LES INDIFFERENTS
Comcdie nouvelle en quatre actes, en prose, «le M. Adolphe Belot,
SIMONET MM. Tisser ANT.
ARISTIDE SIMONET Thiron.
OLIVIER RiBES.
JOSEPH Etienne.
SAINT-CLAIR Riga.
LESPINOIS Dëlillk.
JULIO BENETTI Ludovic.
LAURE M»« Debay.
SUZANNE SIMONET MosÉ.
Madame SIMONET Picard.
Les quatre actes se passent de nos jours :
Les premiers, troisième et quatrième, chez Simonet, dans une
maison de campagne qui lui appartient, près de Yicliy.
Le deuxième acte, dans un hôtel, à Vichy.
Je continuerai jusqu'à la fin de celte revue à donner des listes partielles d'invités parce que, malgré d'inévitables répétitions, elles me paraissent présenter suffisamment d'intérêt. On y voit une large hospitalité offerte à des étrangers de haute distinction ; on y remarque avec curiosité beaucoup de noms que les grands emplois, les services militaires, les lettres et les arts ont signalés à l'attention publique. Sans doute il en est plus d'un pour qui l'oubli s'est déjà fait. D'autres au contraire, en petit nombre, sont appelés à prendre place dans l'histoire. Mais je m'imagine que parmi les noms qui résisteront le mieux à l'action si redoutable du temps, ceux q"ui appartiennent au domaine des lettres et des arts seront les bien partagés. On parlera d'Emile Augier, d'Auber et de Meissonnier alors que
le souvenir de nos grands hommes politiques contemporains sera depuis longtemps effacé.
C'était cette fois une deuxième série dont faisaient partie le prince et la princesse de Metternich, le prince de Reuss, le comte de Goltz, ambassadeur de Prusse, lord et lady Dufferin, le prince et la princesse de Gérace, lady Evelyn Bruce, le comte et la comtesse de Faverney, le vicomte Aguado, M. et madame Arcos, le baron et la baronne A. de Rothschild, M. Alvarez de Toledo, MM.Drouyn deLhuys, ministre des affaires étrangères et Boudet, ministre de Tintérieur, le général Soumain, MM. Auber, Jouffroy, Léon Cogniet, Mérimée, VioUet-Le-Duc, etc..
La représentation du samedi 21, qui se composait d'une seule pièce les Indifférents, comédie en quatre actes de M. Adolphe Belot, fut une des plus faibles et dos plus froides qui aient été données au Palais de Compiègne. L'Empereur s'est retiré après le deuxième acte.
Quelques jours auparavant, c'était la Sainte-Eugénie, fête de l'Impératrice. Je fus invité à dîner au Palais et, à cette occasion, comme je n'ai vraiment rien à dire des Indifférents^ j'aime mieux parler des dîners qui étaient servis chaque jour dans la galerie des fêtes pendant le temps que les invités séjournaient. C'était bien aussi un spectacle qui même autrefois était offert au public. On permettait de faire le tour de la table et je me souviens — j'avais alors une douzaine d'années — d'avoir vu ainsi le roi Charles X et sa cour. J'étais ébloui. Il me semble que dans cette vaste galerie tout était or et lumière et que les personnages, tous en habits magnifiques, étaient bien plus grands que ceux auprès desquels, à cette même table, j'ai pris place plus d'une fois depuis.
Il n'en est pas moins vrai que pendant les séjours de l'Empereur, le dîner présentait un très bel aspect. Douze lustres éclairaient la salle, et d'ordinaire il y avait de 90 à 100 couverts. Le service se faisait en vaisselle plate que, seulement au dessert, on remplaçait par de la porcelaine de
Sèvres d'un choix exquis. Le surtout, d'une remarquable exécution, représentait des sujets de chasse. On dînait à sept heures. Les invités attendaient dans la galerie des cartes jusqu'au moment où le général Rolin, adjudant général du palais, venait prévenir LL. Majestés que le dîner était servi. On suivait alors l'Empereur et l'Impératrice et l'on se plaçait à table comme on voulait. Il y avait exception toutefois pour quelques personnes désignées pour prendre place près de LL. Majestés et qui étaient averties par le préfet du palais. Par une délicate attention cet honneur était fait chaque jour à des personnes nouvelles. Le dîner durait une heure, pas plus. Il me paraît inutile de dire qu'il était très bon et que les menus en étaient étudiés avec soin. Mais, par exemple, au risque de déplaire au lecteur trop sérieux, à mon avis, qui ferait fi de pareilles vétilles et ne regarderait pas comme temps bien employé les courts moments passés à une excellente table, je me permettrai d'insister sur la qualité exceptionnelle des vins. Le laffitte, le cliquot, le johannisberg du prince de Metternich étaient di-
12S LE THÉÂTRE DE L\ COUH A COMIMÉGNE
gnes de satisfaire les plus délicats et d'ôtre savourés à petites gorgées.
Le service se faisait parfaitement par les huissiers et les valets de pied. On offrait deux plats à la fois; il s'agissait de bien choisir et, une fois, en voyant dans l'assiette de mon voisin une belle truffe d'un noir d'ébène qui parfumait une aile de perdreau, je remarquai avec peine qu'il avait été mieux avisé que moi ; mais il n'était plus temps. On prenait le café dans la galerie des cartes et là pendant une heure au moins l'Empereur et l'Impératrice causaient avec les invités en se promenant dégroupe en groupe. Rien n'était plus simple et plus naturel que le ton de ces conversations où se faisait voir, sans la moindre affectation, l'extrême affabilité de l'Empereur et de l'Impératrice.
Un souvenir historique assez curieux se rattache à ce que je viens de décrire et voici ce qu'on lit dans V Histoire du j'^alais de Compicgne par M. Pellassy de Lousle :
« Louis XV était à Gompiègne en 1763 ; suivant
» l'usage, quand il y avait grand concert, on faisait » circuler le public autour de la table où dînait le » roi avec sa famille, les dames et les seigneurs » de la cour. Il aperçut un jour, parmi les cu- » rieux, une jeune fille d'une ravissante beauté; » elle était conduite par un homme jeune encore, )> mais bien plus âgé qu'elle, et qui montrait )) dans sa tenue cette hardiesse, cet aplomb que » donne souvent la fréquentation de la mauvaise » compagnie ; toutefois il avait en même temps » une élégance de manières indiquant qu'il n'é- » tait pas toujours resté étranger au monde dis- » tingué.
» Cet homme était Jean du Barry; la femme )> qu'il accompagnait s'appelait Dorothée; plus » tard elle se nomma Marie Jeanne Gomart de » Vaubernier. C'était la future comtesse du » Barry. »
La galerie des fêtes où se donnaient les dîners sous Napoléon III n'existait pas au temps de Louis XV. Elle a été construite sous Napoléon I"
sur l'emplacement de ce qu'on appelait en 1730 les petits appartements. Le roi Louis XV y logeait ses maîtresses. On sait qu'il en changeait souvent, mais je n'ai pas à parler de ce qui se passait dans ce mystérieux séjour. Quoique le lieu fût mal choisi, on peut croire qu'au milieu de mille intrigues, bien des questions qui intéressaient la France y furent souvent traitées.
'ALAIS DE COMPIÈGNE
Spectacle du Landi 30 novembre 1863