Maistres-aux-Artz, la prophétie estant accomplie : De stercore erigens pauperem. J'oublierois Frère Jacques Clément, duquel je serois icy le paranimphe, si je n^estois dans ce superbe Pallais Royal des Vallois. Seulement je diray que tous les Jacobins de son temps sçavent qu'aiant eu autrefois le foit au couvent, et banny à cause de ses larrecins et forfaictz, on tient néanmoins qu'il est maintenant làhaut à débattre la préséance avec Sainct Diego.

c( Pour le regard de la conversion de ma personne, bien qu'il soit dict : Nec te lau-

des nec te vitupères, etc., si vous confesseray-j'e librement qu'auparavant la Ligue je n'estois grand mangeur de crucifix, et si mesme les plus clervoians avoient quelque opinion que je sentois encore un petit mon fagot, à cause qu'estant jeune je m'estois voullu mesler de dogmatizer à Thoulouze. Mais aussy tost que je eus signé la Ligue et la Loy fondamentalle, toute accorte personne n'a plus doubté de mes deportemens.

« Je doibs la grâce de ma conversion, après Dieu, à Monsieur le ducd'Espernon, qui, me reprochant ce dont à tort on me soubçonnoit à Lyon, Paris, et partout, touchant ma sœur, fust cause que, d'un grand Politique que j'estois, je devins Ligueur furieux et zélé, et, d'un prétendu incestueux, le Recteur et Chancelier des des-Ordres de la Saincte Union, ainsy que, de persécuteur et fauteur d'Hérétiques, fut faist vaisseau d'élection TApostre qui dict : Ubi abiindavit delictunij ibi supet^abiindabit et gratia. C'est pourquoy il faut demeurer ferme en ce sainct party, plain de

tant de miracles et de coups du Ciel, et en faire une Loy fondamentalle.

ce Quant aux nécessitez et oppression du Clergé, vous y adviserez, s'il vousplaist. Il faut que je vise ailleurs. Pour moy, je y perds mon latin, et, bien que je ne désire la paix que, premièrement, je ne sois Cardinal, si est-ce que, si la guerre dure, comme il y a apparence, il y aura bien des pauvres prebstres, et, pour vous dire la vérité, je suis bien capable de porter un bonnet rouge, mais non pas d'obvier aux nécessitez et désolations de FEglise; et si il y a une chose à craindre, c'est que le Roy de Navarre révoque les passeportz et mainlevées auxCommunautez des Monastères et Chapitres. Il y aura danger que les ecclésiastiques mesme ne crient au meurtre après nostre Sainct Père, et, si je ne me sauve delà les montz, qu'ils ne m'arrachent ceste catholique barbe, pour avoir la paix. Iterum dico vobis^ j'y perds mon latin et ma rethorique ensemble.

tt Reste une chose qui importe le plus à nos affaires : c'est de bastir une Loy fonda-

mentalle par laquelle les peuples François seront tenuz de se laisser embeguiner, baffouer et escorcher, sans oser dire mot, et de renouveller souvent le serment qu'ils ont faict à la Ligue, et ce sur le pretieux Corps de Nostre Seigneur, et d'ouvrir catholiquement leurs bourses pour continuer les pensions à noz espions catholiques, à ce que plus diligemment que jamais ilz fassent, de ville en ville, le debvoir de faire tenir les mandatz secretz aux Chappitres, Couventz, Prieurs, Gardiens, Marguilliers et Maîtres de Gonfrarie, avec exhortations aux Prescheurs, Confesseurs séculiers et réguliers, de tenir bon, de ne parler de paix aux Chrestiens ny de leurs misères futures, ains de les opiniastrer au sac, au sang et au feu, quand la Relligion etTEglise debvroient se ruiner. Car cela importe à FUnion et à l'Espagne, nostre mère nourrice, les asseurer que l'excommunication n'est poinct pour ceux qui en l'ame n'obéissent au Roy de Navarre, et de leur faire désormais chant en leurs suffrages : Da bellum, Domine, in diebus nostris! Car belle chose est la saincte guerre

qui faict donner le chappeau rouge, lequel Dieu nous doint par sa grâce, avec Texaltation de [nostre Mère] TEglise Catholique, Apostolique et Romaine! »

HARANGUE

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