‹ Le Texte primitif de la Satyre MénipéeChapitre 9 sur 21 · I . En la première tapisserie estoit l'histoire · texte numérisé non relu

I . En la première tapisserie estoit l'histoire

du Veau d'Or (en Exod., chap. 23) : vraye figure de nos troubles, Moïse et Aaron y estans représentés par le Roy Henry Troisiesme et feu Monsieur le Cardinal de Bourbon; et le feu Duc de Guise, par le Veau d'Or, eslevé, puis adoré par le peuple d'Israël, et, par les douze Tables, la Loy fondamentalle.

II. En la seconde tapisserie estoit, en un des coings d'icelle, représentée l'Entrée du duc Jean de Bourgoigne et ses menées à Paris. Aux trois autres coings sont la Harelle de Rouen, où un marchant appelé Legras est esleu Roy, les Pourcelletz liguez de Lyon, et plusieurs faitz héroïques des anciens Maillotins soubz le cappitaine Caboche. Au millieu estoient peintes les Barricades de Paris, où vous voiez ung Roy chassé de son throsne.

III. La troisiesme contenoit Fhistoire d'Absalon, qui, soubz prétexte de probité et de soullager le peuple, barricada son père et le chassa de la ville de Hierusalem, et comme il fut tué et puny.

IV. La quatriesme faisoit voir les faitz d'armes des anciens et modernes Arsacides, tant Sarrazins que Catholiques Zélateurs^ où vous voiez en la Palestine un comte de Tripoly assasiné par un Sarrazin Zélateur^ en luy baisant les mains, et un Roy de France et de Pollongne proditoirement assasiné par un Moine débauché Zélateur^ portant au front Tanagrame de son nom, Frère Jacques Clément : C'est Venfer qui ma créé,

V. En la cinquiesme se voit la bataille de Senlis, où Monsieur d'Aumalle fust faict Connestable, et luy furent baillez les espérons aislez, ou ^ele^, par Monsieur de Longueville, Prince Politique.

VI. En la sixiesme est depeinct le miracle d'Arqués, où cent deconfortez font fuir mil rodomontz fendans, par les charmes du Biarnois.

VII. La septiesme contient la bataille d'Yvry, où vous voiez Espagnols, Lorrauis

et autres monstrer leurs culz zelez, par moquerie, aux Maheustres, et le Biarnois, avec son carme, chevaucher à bride abbatue rUnion par derrière. Il y fait beau veoir Monsieur le Lieutenant maudissant le dernier, et laissant le comte d^Aîgremont, trompé de la moitié de juste prix, courir sur un cheval turcq, pour aller prendre Mante, St Denis et la Flandre. Mais surtout y a grand contentement d'esprit d'y veoir sagement inventorier ses coffres, d'en veoir religieusement aveindre Pestandart de la Foy, où estoit peint un Crucifix sur taffetas noir, avec Pinscription : Auspice Chrîsto, tel qu'on le voit en Feglise de Mante. C'est celluy estandart, peuple Chrestien, qui devoit estre porté devant Monsieur le Lieutenant, s'il fust entré victorieux dans Paris, et qui debvoit servir à l'advenir d'Oriflame à ses successeurs Roys.

VI IL En la huictiesme, estoit peincte la Procession du docteur Rose, histrionnée devant le Cardinal Caëtan. Celle-là est estimée la plus belle et surpassant toutes les

antiquailles du monde, fussent les anciennes Baccanalles.

IX. La neufviesme faisoit voir au naturel une grande Géante, gisante contre terre, qui avortoit une infinité de vipères et monstres divers, les uns appelez Gautiers, les autres Catillonois, Lippans, Maheustres. Ligueurs, Zélateurs, Wallons, etc.

Elle avoit en son grand front écrit : Cest la belle Liitece, qui, pour forniquer avec ses mignons, a laissé tuer son mary. Madame d'Espagne lui servoit de sage-femme et recepvoit son fruict.

X. La dixiesme representoit la fable d'Ixion, qui, voullant presumptueusement embrasser Junon, Juppiter luy opposa une nuée : dont nasquirent les Centaures et telz monstres que dessus.

