LES PRÉS SAINT-GERVAIS
Comédie-vaudeville en deux tableaux, de M. Victorien Sardoo.
HARPIN MM. TissiER.
NICOLE. . Legrenay.
LAROSE Leriche.
UN CABARETIER Dubois.
GRÉGOIRE Tony.
CHRISTOPHE Le PETIT Joseph.
Le Prince DE CONTI M™" Déjazet.
Madame NICOLE Boisgontier.
TOINON Paer.
FRIQUETTE Nelson.
ANGÉLIQUE Marie Tissier.
Le lundi 24 novembre, le Théâtre Déjazet est venu jouer le Loup et l'Agneau, opérette en un acte, et les Prés Saint-Gervais, joli vaudeville en deux tableaux, de Sardou.
Déjazet avait donné cette année même des représentations à Vichy pendant le séjour de l'Empereur. Il avait désiré la voir et regrettait d'en avoir été empêché. C'est pour cela que l'excellente comédienne fut appelée à Gompiègne. Elle y eut un grand et légitime succès dans le rôle du prince de Gonti des Prés Saint Gervais, chanta avec infiniment de charme quelques vieux airs d'opéra-comique que Sardou avait semés pour elle dans sa pièce et fit de ce spectacle emprunté à un petit théâtre une bonne représentation et une très agréable soirée. L'Empereur et l'Impératrice
raccueillirent par de chaleureux applaudissements.
Déjazet avait bien alors 62 ans et, par l'exception la plus rare, l'âge ne lui avait presque rien fait perdre. Sardou fit trois pièces pour elle, les Premières armes de Figaro^ M. Garât et les Prés Saint-Gervais. En assurant la réussite complète de la première de ces trois pièces, les Premières armes de Figaro, Déjazet avait rendu un grand service à Sardou qui en était alors à ses débuts et qui, après son grand succès des Pattes de mouche, eut le bon goût de la remercier en faisant pour elle J/. Garai ^i les Prés Saint-Gervais. Les trois pièces furent trois succès et tout se passa ainsi pour le mieux. L'auteur et l'actrice eurent toute raison pour être parfaitement satisfaits l'un de l'autre.
Les invités de la troisième série assistaient à cette représentation; c'étaient la princesse Anna Murât, le prince et la princesse de Metternich, lord et lady Gastleross, lady Florence Pagu,
lord et lady Winchelsea, lady Katherine Koke, miss Koke, le prince Gzartoryski et la princesse Czartoryska, le prince de Reuss, le comte et la comtesse Le Hon, le comte Walewski et la comtesse Walewska, le comte et la comtesse de Persigny, le marquis et la marquise de Gadore, M. Drouyn de Lhuys, M. Baroche, la baronne de Pierres, le vicomte Frédéric de l'Aigle, MM. Hébert, membre de l'Institut, Félicien David, du Sommerard, Octave Feuillet, de Sacy, Frémy, de Saulcy, Viollet-Le-Duc, etc..
J'ai cité déjà de nombreuses listes d'invités et il en résulte de fréquentes répétitions et une inévitable monotonie. Mais j'ai voulu faire voir que l'Empereur attirait à Compiègne l'élite des forces intelligentes de la France et que la part des sciences, des lettres et des arts y était largement faite. On objectera peut-être qu'il agissait ainsi dans une idée politique. Cela peut être vrai jusqu'à un certain point, mais je crois aussi qu'une pensée plus haute le dirigeait et qu'il considérait
comme un devoir d'encourager les hommes de mérite, à divers titres, par des attentions aimables et flatteuses. Autrefois, à peu près sans exception, les auteurs et les artistes ne pouvaient vivre que sous la protection d'un grand seigneur et avec une pension du roi. Il n'en est pas de même à présent. Dieu merci. Le talent au contraire suffit presque toujours pour assurer l'indépendance et la vie aisée. Souvent même le talent, c'est la fortune. Mais ces témoignages d'honneur et de considération dont il est l'objet de la part du souverain lui donnent un puissant relief, un éclat plus vif et ne peuvent que le faire grandir. L'art en profite et le pays aussi dans ses aspirations les plus élevées et pour l'exemple qu'il est justement fier d'offrir aux autres nations.
Il faut reconnaître, dans ce même ordre d'idées, que l'Empereur ne négligeait aucun moyen de favoriser le progrès scientifique et industriel : c'est ainsi que l'un de ses aides de camp, le général Favé, était spécialement chargé de recevoir
les inventeurs. Le nombre en est grand en tout temps et l'on en compte toujours qui se livrent à d'étranges illusions et s'imaginent bien à tort avoir inventé quelque chose. Le général Favé les recevait avec une parfaite courtoisie et, s'il remarquait une idée ingénieuse, un procédé nouveau digne d'attention, il en rendait compte à l'Empereur qui plus d'une fois est allé avec son aide de camp le jour même chez l'inventeur.
PALAIS DE COMPIÈGNE
Spectacle du Mardi 2 décembre 1862