‹ Le Texte primitif de la Satyre MénipéeChapitre 8 sur 21 · DES ESTATZ DE PARIS · texte numérisé non relu

DES ESTATZ DE PARIS

CONVOQUEZ AU 10 FEBVRIER iSqB

.ONsiEUR le Duc de Mayenne, Lieutenant de TEstat et Couronne de France, le Duc de Guise, le Connestable d'Aumalle, le Conte de Chailligny, Princes Lorrains, et les autres députés d'Espaigne, de Flandres, et autres villes de l'Union, estans assemblés à Paris, pour se trouver aux Estatz convoquez au 10 Febvrier iSgS, voullurent que, devant que de commencer un si sainct œuvre, fust faicte une procession, pareille à celle qui fut

jouée devant Monseigneur Caietan. Ce que fut aussi tost faict. Car Monsieur Rose, naguère Evesque de Senlis et maintenant Grand-Maistre du Collège de Navarre et Recteur de TUniversité, feit le lendemain dresser Tappareil et ses personnages par son plus ancien bedeau. La procession fut telle :

Ledict Recteur Rose, quictant sa capeluche rectoralle, print sa robbe de Maistreaux-Artz, avec le camail et rochet, et un hautsecol dessoubz, la barbe et la teste rasée tout de frais, Pespée au costé et une pertuisane sur Pespaulle.

Les curez Hamilton, Boucher et Guincestre, un petit plus bigarrement armez.

Nostre maistre Pelletier, curé de St-Jacques, habillé de violet en gendarme scolastique, la couronne et la barbe rasée avec un hallevet, avoit Pespée et le poignart, et la hallebarde sur Pespaulle gauche.

Puis suivoient, de trois à trois, environ cinquante ou soixante Relligieux, tant Cordelliers que Jacobins, Carmes que Capuchins. Minimes, Feuillantz et autres, tous avec leurs capuchons et habitz, armez à

Tantique Catholique. Entre autres, six Ca» puchins, aians chacun un morion en teste, revestus d^une coste de maille, l'espée au costé sur leurs habitz; Fun aiant une lance, Tautre une picque, Tun une croix, l'autre un espieu, une harquebouze, une arbalestre : le tout rouillé, par humilité catholique. Les autres presque tout de mesme, horsmis un Feuillant boiteux, qui, armé tout à crud, se faisoit faire place, avec une espée à deux mains et une hache d'armes à sa ceinture; et trois Minimes, tout d'une parure, sçavoir est : sur leur habit chacun un plastron, Tespée ceincte, un pistolet en la ceinture, la salade en teste, et chacun une harquebouze à crocq sans fourchettes. Bref, cela marchoit en moult belle ordonnance Catholique, Apostolique et Romaine,etsembloient les anciens Cranequiniers de France. Ils voulurent faire une salve, mais le Légat le défendit, craingnant qu'il ne luy mesadvint comme au Cardinal Caietan.

Après ces beaux Pères, marchoient les quatre Mandians, en assez petit nombre; puis les Paroisses, les Seize, les Prévost et

Eschevins; la Court de Parlement, telle quelle; les Gardes Italiennes, Espaignolles et Wallonnes de Monsieur le Lieutenant ; puis, les cent Gentilzhommes, de fraiz graduez par la Ste Union.

Suivoit après : Monsieur de Lyon, le Cardinal de Pellevé, puis Monsieur le Légat. Devant luy, le Doyen de Sorbonne, avec la croix où pendoient les bulles du pouvoir.

Après venoit Madame de Nemours, représentant la Royne-Mere; et luy portoit la queue madamoiselle de la Rue, fille de noble et discrette personne M^ Antoine de la Rue, cy-devant tailleur d'habitzsurle pont St Michel, et maintenant un des Cent Gentilzhommes et Conseillers d'Estat de TUnion. Et la suivoient Madame la Doiriere de Montpensier et Madame la Lieutenande de TEstat et Couronne de France, Mesdames de Belin et de Bussy le Clerc.

Alors s^advançoit et se faisoit veoir Monsieur le Lieutenant ; et devant luy deux massiers, et à ses flancs deux Wallons, portans hocquetons noirs tous parsemez de croix de Lorraine rouges, aians devant et

derrière une devize de broderie dont le corps representoit Thistoire de Phaëton, et estoit le mot : In fnag-nis voluisse sat est.

Arrivez qu'ils furent tous, en cest équipage, en la chapelle de Bourbon, Monsieur le Recteur Rose, quictant son hautsecol, son espée et pertuisane, monta en chaire, où, aiant prouvé, par bons et valides argumentz, que c'estoit à ce coup que tout iroit bien, proposa un bel expédient pour mettre fin à la guerre dans six mois pour le plus tard, ratiocinant ainsy : « En France il y a dix sept cens mil clochers, dont Paris n'est compté que pour un. Qu'on prenne, de chacun clocher, un homme Catholique soldoié aux despens de la paroisse, et que les deniers soient maniez par des Docteurs en Théologie, ou pour le moins Graduez nommez^ nous ferons douze cens mil combattans et cinq cens mil pionniers Catholiques ! »

A cela, tous les Catholiques Zelez furent veuz tressaillir de joie et s'escrier: O coup du Ciel! Puis exhorta vivement à la guerre et à mourir pour les Princes de Lorraine,

avec telle véhémence de rethorique qu'à peine peut-on retenir son régiment de Moines et Pedans, qu'ils ne s'en courussent, de ce pas, attaquer les fortz de Gournay et St- Denis. Mais on les reprima, et acheva Monsieur le Recteur Rose par ceste conclusion : Beati pauperes spiritu ! etc.

Après le sermon, la messe fut chantée par Monsieur de Pellevé ; à la fin de laquelle les chantres entonnèrent ce motet : Qiiam dilecta tabernacula tua! qxc. Lors tous ceux qui debvoient estre de l'Assemblée accompagnèrent Monsieur le Lieutenant au Louvre.

Et, devant que vous parler des Séances, il ne sera hors de propos de vous figurer la disposition de la Salle.

La charpenterie et l'eschafFaudage des sièges estoit toute semblable à celle des Estatz qui furent tenus à Troyes, soubz Charles Sixiesme, où son filz unique et vray successeur Charles Septiesme, lors Daulphin, fut, par ces Estatz liguez, dégradé et déclaré incapable de succéder à la Couronne, luy et

tous ses adherantz et fauteurs, excommuniez, reaggravez et banniz.

Quant à la Tapisserie, au nombre de douze pièces, elle estoit moderne et faicte exprés, et le daiz de mesme.

Au dedans de ce daiz estoit représenté au vif un Sertorius se servant d'une biche fée, dont il disoit entendre la volonté des dieux, et un Spartacus haranguant son armée d'esclaves, qu'il avoit fait armer et révolter contre l'Empire Romain. Au dessus de la teste de Monsieur le Lieutenant estoit aussi représenté un Crucifix à la stampe moderne de Paris, aiant la main gauche attachée à la croix, et la droicte libre, tenant une espée nue où estoit entouré ce dicton : Super te et sangiiinem tuimi.

Au dehors du daiz estoient fort bien elabourées les cheutes d'Icare et Phaëton, et faisoit fort beau voir les sœurs de ce juvenceau se métamorphoser en arbres ; dont une ressembloit du tout à la Douairière de Montpensier, deschevelée.

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