XL On voioit en l'onziesme, fort bien tiré. Monsieur le Lieutenant, habillé en Hercules Gallicus, tenant en sa bouche des brides sans nombre, lesquelles estoient enchevestrées de veaux, aussy sans nombre.

XÎI. En la douziesme, estoit représentée la piteuze contenance du président Brisson, lorsqu^on luy parla de confession, en lui baillant rOrdre de rUnion; puis son élévation en Grève, aiant un ecriteau devant son estomach, contenant : Quœque ipse miserrima vîdi, et un autre derrière le doz : Et quorum pars magna fui.

Les bancz et sièges de ceste salle estoieni couvertz de tappis parsemez de croix de Lorraine, rouges et noires.

Quant à la séance, la place fust assignée à chacun par un herault d'armes appelé Monjoie, les semonnant tout hault par trois fois, ainsy : « Monsieur le Lieutenant! Monsieur le Lieutenant! Monsieur le Lieutenant de TEstat et Couronne de France ! montez là hault en ce throsne, en la place de vostre Maistre. — Monsieur le Légat ! mettez-vous a latere. — Madame la représentante la Royne-Mere ! mettez-vous à l'autre costé. — Monsieur le duc de Guise, pair de la Lieutenance de l'Estat et Cou-

ronne de France ! mettez-vous le fin premier sur ce banc. — Monsieur le Reverendissime de Pellevé , pair ad tempus de la Lieutenance! mettez vous vis-à-vis. — Madame la Douairière de Montpensier ! mettez vous au dessoubz de vostre nepveu. — Madame la Lieutenante de FEsiat et Couronne de France! suivez après. — Monsieur d'Aumalle, Connestable et Pair de la Lieutenance, Comte de Boulongne ! mettez vous auprès de Monsieur de Pellevé, et gardez de déchirer sa chappe avec vos grands espérons . — Hault et puissant Principion, Comte de Chailligny, qui avez cest honneur d'avoir un si grand Lieutenant pour cadet, prenez vostre place! — Monsieur le Primat de Lyon, infailliblement futur Cardinal de la Ligue, Pair et Chancellier des Ordres de la Lieutenance ! laissez là vostre sœur et vous mettez icy. — Monsieur Bussy Le Clerc, jadis Grand Pénitencier du Parlement et Grand Econome spirituel de la Ville et Chasteau de Paris ! mettez vous aux pieds de Monsieur le Lieutenant, comme Grand Chambellan de la Lieutenance, à faute

d^autre, prenez ce baston et vous allez tout doucement seoir en ce siège préparé pour vous. — Messieurs les Mareschaux de la Lieutenance, Bellin , Domdiego, Vitry et Signor Camillo ! voila vostre banc. — Monsieur de Villeroy ! ostez-vous d'auprès l'Ambassadeur d'Espagne et vous mettez auprès du sieur de Rieux. Et que tous les Depputez prennent place! — Voila un banc pour les Dames. «

Telle fust à peu prés la séance de ces Estatz, le tout s'estant faict sans dispute pour les préséances, horsmis que le Gardien des Cordelliers et le Prieur des Jacobins contestèrent quelque peu. Mais Madame de Montpensier, se levant, bailla le dessus au Prieur des Jacobins, en commémoration de saint Jacques Clément.

Il y eut un peu aussy de garbouil entre Mesdames de Belin et Bussy. L'occasion fust que, Tune des dames aiant lasché quelque mauvais vent pseudo Catholique, Madame de Bellin dict à la Bussy : « Allons, Procureuse, la queue vous fume î Vous

vouliez icy parfumer les croix de Lorraine? » Monsieur le Grand Maistre du Saulsay, oïant ce bruit et en sachant la cause, leur cria, le baston en la main : « Tout beau! tout beau, mes Dames! Ne venez ici concilier nos Estatz, comme ma fille fit, un jour passé, le bal en ceste salle mesme. «

Le bruict et ceste senteur mauvaise passez. Monsieur le Lieutenant commença ainsy sa harangue :

HARANGUE

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